‹ Mémoires du chevalier de GrammontChapitre 39 sur 54 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Suite des intrigues amoureuses de Ja cour d'Angleterre.

La conversation dont on vient de parler n'avaif eu de charmes que pour mademoiselle Hobart -, et si la jeune Temple en avait trouvé le commencement divertissant, la fin l'avait outrée de colère. A cette indignation succéda la curiosité d'apprendre par quelle raison, s'il était bien vrai que Sydney songeât à elle, il ne lui serait pas permis de l'écouter un peu. La tendre Hobart, qui ne lui pouvait rien refuser, lui promit cette confidence dès qu'elle pourrait s'assurer sur sa conduite avec mylord Rochester. On ne lui demanda que trois jours d'épreuve, après lesquels Hobart jura qu'elle lui dirait ce qu'elle souhaitait savoir. Temple assura qu'elle ne regarderait plus Rochester que comme un monstre de perfidie, et jura ses grands dieux qu'elle ne l'écouterait de sa vie, et qu'elle lui parlerait encore moins.

Dès qu'elles furent sorties du cabinet, miss Sara sortit du bain, où durant toute cette conversation elle avait pensé transir de froid sans oser s'en plaindre. Cette petite créature avait obtenu, de la femme de chambre de mademoiselle Hobart, de se pouvoir un peu décrasser à l'insu de sa maltresse } et l'autre

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y ayant consenti, je ne sais comme elles avaient fait pour remplir d'eau froide une des cuves; et la pauvre Sara ne faisait que de s'y mettre lorsqu'elles furent alarmées de l'arrivée des deux autres. Une séparation de vitrage renfermait l'endroit du ca* binet oh les cuves étaient placées. Des rideaux de taffetas de la Chine, qui se tiraient par dedans, ôtaient la vue de ceux qui se baignaient. La femme de chambre de mademoiselle Hobart n'avait eu que le temps de tirer ces rideaux sur la petite fille, de fermer la porte de la séparation, et d'en ôter la clef avant l'arrivée de sa maltresse et de mademoiselle Temple.

Elles s'étaient mises sur un canapé placé le long de cette séparation, et mademoiselle Sara, malgré ses alarmes, avait entendu toute la conversation, et l'avait parfaitement retenue. Gomme la belle ne s'était donné tant de peine que pour recevoir plus proprement mylord Rochester, dès qu'elle put se sauver, elle regagna son entresol ; et Rochester n'ayant pas manqué d'y grimper à l'heure du rendez-vous, il fut pleinement instruit de tout ce qui ^Vêtait passé dans le cabinet. Il admira l'audace de la téméraire Hobart d'oser lui faire une tracasserie de cette nature -, mais quoiqu'il comprit bien que l'amour et la jalousie en étaient cause, il ne lui pardonna pas pour cela. La petite Sara voulut savoir s'il était vrai qu'il en voulût à mademoiselle Temple -, comme la Hobart "ayait dit qu'elle en mourait de peur : « En pouvezvous douter, répondit-il, puisque cette sincère personne l'a dit ? mais vous voyez aussi que je n'en pourrais profiter, quand la Temple le voudrait bien,

puisque mes débauches et les coureuses de la ville y ont mis bon ordre. »

La nièce de la gouvernante se mit l'esprit en repos sur cette réponse, jugeant que le reste était faux, puisqu'elle pouvait répondre que cet article n'était pas vrai. Mylord Rochester voulut aller dès ce même soir chez la duchesse, pour voir quelle contenance on tiendrait en le voyant, après le beau portrait que mademoiselle Hobart avait eu la bonté d'en faire.

La Temple ne manqua pas de s'y trouver aussi, dans le dessein de lui faire une mine du plus effroyable dédain qu'elle pût imaginer. Quoiqu'elle se fût mise de tout son mieux, comme elle s'imaginait que les couplets qu'on lui venait de chanter se trouvaient dans la poche de tout le monde, elle fut embarrassée de ce que tous ceux qui la rencontraient la croyaient peut-être faite comme Rochester l'avait dépeinte. Cependant Hobart, qui ne se fiait pas trop aux promesses qu'elle avait faites de ne lui parler ni de près ni de loin, ne la quittait point. Jamais elle n'avait été si jolie. Chacun lui en disait quelque ehose ^ mais à l'air dont elle recevait toutes ces honnêtetés on la crut folle. Car lorsqu'on lui parlait de sa taille, de sa fraîcheur ou de ses regards : a Bon l disait-elle, on sait bien que je ne suis qu'une vilaine bête, tout autrement faite que les autres : que ce qui reluit n'est pas or ; et que si j'ai quelque peu de louange à recevoir dans les compagnies, le reste est une misère. »

La Hobart avait beau la pousser, elle allait toujours son train *, et, ne cessant de se dénigrer par

ironie, on ne pouvait comprendre à qui diable elle en voulait.

