CHAPITRE XI
Antres intrigues amoureuses de la cour d'Angleterre.
I^ duchesse d'York, pour former sa nouvelle cour, voulut voir toutes les jeunes personnes qui s'ofirîrent-, et, sans égard aux recommandations, ne choisit que ce qu'elle trouva de plus beau.
Mademoiselle Jennings ' et mademoiselle Tem-
1. Françoise Jennings, une des filles de Richard Jennings, propriétaire dans le comté d'Hertford, et sœur aînée de la célèbre du-t chasse de Mariborough. Elle épousa George Hamilton, comme on le voit à la dernière page de ces Mimoiret, et, après sa mort, elle se maria à Richard Talbot, créé comte de Tyrconnel par Jacques U, qu'il accompagna en son exil. Le portrait de cette dame, peint par Lely, est à Windsor, et il confirme l'exactitude des détails que donne Hamilton.
Lord Melfort, secrétaire de Jacques II, ne parait pas avoir conçu une opinion très-favorable au sujet de lady Talbot; car, dans une lettre, écrite en septembre 1689 au monarque détrôné, et publiée dans les Papiers d'État de Macpherson, il dit :
« Il y a une autre chose qui serait extrêmement utile, si elle pouvait s'effectuer, ce serait d'engager la duchesse de Tyrconnel à venir en France pour sa santé. Je ne savais pas qu'elle fût connue ici aussi bien qu'elle l'est, mais ce que Ton dit d'elle, et je puis vous le répéter, c'est qu'elle a l'âme la plus noire qui se puisse i'^uaginer. Je crois que son éloignement servirait à maintenir la paix qui vous est si nécessaire, et qu'il arrêterait cette humeur tracassière qui a déjà fait tant de mal. »
Une lettre du comte de Manchester, datée de 1699, mentionne la duchesse de Tyrconnel comme une de ces personnes dans le besoin, qui faisaient partie de la petite cour de Jacques ÎI, et parmi lesquelles on avait distribué 3,000 écus, portion de la pension faite par Louis XIY, au monarque déchu.
En 1705, U duchesse était en Angleterre, et elle eut une entre-
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pie * étaient à la tête. Elles effaçaient tellement les deux autres qu'on choisit, que nous ne ferons mention que d'elles.
Mademoiselle Jtnnings, parée des premiers trésors de la jeunesse, était de la plus éclatante blancheur qui fut jamais. Ses cheveux était d'un blond parfait. Quelque chose de vif et d'animé défendait son teint du fade qui d'ordinaire se mêle dans ime blancheur extrême. Sa bouche n'était pas la plus petite; mais c'était la plus belle bouche du monde. La nature l'avait embellie de ces charmes qu'on ne peut exprimer : les grâces y avait mis la dernière main. Le tour de son visage était gracieux -, et sa gorge naissante était de même éclat que son teint. Pour achever en un mot, sa figure donnait une idée de l'Aurore ou de la Déesse du printemps, telles que messieurs les
me avec son beau-frère, le duc de Marlborough ; mais elle était assez mal avec sa famille. Horace Walpole dit que, tombée dans l'indigence, elle loua une des petites boutiques qui étaient alors dans la Bourse, et qu'elle se mit à vendre de menus articles de mercerie.
Elle portait un vêtement blanc qui la couvrait entièrement, et elle avait sur le visage un masque blanc qu'elle n'ôta jamais ; elle fut trés-remarquée. Plus tard, elle obtînt de rentrer en possession d'une faible partie des biens de son man, et elle se retira a Dublin, où elle fonda un couvent de religieuses de l'ordre de Sainte>Claire. Le reste de sa vie s'écoula dans les pratiques de la pénitence la plus sévère. Sa mort, survenue le 29 février 1730, fut le résultat d'un triste accident : elle tomba de son lit durant une nuit très-froide, se trouva trop faible pour se relever ou appeler au secours, et le matin, lorsqu'on la vit privée de sentiment, on ne put la ranimer ; quelques heures après, elle n'était plus.
