CHAPITRE IX
Intrigues amoureuses de la cour d'Angleterre.
Le mariage du duc d'York avec la fille du chancelier n'avait manqué d'aucune des circonstances qui rendent les unions de cette nature valides à l'égard du ciel. L'intention de part et d'autre, la cérémonie dans les formes, les témoins et le point essentiel du sacrement en avaient été.
Quoique l'épouse •ne fût pas absolument belle, comme il n'y avait rien à la cour de Hollande qui l'effaçât , le duc , dans les premières douceurs de ce mariage, loin de se repentir, semblait ne souhaiter le rétablissement du roi que pour le déclarer avec éclat; mais dès qu'il se vit possesseur d'un rang qui touchait de si près au trône ; que la possession de mademoiselle Hyde n'avait plus de charmes nouveaux pour lui -, que l'Angleterre, si fertile en beautés, étalait ce qu'elle avait de plus rare dans la cour du roi son frère; et qu'il se voyait l'unique exemple d'un prince qui, d'une élévation suprême, fût descendu si bas, il se mit à faire des réflexions. D'un côté, son mariage lui paraissait horriblement mal assorti de toutes les manières. Il se souvint que Jer- ,myn ne l'avait engagé dans un commerce avec mademoiselle Hyde qu'après lui avoir fait voir, par certains petits exemples, la facilité d'y réussir. II envisageait son mariage comme un attentat contre le respect et l'obéissance qu'il devait au roi. L'indi-
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gnation qu'en aurait la cour et tout le royaume s'offrit à ses yeux, avec l'impossibilité d'obtenir le consentement du roi sur une chose qu'il semblait, par mille raisons, être obligé de lui refuser. D'un autre côté, se présentaient les larmes et le désespoir de la pauvre Hyde^ mais, plus que cela, les remords d'une conscience dont la délicatesse commençait dès lors à lui vouloir du mal.
Au milieu de ces différentes agitations, il s'ouvrit à mylord Falmouth, et le consulta sur le parti qu'il devait prendre. H ne pouvait mieux s'adresser pour ses intérêts , ni plus mal pour mademoiselle Hyde Falmouth lui soutint d'abord , non-seulement qu'il n'était pas marié, mais qu'il était impossible qu'il y eût jamais songé ^ qu'un mariage était nul pour lui sans le consentement du roi, quand même le parti se fût trouvé d'ailleurs sortable^ mais que c'était une moquerie de mettre en jeu la fille d'un petit avocat, que la faveur du roi venait de faire pair du royaume sans noblesse, et chancelier sans capacité j qu'à l'égard de ces scrupules, il n'avait qu'à vouloir bien écouter des gens qui l'instruiraient à fond de la conduite que mademoiselle Hyde avait tenue avant qu'il la connût, et que, pourvu qu'il ne leur dît point que la chose fût déjà faite, il aurait bientôt de quoi se déterminer.