Lorsque mylord Rochester arriva, elle en rougit d'abord, pâlit ensuite, s'ébranla pour aller à lui, se retint, tira ses gants, l'un après l'autre jusqu'au coude ^ et, après avoir trois fois ouvert et refermé son éventail avec violence, elle attendit qu'il la saluât à son ordinaire ; et, dès qu'il eut commencé, la belfe fit demi-tour à droite, et lui tourna le dos. Rochester n'en fit que sourire •, et, voulant que ses ressentiments, fussent encore plus marqués, il fit le tour de sa personne, et s'étant planté vis-à-vis d'elle : «Mademoiselle, lui dit-il, rien n'est si glorieux que de briller comme vous faites après une fatigante journée. Soutenir une promenade à cheval trois bonnes Iieures durant, et mademoiselle Hobart au retour, sans en paraître abattue, voilà ce qui s'appelle un tempérament. » '

Mademoiselle Temple avait naturellement le regard tendre : mais elle fut transportée d'une colère si violente, voyant qu'il avait encore l'efiTronterie de lui parler, qu'il crut lui voir une grenade allumée dans chaque œil quand elle tourna les yeux sur lui. Hobart la pinça par le bras, sur le point que ce regard allait être soutenu d'un détachement de reproches ou d'invectives.

Il ne les attendit pas*, et, remettant pour une autre fois les remerclments qu'il devait à mademoiselle Hobart, il se retira tout doucement. Hobart, qui n'avait garde de s'imaginer qu'il sût rien de l'autre conversation, ne laissa pas d'être fort alarmée de ce qu'il venait de dire. Mais Temple, prête

i suffoquer de tout ce qu'elle savait pour le confondre sans avoir pu s'en défaire, fit vœu en elle-même d'en avoir le cœur net à la première occasion, malgré la parole.qu'elle avait donnée, quitte pour ne lui plus jamais parler après.

Rochester avait un espion fidèle auprès de ces belles. C'était la petite mjss Sara, raccommodée, par son conseil et le consentement de sa tante, avec mademoiselle Hobart, pour mieux la trahir. U sut par cet espion que la femme de chambre de la Hobart, soupçonnée de l'avoir écoutée dans le cabinet, était sortie de son service •, qu'elle en avait pris une autre, qu'on croyait qu'elle ne garderait pas longtemps, parce qu'elle était laide et qu'elle mangeait les confitures de mademoiselle Temple. Quoique ces avis fussent de peu de conséquence, on ne laissa pas de louer la petite fille de son exactitude ; et quelques jours après elle en vint donner un tel qu'on le souhaitait.

Rochester fut informé par elle que mademoiselle Hobart et sa nouvelle favorite devaient se promener à neuf heures du soir dans le mail du parc; qu'elles devaient changer d'habits l'une avec l'autre, mettre de grandes écharpes, et porter des loups '. Elle ajouta que mademoiselle Hobart s'était fort opposée à ce projet; mais qu'il avait fallu céder à la fin, la Temple ayant résolu d'en passer sa fantaisie.

Rochester prit sa résolution sur cet avis. Il fut chercher Killegrew, se plaignit à lui du tour que ma-

1 Petits masqfnes dont l'usage se conservait encore. Voir sur cette mode une des notes très-curieuses que M. L. de La Borde a ajoutées à son travail sur le ?i lais Mazarin, notes qui forment an gros volume tiré à petit nombi t.

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demoiselle Hobart avait osé lui jouer, lui demanda son assistance pour s'en venger, et l'obtint •, et l'ayant informé de la manière dont.il voulait s'y prendre, et du rôle qui le regardait dans cette aventure, ils se rendirent dans l'allée du mail.

Bientôt y parurent nos nymphes en mascarade* Leurs tailles étaient peu différentes, et leurs visages, qui Tétaient beaucoup, étaient couverts de leurs loups, n n'y avait que peu de monde au parc ; et d'aussi loin que la Temple les vit, elle doubla le pas pour s'en approcher, dans le dessein de laver la tète au perfide Roches ter sous la figure d'une autre, quand Hobart, l'arrêtant : a Où courez-vous donc P lui ditelle. N'auriez-vous point envie d'attaquer de conversation ces deux diables , pour vous exposer à toutes les impertinences qu'ils sont capables devons dire P x» Ces remontrances furent inutiles. La Temple voulut tenter l'aventure*, et tout ce qu'on put obtenir fut de ne point répondre à tout ce que Rochester pourrait lui dire.