1. Anne, ûUe de Thomas Temple, propriétaire dans le comté de Warwick. Elle devint la seconde femme de sir Charles Lyttleton» dont elle eut cinq fils et huit filles. On voit qu'il eût été dommage de la condamner au célibat. Elle mourut le 27 août 17 18. Son portrait, peint par Lely, figure dans la galerie de Windsor.
poètes nous les offrent dans leurs brillantes peintures. Mais comme il n'était pas juste qu'une seule personne possédât tous les trésors de la beauté sans aucun défaut, il y aurait eu quelque chose à refaire à ses bras et à ses mains pour les rendre dignes du reste. Son nez n'était pas de la dernière délicatesse; et ses yeux faisaient un peu grâce, tandis que sa bouche et le reste de ses appas portaient mille coups jusqu'au fond du cœur.
Avec cette aimable figure, elle était toute pétillante d'esprit et de vivacité. Ses gestes et tous ses mouvements étaient autant d'impromptus. Sa conversation était séduisante quand elle voulait plaire, fine et délicate quand elle voulait donner du ridicule -, mais comme son imagination l'emportait souvent, et qu'elle commençait à parler avant que d'achever de penser, ses expressions ne signifiaient pas toujours ce qu'elle voulait, et ses paroles rendaient quelquefois trop peu, quelquefois beaucoup trop, les choses qu'elle pensait.
Mademoiselle Temple, à peu près du même âge, était brune en comparaison d'elle. Sa taille était jolie. Elle avait les dents belles, les yeux tendres, le teint frais, le sourire agréable, et l'air spirituel. Voilà ce que c'était que son extérieur. Il serait difficile de dire ce que c'était que le reste-, car elle était simple, glorieuse, crédule, soupçonneuse, coquette, sage, fort suffisante et fort sotte.
Dès que ces nouveaux astres parurent à la cour de la duchesse, chacun eut les yeux dessus, et l'on forma des desseins sur l'une et sur l'autre, soit en bien, soit en mal.
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Mademoiselle Jennings ne fut pas longtemps à se distinguer, et à ne laisser d'adorateurs à ses compagnes que ceux queTespoir du succès y attachait. Son éclat éblouissant attirait, et les charmes de son esprit engageaient.
Le duc dTork, s'étant persuadé qu'elle était de son apanage, se mit en tête de faire valoir ses prétentions, par le môme droit que le roi, son frère, s'était approprié les faveurs de mademoiselle Wells 5 mais il ne la trouva pas d'humeur à se mettre à son service, quoiqu'elle fût à celui de la duchesse. Elle ne voulut rien coipprendre au nombre infini de lorgnades dont il l'attaqua d'abord. Ses regards se promenaient toujours ailleurs quand ceux de Son Altesse les cherchaient-, et si par hasard il en surprenait quelqu'un, elle n'en rougissait seulement pas. Il fallut donc changer de batterie. Les regards n'ayant rien fait, il trouva l'occasion de parler, et ce fut tant pis. Je ne sais de quelle manière il conta sa chance, mais les discours ne furent pas mieux reçus que h premier langage.
Elle avait de la sagesse et de la fierté. Ce qu'il avait à proposer ne convenait pas trop à l'une ni à l'autre. Quoiqu'on jugeât, à ses vivacités, qu'elle n'était pas capable de faire de grandes réflexions, elle s'était munie de quelques maximes très-salataires pour la conduite d'une personne de son âge. La première était qu'il fallait être jeune pour entrer agréablement à la cour, et ne pas être vieille pour en sortir de bonne grâce 5 qu'on ne s'y pouvait maintenir que par une glorieuse résistance, ou par d'illustres faiblesses *, que dans un séjour si dangereux
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il fallait faire son possible pour ne disposer de son cœur qu'en donnant sa main.