Le duc d'York y consentit, et mylord Falmouth, ayant assemblé son conseil et ses témoins, les mena dans le cabinet de Son Altesse , après les avoir instruits de ce qu'on leur voulait. Ces messieurs étaient le comte d'Arran, Jermyn, Talbot* et Kille-
1. Richard Talbot, issa d'une famille irlandaise, mais anglais»
grew * , tous gens d'honneur, maïs qui préféraient în-
d'origine. Glarendon en parle de façon à en donner une fâcheuse idée; il le représente comme ayant offert à Charles d'assassiner vromweil. « C'était un jeune homme bien fait et qui avait sans contredit un courage et une fermeté inébranlables. C'en était assez pour lui gagner les bonnes grâces du duc d'York ; il sut se les concilier en moins de temps qu'on ne pouvait l'espérer, et à un tel degré qu'il fut nommé un de ses valets de chambre. Après le retour du roi, il se mêla, en cette qualité, de toutes les affaires d'Irlande avec une hardiesse si extraordinaire, et par contrats secrets avec des conditions si scandaleuses, que le chancelier fut obligé de lui faire de sévères réprimandes en plein conseil, et qu'il engagea souvent le duc d'York à lui ôter sa confiance. »
Talbot fut l'objet des faveurs de Jacques II, qui le créa successivement comte et duc ; il défendit l'Irlande avec vigueur contre Guillaume III; mais, après la bataille de la Qoyne, il perdit son activité et son énergie ordinaires. Il mourut en I69I. « C'étoit, dit le duc de Berwick dans ses Mémoires^ un homme d'une taille plus qu'ordinaire, qui avoit beaucoup de bon sens, étoit très-obligeant, mais extrêmement vain et rusé. Quoiqu'il possédât de grands biens, on ne pouvoit pas dire qu'il les eût acquis par des moyens malhonnêtes, car on ne le vit jamais montrer beaucoup d'amour pour l'argent. Il n'avoit pas le génie militaire, mais beaucoup de courage. >
1. Fils do sir Robert Killegrew, page de Charles I"' et valet de chambre de Charles II, qu'il avait suivi à l'étranger. Il fut envoyé à Venise en 1650, et il était en grande faveur auprès du roi à cause de son intarissable gaieté. Il mourut en 1682, laissant diverses pièces de théâtre. Pepys en mentionne une comme étant beaucoup trop libre, et comme n'offrant que des rôles de femmes. Il avait épousé Mary Grofts, une des filles d'honneur d^ 1» reine Henriette.
Son portrait, peint par Cooper, montre les traits accentué i d'un viveur de complexion énergique.
Pepys dit dans son Journal (9 décembre 1666) : « M. Pleine me raconta qu'il était très-vrai que Tom Killegrew a dit au roi que ses Affaires allaient de mal en pis, mais qu'il y avait moyen d'y remédier. » Et il ajouta : « Il existe un bon, honnête et habile h )mme que je pourrais nommer, et si Voire Majesté voulait l'employer et lui ordonner de veiller à ce que toutes choses fussent exécutées régulièrement, la situation serait bien vite améliorée; cet homme c'est Charles Stuart, gui passe maintenant son temps à bavarder
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animent celui du duc d'York à celui de mademoiselle
sur ce qui se passe à sa cour, et qui n'a pas d'autres occupations»
mais, si vous vouliez le placer à la tête des affaires, il s*en acquit- 1
ferait mieux que qui que ce soit au monde. » \
Ce nl&rooiqueur revient encore, à la date du 16 février 1666 (1667), i
sur le compte de Killegrew, et dit : c Tlioraas Killegrew m'a assuré :>
que son théâtre est moitié moins fréquenté qu'avant le grand in- '
eendie, quoiqu'il y ait, à force de peines, introduit une foute d'améliorations. Il n'y avait jadis que des chandelles de suif; il n'y a .' maintenant que des bougies, et en bien plus grand nombre ; il n'y avait que deux ou trois musiciens ; il y en a maintenant neuf ou dix et des meilleurs; au lieu du désordre qui y régnait, tout se passe avec beaucoup de régularité ; le roi n'y venait jamais et la reine très -rarement; aujourd'hui le roi y vient ainsi que la meilleure société. 11 m'a dit qu'il aime si fort la bonne musique, qu'il a fait huit ou dix fois le voyage de Rome pour en entendre, et cependant il ne sait ni chanter, ni jouer d'un instrument. 11 m'a dit toute la peine qu'il avait prise pour mtroduire dans ce pays de la bonne musique, mais qu'il n'avait pu réussir : les Italiens qu'il avait pris dans diverses cours, et qu'il avait amenés ici, pour former la musique du roi, avec des appointements de deux cents li- Très chacun par an, ayant été mal payés, s'étaient retirés. »
Voici encore deux anecdotes :
Un jour Killegrew entra sans cérémonie dans la chambre du roi, botté, éperonné, fouet en main, tout prêt à se mettre en route, c Où allez-vous donc ainsi, Killegrew? s'écria Chailes. ~ Je vais en enfer chercher Olivier Cromwell, afin qu'il s'occupe des affaires de l'Angleterre, car son successeur n'en prend aucun