Elles furent abordées comme elles achevaient de parler. Rochester choisit la Hobart, feignant de la prendre pour l'autre : elle en fut ravie; mais Temple fut fâchée de voir que Killegrew lui tombait en partage. Ce n'était pas à Killegrew qu'elle avait affaire. Il s'aperçut de sa répugnance, et, faisant semblant de se méprendre à ses habits : « Eh ! mademoiselle Hobart, lui dit-il, ne tournez pas tant la tête devers eux. Je ne sais par quel hasard vous êtes toutes deux ici •, mais je sais que c'est fort à propos pour vous, ayant quelques petits avis à vous donner, comme votre serviteur et votre ami. »

Ce début donna de la curiosité pour le reste, et mademoiselle Temple parut plus disposée à l'écouter. Killegrew, voyant, que les autres s'étaient insensiblement éloignés : c( Au nom de Dieu, dit-il, de quoi vous avisez-vous de vous déchaîner contre mylord Rochester, que vous connaissez pour le plus honnête homme de la cour, et que vous donnez cependant pour le plus grand scélérat à la personne qu'il estime et qu'il honore le plus ? Que deviendriezvous, s'il vous plaît, s'il savait que vous avez fait accroire à mademoiselle Temple que c'est sur elle qu'il a fait certain couplet de chanson, fait, comme vous savez aussi bien que moi, contre la grosse Price, plus d'un an avant qu'il fût question de la belle Temple. Ne soyez point surprise que j'en sache tant; mais faites un peu d'attention à ce que je vais vous dire de bonne amitié : votre passion et vos désirs pour la jeune Temple ne sont plus ignorés que d'elle ; car de quelque manière que vous ayez surpris son innocence, on lui rend assez de justice pour croire qu'elle vous traiterait comme a fait madame de Falmouth, si la pauvre fille savait ce que vous lui voulez. Je vous conseille donc de ne point pousser les choses plus loin auprès d'une personne trop sage pour vous le permettre \ je vous conseille encore de reprendre votre femme de chambre, pour supprimer le scandale de ses discours. Elle dit partout qu'elle est grosse, vous impute le fait, et vous accuse de la dernière ingratitude sur de simples soupçons. Vous voyez bien que je n'invente point ces sortes de choses ; mais, afin que vous ne doutiez point que ce ne soit de sa propre bouche que je les tiens, elle m'a

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parlé de votre conversation dans le cabinet des bains, des portraits que vous y avez faits de tous les hommes de la cour ; de la malice artificieuse dont vous avez donné les couplets si peu convenables à la fille d'Angleterre la mieux faite ; de quelle manière la pauvre Temple a donné dans le panneau que vous lui tendiez, pour justifier ses appas. Mais ce qu'il pourrait y avoir de plus dangereux pour vous, dans ce long entretien, c'est d'avoir révélé certains secrets que la duchesse ne vous a pas apparemment confiés pour eh faire part à ses filles d'honneur. Songez-y bien, et ne négligez pas de faire quelque réparation au chevalier Lyttelton, pour le ridicule que vous avez pris la peine de lui donner. Je ne sais si c'est de votre femme de chambre qu'il le tient; mais je sais bien qu'il a juré de s'en venger, et qu'il est homme à tenir sa parole : car, afin que vous ne vous ne trompiez pas à cette mine de stoïcien et à cette gravité de jurisconsulte, je veux bien vous apprendre que c'est le plus emporté de tous les hom» mes. Gomment! ce sont des choses horribles que ces invectives. Il dit que c'est bien affaire à une coquine comme vous de dénigrer les honnêtes gens par jalousie ', qu'il s'en plaindra, si vous continuez ^ que si Son Altesse ne lui fait pas justice, il se la fera lui-même, et vous donnera de son épée dans le ventre , quand ce serait entre l^s bras de mademoiselle Temple *, qu'il est bien scandaleux que toutes les filles d'honneur passent par vos mains avant que de pouvoir se reconnaître.