Avec de tels sentiments elle eut moins de peine à résister aux tentations du duc qu'à se débarrasser de sa persévérance. Elle fut sourde aux traités d'établissement dont on voulut sonder son ambition *, et toutes les offres de présents réussirent encore plus mal. Que faire pour apprivoiser une impertinente vertu qui ne voulait point entendre raison? II y avait de la honte à laisser échapper une petite étourdie dont les penchants devaient au moins tenir quelque chose de la vivacité qui brillait dans toutes ses manières, et qui cependant se mêlait d'avoir du solide quand on ne lui en demandait pas.
Après avoir bien rêvé sur son obstination, il crut que récriture pourrait faire ce que n'avaient pu les regards, ni les discours, ni les ambassades. Le papier souffre tout*, mais par malheur elle ne souffrait point le papier. Chaque jmir quelques billets tendres en expressions, ou magnifiques en promesses, se fourraient ou dans ses poches ou dans son manchon. Gela ne se faisait pas trop imperceptiblement, et la malicieuse petite bête avait soin que ceux qui les y avaient vus entrer les en vissent sortir sans leur avoir donné la moindre audience. Elle ne faisait que secouer son manchon, ou tirer son mouchoir. Dès qu'il avait le dos tourné, billets pleuvaient autour d'elle, et les ramassait qui voulait. La duchesse fut souvent témoin de cette conduite, et n'eut pas le courage de la gronder de son manque de respect. Il n'était donc bruit dans les deux cours que des charmes et de la sagesse de mademoiselle Jennings. On ne pouvait com-
prendre qu'une jeune créature débarquant de la campagne droit à la cour en devînt si tôt rornement par ses attraits et Texemple par sa conduite.
Le roi crut que ceux qui Tavaient attaquée s'y étaient mal pris, ne lui paraissant pas naturel que les promesses ne pussent l'éblouir ni les empressements la séduire, elle qui vraisemblablement ne tenait pas cette discrète morale de la prudence de sa mère, qui n'avait rien éprouvé de plus délicieux que les prunes et les abricots de Saint-Albans. H voulut voir ce que c'était que cela. Tout lui parut nouveau dans le tour de son esprit et dans les charmes de sa personne ^ mais toutes ces nouveautés lui parurent piquantes. La curiosité de l'éprouver se changea bientôt en désir de réussir dans l'épreuve. Dieu sait ce tju'il en fût arrivé ^ car il avait tout l'esprit du monde, et il était roi. Ces qualités ne sont pas indif^ férentes. Les résolutions de la belle Jennings étaient louables et bien raisonnées; mais l'esprit avait de grands charmes pour elle, et la majesté du prince humiliée devant une jeune personne qui l'écoute est bien persuasive^ mais mademoiselle Stev^art n'eut garde de consentir au projet du roi.
L'alarme la prit de bonne heure-, elle pria Sa Majesté de vouloir bien laisser au duc son frère le soin d'instruire les filles de la duchesse sa belle-sœur, et de ne se mêler que de la conduite de son troupeau, s'il n'aimait mieux à son tour lui permettre d'écouter certaines propositions d'établissement qui ne lui paraissaient pas désavantageuses. La menace n'était pas à négliger. Il obéit, et mademoiselle Jennings eut encore tout l'honneur des bruits qui se répan-
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dirent sur ce sujet. Nouvelle estime et nouveaux vœux de tous côtés. Elle allait triomphante de je ne sais combien de libertés, sans intéresser la sienne. Son heure n'était pas encore venue *, mais elle n'était pas si loin. C'est ce que nous dirons quand nous aurons fait voir comment sa compagne débuta;
Quoique la figure de mademoiselle Temple fût toute des plus jolies, elle était effacée par celle de mademoiselle Jenhings. Elle brillait encore moins auprès d'elle par son esprit. Deux personnes trèscapables de lui en donner, si ce don était communi-* cable, entreprirent en même temps de lui faire perdre le peu qu'elle en avait. C'était mylord Rochester et mademoiselle Hobart. Le premier commença par la gâter, en lui faisant part de ses productions comme à la personne du monde la plus éclairée. Jamais il ne s'avisa de la flatter sur les charmes de sa personne, n lui disait bien que si le ciel l'avait fait d'humeur à se prendre par la beauté, il ne lui aurait pas été possible de se sauver auprès d'elle ; mais que n'étant, Dieu merci, touché que de l'esprit, il avait le bonheur de jouir du pliis agréable entretien du monde, sans que cela pût tirer à la moindre conséquence. C'était après un aveu si sincère qu'il lui présentait des vers, ou quelque chanson nouvelle, et c'était là que tout ce qui pouvait disputer quelque chose à mademoiselle Temple était mis à deux genoux devant ses appas, pour en faire amende honorable. De telles insinuations tournaient sa petite tète, que c'était une pitié.