(i Voilà, mademoiselle, ce que j'ai cru devoir vous apprendre. Vous savez mieux que moi si ce que je

viens de vous dire est véritable-, et c'est à vous avoir quel usage il vous plaira faire de mes avis. Mais si j'étais à votre place, je ferais la paix de mylord Ro* chester auprès de mademoiselle Temple. Encore une fois, qu'il ne sache pas que vous ayez abusé de Tin-t nocence du cette fille pour noircir la sienne. N'en éloignez plus un homme qui l'aime tendrement, et qui, de la probité dont il est, se serait bien gardé de jeter les yeux sur elle s'il n'avait eu dessein de l'épouser. »

Mademoiselle Temple avait exactement tenu sa parole pendant ce discours. Elle n'avait garde d'y manquer, tant l'étonnement et la confusion l'avaient saisie.

La Hobart et Rochester la joignirent encore tout interdite des merveilles qu'elle venait d'apprendre, choses incroyables à son avis, qu'on ne pouvait s'empêcher de croire en examinant leurs circonstances. Jamais embrouillement ne fut pareil à celui dont sa tête fut remplie à ce récit.

Rochester et Killegrevr les avaient quittées, qu'elle n'était pas encore bien revenue-, mais, dès qu'elle eut un peu repris ses esprits, elle regagna Saint- James à grands pas, sans répondre à ce. que l'autre lui put dire *, et, s'étant enfermée dans sa chambre, la première chose qu'elle fit ce fut d'ôter promptement les habits de «mademoiselle Hobart, de peur d'en être contaminée. Après ce qu'elle en venait d'apprendre, elle ne la considérait plus que comme un monstre funeste à l'innocence du beau sexe, de quelque sexe qu'elle pût être. Elle rougissait des privautés qu'avait eues auprès d'elle une créature dont

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la femme de chambre était grosse sans avoir été dans un autre service que le sien. Elle lui renvoya donc toutes ses hardes, redemanda les siennes, et résolut de n'avoir plus aucun commerce avec elle.

Mademoiselle Hobart, d'un autre côté, qui crut que Killegrew l'avait prise pour elle en lui parlant, ne pouvait comprendre ce qui lui faisait prendre, depuis cette conversation, des airs si surprenants; mais, voulant s'en éclaircir, elle fit rester la femme de chambre de Temple chez elle, fut la trouver ellemême, au lieu de lui renvoyer ses habits; et, voulant la surprendre par quelque petite amitié avant que d'en venir aux éclaircissements, elle entra tout doucement dans sa chambre comme elle allait changer de linge, et l'embrassa. La Temple se trouvant entre ses bras avant que de l'avoir aperçue, tout ce que Killegrew venait de lui dire s'offrit à son imagination. Elle crut lui voir les regards d'un satyre, avec des empressements encore plus odieux ; et, se démêlant avec indignation d'entre ses bras, elle se mit à faire des cris effroyables, appelant le ciel et la terre À son secours.

Les premières qui vinrent à cette alarme furent la gouvernante et sa nièce. Il était près de minuit. La Temple était en chemise, tout effarée, repoussait avec fadhreur mademoiselle Hobart, qui ne s'en approchait que pour apprendre le sujet de ses transports. Dès ^ue la gouvernante vit cette scène, elle se mit à chanter pouille à la Hobart avec toute l'éloquence d'une vraie gouvernante; lui demanda si c'était pour elle que Son Altesse entretenait des filles d'honneur; si sUe n'avait point de honte de venir jusque dans leur

appartement, â l'heure indue qu'il était, pour s'y porter à de telles violences 5 et jura qu'elle s'en plaindrait dès le lendemain à la duchesse.

Tout cela confirmait Temple dans ses erreurs •, et Hobart fut enfin obligée de s'en aller sans pouvoir faire entendre raison à des créatures qu'elle croyait toutes folles ou possédées. Le lendemain miss Sara ne manqua pas de conter cette aventure à son amant; lui dit comme les cris de Temple avaient alarmé l'appartement des filles, et comme elle et sa tante, accourant à son secours, avaient pensé surprendre Holart en flagrant délit.

Deux jours après l'aventure fut publique, avec plusieurs circonstances qui n'en étaient pas. La gouvernante en faisait foi, contant partout comme la* pudeur de mademoiselle Temple l'avait échappé belle, et que miss Sara, sa nièce, n'avait conservé son honneur que parce que les bons avis de mylord Rochester l'avaient dès longtemps obligée de lui défendre tout commerce avec une personne si dangereuse.