La duchesse s'en aperçut -, et, connaissant la portée du génie de l'un et de l'autre, elle connut le danger
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OÙ la pauvre Temple se précipitait 'sans le savoir. Mais comme il n'est pas moins dangereux d'interdire un commerce oi l'on n'avait pas songé qu'il est difficile d'en rompre un bien établi, mademoiselle Hobart fut chargée de mettre ordre, le plus discrètement qu'elle pourrait, à ce que ces fréquentes et longues conversations n'eussent point de suite. Elle accepta volontiers cette commission, et se flatta d'y réussir.
Elle avait déjà fait toutes les avances pour s'emparer de sa confiance et de sa bonne volonté. La Temple, moins en garde contre elle que contre Rochester, y répondait de son mieux» Elle était avide de louanges, et friande de toutes sortes de sucreries autant que si elle n'eût pas eu plus de neuf ou dix ans. On pourvut à l'un et à l'autre de ses goûts. Mademoiselle Hobart avait l'intendance du cabinet des bains de la duchesse. Son appartement était tout contre *, et dans cet appartement elle avait un cabinet garni de confitures et de toutes sortes de liqueurs. Ce cabinet convenait au.goût de mademoiselle Temple, et il convenait au goût de matie^moiselle Hobart qu'elle y prît plaisir.
La belle saison étant de retour, les plaisirs qui l'accompagnent revinrent avec elle. Un jour que les dames avaient été à cheval, la Temple, au retour d'une de ces galantes promenades, débarqua chez mademoiselle Hobart, pour se remettre de la fatigue AUX dépens des confitures qui l'y attendaient^ mais, avant que de s'y mettre, elle lui demanda la permission de se mettre en chemise, c'est-à-dire de se déshabiller, chez elle pour changer de linge en sa pré-
sence. Cette permissjpn n'avait garde d'être refusée. « Je vous l'allais proposer, dit la Hobart. Ce n'est pas que vous ne soyez jolie comme un ange dans cet habillement; mais il n'est rien tel que d'être fraîchement et à son aise. Vous ne sauriez croire, ma chère Temple, poursuivît-elle en l'embrassant , combien vous m'obligerez d'en user ainsi-, mais surtout ce goût pour la propreté me charme. Vous êtes bien différente, en cela comme en bien d'autres choses, de cette petite folle de Jennings , Avez-vous pris garde comme tous nos benêts de la cour l'admirent pour quelque éclat, qui n'est peut-être pas tout à elle, et pour des étourderies qui ne sont d'aucune autre, et qu'ils prennent pour des traits d'esprit ? Je ne lui ai pas assez parlé pour en démêler la gentillesse ', mais s'il n'est pas mieux tourné que ses pieds, ce n'est pas grand'chose. On m'en a compté de belles de son peu de propreté. Il n'y a point de chat qui craigne tant l'eau. Comment 1 jamais ne se laver pour soi-même, et ne décrasser que ce qu'il faut nécessairement que l'on montre, c'est-à-dire la gorge et les mains. »
La Temple avalait cela plus doux que les confitures^ et l'officieuse Hobart, pour ne pas perdre de temps, la déshabillait en attendant sa femme de chambre. Elle en fit bien quelques façons d'abord, ne voulant pas donner cette peine à une jeune personne constituée depuis quelque temps en dignité comme mademoiselle Hobart^ mais elle eut beau s'en défendre, l'autre lui fit voir que c'était avec plaisir qu'elle lui rendait ce petit office. La collation finie, et mademoiselle Temple déshabillée : « Pas-
sons, lui dit la Hobart, dans |f cabinet (les bains; nous pourrons y causer un moment sans craindre que quelque sotte visite ne nous vienne lanterner. » Elle y consentit : et s' étant toutes deux mises sur un lit de repos : « .Vous êtes trop jeune, ma chère Tenir pie, lui dit-elle, pour connaître la malignité du caractère des hommes en général, et trop neuve encore en ce pays-ci pour avoir pu démêler celui de ses habitants. Je vais vous donner une idée de ces messieurs, du mieux qu'il me sera possible, sans offenser personne; car je n'aime point la médisance.