Temple sut dans la suite que les couplets qui l'avaient si fort aigrie n'avaient jamais été faits que pour la Price. Tout le monde l'en assurait, en concevant une nouvelle horreur pour Hobart sur cette supercherie. Tant de refroidissement après tan^^e familiarité fit croire à bien des gens que l'aventure n'était pas tout à fait inventée. . ,,

C'était assez pour disgracier la Hobart à la cour, et pour la décrier dans la ville; mais la duchesse la soutint, comme elle avait déjà fait; traita l'histoire d'un bout à l'autre de chimère ou de calomnie;

gronda Temple de son impertinente crédulité ^ chassa la gouvem^te avec la nièce pour les impostures dont elles soutenaient cette fable, et fit quantité d'injustices pour rétablir l'honneur d'Hobart, sans pouvoir en venir à bout. Elle avait ses raisons pour ne la pas abandonner, comme nous dirons dans la suite.

Mademoiselle Temple, qui ne cessait de s'accuser d'injustice au sujet de mylord Rochester, et qui, sur la parole de Killegrew, le croyait l'homme d'Angleterre de la plus grande intégrité, ne cherchait que l'occasion de se justifier dans son esprit, en lui faisant quelque sorte de réparation pour les rigueurs qu'elle lui avait tenues. Ces favorables dispositions entre les mains d'un homme comme lui l'auraient pu mener plus loin qu'elle ne croyait-, mais il ne plut pas au ciel de le mettre à portée d'en profiter.

Depuis qu'il était à la cour, il n'avait guère manqué d'en être banni pour le moins une fois l'an ^ car dès qu'un mot se trouvait au bout de sa langue ou de sa plume, il le lâchait sur le papier où dans la conversation, sans aucun égard aux conséquences. Les minigties, les maîtresses, et souvent le maître luimême, en étaient. S'il n'avait eu affaire au prince le plus humain qui fut jamais, la première de ses disgrâces eÉt été la dernière.

, Ce fut donc dans le temps que Temple le jcherchait pour lui demander pardon de ce que les noirceurs de mademoiselle Hobart leur avaient à tous deux coûté, que la cour lui fut interdite pour la troisième fois. Il partit sans avoir vu Temple , mena la gouvernante disgraciée à sa maison de campagne, fit son possible

pour tHiltîver quelques dispositions que sa nièce se trouvait pour le théâtre -, mais, voyant q\|^l n'y réussissait pas si bien que dans ses autres instructions,, après l'avoir eue quelques mois avec madame sa tante à sa maison de campagne, il ne laissa pas de la faire recevoir dans la troupe du roi l'hiver d'après, et le public lui fut obligé de la plus jolie mais de la plus mauvaise comédienne du royaume *.

Talbot arriva d'Irlande pendant que ces choses se passaient à la cour. Il n'y trouva pas mademoiselle d'Hamilton. Elle était à la campagne, chez une parente dont on parlera dans la suite. Un reste de tendresse pour elle subsistait encore dans son cœur, malgré l'absence et ce qu'il avait promis au chevalier de Grammont en partant. Il cherchait à s'attacher quelque part pour s'en détacher pendant son absence j mais il ne crut rien voir dans la nouvelle cour de la reine qui méritât son attention. Mademoiselle Boynton s'avisa pourtant d'en avoir pour lui. C'était une figure mince et délicate, à laquelle un assez beau teint et de gros yeux immobiles donnaient quelque air de beauté de loin, qui s'effaçait de près. Elle affectait d'être languissante, de parler gras et d'avoir 4eux

1 Hamilton ne nomme pas cette actrice, mais il paraît que c'est Madame Barry qui débuta en 1671 et qui, au dire de Dryden, d' Aston et de divers auteurs du temps, fut loin d'être aussi mauvaise comédienne que le prétendent nos Mémoiret, On la représente comme médiocrement jolie, de taille moyenne, les cheveux noirs, vive et animée. Elle eut de Rochester une fille qui ne vécut que treize ans. Elle mourut en 1713 à l'âge de 55 ans, à ce que porte son épitaphe, mais cette assertion est erronée, ou bien Madame Barry n'est pas la nièce dont il s'agit ici, car elle serait née en 1658 et n'aurait pas eu dix ans à l'époque où se passaient toutes ces intrigues à la cour d'Angleterre.

OU trois faiblesses par jour. La première fois que TaU bot jeta les yeux sur elle, une de ses faiblesses la prit» On lui fit entendre qu'elle s'évanouissait à son intention. D le crut, s'empressa pour la secourir; et de* puis cet accident il se donna quelques airs attendris auprès d'elle, plutôt pour lui sauver la vie, que pour . lui marquer de la tendresse. Ces airs furent bien reçus^ car elle en avait véritablement été frappée d'àbord. C'était un des plus grands hommes d'Angleterre, et, selon les apparences, un des plus robustes. Cependant elle laissait assez voir qu'elle était prête à commettre la délicatesse d'une complexion comme la sienne à tout ce qui pourrait en arriver pour devenir sa femme; et peut-être ^reût-elle été dès lors, comme elle le fut après, si les charmes de la belle Jennings ne s'y fussent opposés.

Je ^ne sais par quel hasard elle ne s'était point encore offerte à ses yeux : on lui en avait pourtant beaucoup parlé; sa conduite, son esprit et sa vivacité lui furent également vantés. Il le crut sur la foi publique. Il trouva quelque chose d'assez rare de voir la discrétion et la vivacité, si bien d'accord à cet âge, principalement au milieu d'une cour toute galante ; mais il trouva tout ce qu'on avait dit des agréments de sa personne beaucoup au-dessous de la vérité.

S'il ne fut pas longtemps à s'apercevoir qu'il l'aimait, il ne tarda guère à le dire. Il n'y avait rien à tout cela qui ne fût dans la vraisemblance, et mademoiselle Jennings crut y pouvoir ajouter foi sans trop se flatter. Talbot avait du brillant, un bel extérieur, beaucoup de noblesse, pour ne pas dire de faste, dans ses manières. La faveur du duc, oui le distinguait

assez, relevait tout cela^ mais le plus essentiel de son mérite pour elle était quarante mille livres de rentes, indépendamment des bienfaits de son maître. Toutes ces qualités étaient du ressort des maximes et règles qu'elle s'était proposé de suivre en fait d'amants. Ainsi, quoiqu'il ne vit pas ses penchants entièrement déclarés, du moins il eut la gloire d'en être mieu^ reçu que ceux qui s'étaient présentés

avant lui.

Personne ne se mit en tête de traverser son bon-^ heur; et mademoiselle Jennings, voyant que la duchesse approuvait les desseins deTalbot, après s'être bien consultée , sentit qu'en l'épousant sans répugnance, c'était tout ce qu'elle pouvait faire pour son service, et que sa raison lui était plus favorable que son cœur.

Talbot, trop heureux d'une préférence que nul autre n'avait eue, n'approfondit point si c'était à son cœur ou bien à sa raison qu'il en était redevable, et ne songea qu'à presser l'accomplissement de son bonheur. On eût juré qu'il y touchait; mais l'amour ne serait plus amour s'il ne se plaisait à reculer les félicités, ou bien à renverser les fortunes de son empire.

Talbot, qui ne trouvait rien à redire à la personne, à la conversation, ni à la sagesse de mademoiselle Jennings, fut un peu touché d'une nouvelle connaissance qu'elle venait de faire *, et, s'étant mêlé de lui donner quelques petits avis sur ce sujet, il ne s'en trouva pas bien.

Price, fille d'honneur réformée, comme nous avons dit, s'était mise, au sortir de chez la duchesse, sous

la protection de madame de Gastelmaine. Elle avait l'esprit fort amusant. Sa complaisance convenait à toutes sortes d'humeurs, et la sienne avait un fonds de gaieté qui réjouissait partout. Elle avait fait connaissance avec Jennings avant Talbot. Gomme elle savait toutes les intrigues de la cour, elle les contait naturellement àmademoiselle Jennings, et les siennes tout aussi naïvement que les autres. Elle en était charmée ; car, quoiqu'elle ne voulût rien éprouver de Tamour qu'à bonnes enseignes, elle n'était pas fâchée d'apprendre par ces récits comme tout cela se passait. Ainsi, ne se lassant point de l'entendre, elle était ravie quand elle pouvait la voir.

Talbot, qui s'aperçut du goût extrême qu'elle avait pour cette fille, ne jugea pas que la réputation qu'elle avait dans le monde fût avantageuse à celle de sa maltpesse, principalement dans un commerce intime. C'est pourquoi, le prenant sur un ton de tuteur plutôt que sur celui d'amant, il s'ingéra de la gronder sur la mauvaise compagnie qu'elle hantait.

Jennings était fière à toute outrance quand elle se le mettait en tête ; et comme elle aimait beaucoup mieux la conversation de Price que celle de Talbot, eUe prit la liberté de lui dire qu'il se mêlât de ses affaires, et que s'il n'était venu d'Irlande que pour lui donner des leçons sur sa conduite, il n'avait qu'à prendre la peine d'y retourner.