(( Premièrement, il faut que vous comptiez que tous les hommes de la cour manquent de probité, de bon sens, de jugement, d'esprit ou de sincérité; c'est-à-dire que celui qui par hasard aura quelquesunes de ces qualités, à coup sûr n'aura pas les autres. Le faste dans les équipages, la fureur du jeu, la bonne opinion de leur mérite, et le mépris pour celui des autres, sont leurs entêtements.
(c L'intérêt ou les plaisirs sont les motifs de toutes leurs actions. Ceux qui suivent le premier vendraient Dieu le père comme Judas vendit son maître, et pour moins d'argent. Je vous citerais de beaux exemples, si j'en avais le temps. Pour les sectateurs des voluptés, ou soi-disant tels, car ils ne sont pas tous si méchants qu'ils affectent de le paraître, ces messieurs ne respectent ni promesses, ni serments, ni foi, ni loi, c'est-à-dire ni le ciel, ni la terre, pour parvenir à leurs fins. Us ne regardent les filles d'honpeur que comme des amusements , qu'on place exprès à la cour pour les empêcher de s'y ennuyer ; et plus on a de mérite, plus on est exposé à leurs impertinence»
dès qu'on les écoute, et à leurs calomnies dès qu'on ne les écoute pas.
« Pour les épouseurs, ce n'est pas ici qu'il en faut chercher. Si l'argent ou le caprice ne s'en mêle, on aurait beau se flatter d'être pourvue, la sagesse et les appas y sont également inutiles. Madame de Falmouth est Tunique exemple d'une fille d'honneur bien mariée sans dot : et demandez au pauvre imbécile d'époux pour quelle raison il l'a prise ^ je suis persuadée qu'il n'en sait aucune, si ce n'est qu'elle a les oreilles grandes et rouges et le pied plat. Pour la blonde Yarborough*, qui paraissait si fière de son établissement, elle est femme, pour tout compter, d'un grand flandrin, qui, la semained'après son mariage, lui fit prendre congé de la ville pour jamais, en vertu de cinq ou six mille livres de rente qu'il possède sur les confins de Gornouaiiles. Hélas! la pauvre Blague, je la vis partir, il y a bien un an, tirée à quatre chevaux si maigres, que je ne crois pas qu'elle soit encore à moitié chemin de son petit château. Que voulez-vous ? toutes les filles ont la folie de se vouloir marier-, et dès qu'elles ont quelque peu de charmes, elles croient qu'il n'y a qu'à se montrer à la cour pour choisir leur époux. Mais quand cela serait, c'est la plus sotte condition du monde pour une personne qui a des sentiments.
« Croyez-moi, ma chère Temple, c*est si peu de chose que les plaisirs du mariage au prix de ses inconvénients, que je ne sais comment on peut s'y résoudre. Fuyez donc un si fâcheux engagement, au