Il s'offensa d'une sortie qu'on lui faisait si mal à propos dans les termes où ils en étaient \ et, la quittant plus brusquement qu'il ne convenait aux respects d'un honune bien amoureux, il fit quelque temps le fier , mais il n'en fut pas bon marchand. Il

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se lassa de ce personnage, quand il vît qu'il ne servait de rien, et il prit celui d'amant humilié, qui lui servit aussi peu. Son repentir ni ses soumissions ne la ramenèrent pas, et la petite mutine boudait encore lorsque Jermyn revint à la cour.

Il y avait plus d'un an qu'il triomphait des faiblesses de la Castelmaine, et plus de deux que le roi s'ennuyait de ses triomphes. Son oncle s^en était aperçu des premiers, et l'avait obligé de s'absenter de la cour pour quelque temps, sur le point qu'on allait lui en envoyer les ordres ^ car, quoique Sa Majesté n'eût plus que de certains égards pour madame de Castelmaine, il ne trouva pas bon qu'une prin- <;esse qu'il avait honorée d'une distinction publique, et qui se trouvait encore couchée sur l'état de ses ^lépenses pour d'assez gros articles, parût attachée au char du plus ridicule vainqueur qui fut jamais. U avait eu plusieurs démêlés avec la belle sur ce sujet, mais toujours inutilement. Ce fut dans le dernier de ces démêlés qu' il lui conseilla de faire plutôt des grâces à Jacob Hall pour quelque chose que de mettre son argent à Jermyn pour rien, puisqu'il lui serait encore plus glorieux de passer pour la maîtresse du premier <jue pour la très-humble servante de l'autre. La Castelmaine ne fut pas à l'épreuve de cette raillerie. L'impétuosité de son tempérament s'alluma comme un éclair. Elle lui dit que c'était bien à lui qu'il appartenait de faire de tels reproches à la femme d'Angleterre qui les méritait le moins -, qu'il ne cessait de lui faire de ces querelles injustes depuis que la bassesse de ses penchants s'était déclarée*, qu'il ne fallait pour un goût comme le sien que des oisons

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bridés, tels que la Stewart, la Wells, et celte petite gueuse de comédienne qu'il leur avait depuis quelque temps associée * . Des larmes de fureur se mêlaient ordinairement à ces orages^ ensuite, reprenant le rôle de Médée, la scène se fermait en le menaçant de mettre ses enfants en capilotade et son palais en feu. Comment faire avec une furie déchaînée, qui^ toute belle qu'elle fût, ressemblait bien moins à Médée qu'à ses dragons, quand elle était dans ses transports ?

Le bon prince aimait la paix ; et comme il ne se commettait guère à ces occasions qu'il ne lui en coûtât quelque chose pour l'avoir, il fallut faire de grands frais pour ce dernier accommodement. €omme ils n'en pouvaient convenir, et que chacun se plaignait de son côté, le chevalier de Grammont , du consentement des deux parties, fut médiateur du traité. Les griefs et les prétentions lui furent représentés de part et d'autre-, et, ce qu'il y a de rare, il trouva le moyen de les contenter tous deux. Voici les articles d'accommodement qu'ils acceptèrent^ savoir :

Que madame de Castelmaine abandonnerait Jermyn ^ que, pour preuve de sa disgrâce, elle consentirait qu'on l'envoyât faire un tour à la campagne *, qu'elle ne ferait plus de* railleries au sujet de la Wells ni de vacarmes sur celui de la Stewart, sans que le roi fût tenu de rien changer en sa conduite pour elle; que moyennant ces condescendances il lui donnerait incessamment le titre de duchesse,

U s'agit probablement de Nell Gwynn.

avec tous ses honneurs, tous ses privilèges, et une augmentation d'appointements pour en soutenir la dignité ^

Dès que cette paix fut publiée, les censeurs (car il y en a toujours sur les conventions de TÉtat) prétendirent que le médiateur du traité, jouant tous les jours avec madame de Castelmaine, et n'y perdant jamais^, avait un peu trop appuyé ce dernier article en sa faveur.

Quelques jours après, la Castelmaine ayant pris le titre de duchesse de Cléveland, le petit Jermyn avait pris le chemin d'une maison de campagne. Il n'avait tenu qu'à lui d'en revenir au bout de quinze jours, et le chevalier de Grammont, en ayant obtenu la permission du roi, l'avait portée au bon homme Saint-Albans. C'était lui porter la vie-, mais il eut beau l'envoyer à son neveu, ce fut inutilement. Car, soit qu'il voulût faire déplorer son absence aux beautés de Londres, et les faire crier contre l'injustice du siècle et la tyrannie du prince, il resta plus de six mois à la campagne, faisant du petit philosophe aux yeux des chasseurs du voisinage, qui le regardaient comme un exemple fameux dés revers de la fortune.

Cela lui parut si beau, qu'il y serait resté bien plus longtemps, s'il n'eût entendu parler de mademoiselle Jennings. Il ne fit pas grand cas de ce qu'on lui mandait de ses charmes, persuadé qu'il en avait

^ Ce fut par décret daté du 3 août 1670 qae le titre de duchesse de Cléveland fat accordé à madame de Castelmaine. ^ Voilà une insinuation peu honorable pour notre chevalier.

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bien vu d'autres . Il fut plus touché de ce qu'on publiait de sa résistance et de sa fierté. Ce fut cette fierté qui lui parut digr^e de sa colère ; et, quittant son exil pour la subjuguer, il arriva dans le temps queTalbot, raisonnablement amoureux, était brouillé, selon lui, si peu raisonnablement, avec mademoiselle Jennings.

Elle avait entendu parler de Jermyn comme d'un héros en amour. La Price, en lui contant les aven^ tures de madame de Gléveland, en avait souvent fait mention, sans rien diminuer de la faiblesse dont la renommée voulait que ce héros se portât dans les rencontres. Gela n'avait pas empêché qu'elle n'eût la dernière curiosité de voir un homme dont la personne entière ne devait être qu'un trophée mouvant des faveurs et des libertés du beau sexe.

Jermyn était donc venu satisfaire cette curiosité par sa présence^ et quoiqu'on trouvât son brillant un peu rouillé du séjour de la campagne, que sa tête parût plus grosse et ses jambes plus menues qu'à l'ordinaire, la petite tête de Jennings crut n'avoir jamais rien vu de si parfait; et, cédant à sa destinée, la belle s'en laissa coifiTer encore moins raisonnablement que les autres. On s'en aperçut avec quelque étonnement-, car on attendait quelque chose de plus de la délicatesse d'une personne jusque alors assez difficile.

Jermyn .ne fut point surpris de cette conquête, quoiqu'il y fût assez sensible ^ car son cœur y prit bientôt autant de part que sa vanité. Talbot, qui vit avec étonnement la rapidité de cette conquête et la honte de sa défaite, en pensa crever de dépit et de jalousie-, mais il crut qu'il était plus honorable d'en

<3revef que de marquer inutilement l'un ou Tautre; et, s'étant paré d'une feinte indifférence, il se mit à l'écart pour voir quelle fin aurait un entêtement qui commençait de cet air.

Cependant Jermyn jouissait tranquillement du plaisir de voir les penchants de la plus jolie et de la plus extraordinaire créature d'Angleterre déclarés pour lui. La duchesse, qui l'avait prise sous sa protection depuis qu'elle avait refusé de se mettre sous •celle du duc, sonda les intentions de Jermyn pour elle, et fut contente des assurances que lui donnait un homme dont la probité surpassait de beaucoup le mérite en amour. Il laissa donc voir à toute la cour ^u'il voulait bien l'épouser, quoiqu'il ne voulût pas la presser sur la conclusion. Tout le monde faisait compliment à la belle Jennings d'avoir réduit à cet état la terreur des maris et le fléau des amants. La cour était dans l'attente de ce miracle, et la petite Jennings dans celle d'un établissement heureux et prochain; mais il faut toujours compter avec la fortune avant que de compter sur la certitude des félicités.

Le roi n'avait pas coutume de laisser si longtemps mylord Rochester en exil. Celui-ci s'en ennuya; et, trouvant mauvais qu'il l'oubliât, il fut droit à Londres, attendre qu'il plût à Sa Majesté de l'y rappeler. 11 s'établit d'abord au milieu de ce qu'on appelle la Cité, quartier des gros bourgeois et des riches mar- <îhands, où la politesse, à la vérité, ne règne pas tant ■qu'à la cour, mais où les plaisirs, le luxe et l'abondance régnent avec moins d'agitation et plus de bonne foi. Son dessein, au commencement, n'était que de

DE GRAMHONT. 285

«e faire initier aux mystères de ces habitants fortunés-, c'est-à-dire, en changeant de nom et d'habits, d'être admis à leurs festins, à leurs commerces de plaisirs, et, suivant les occasions, à ceux de mesdames leurs épouses.

Comme son esprit était à la portée de tous les esprits qu'il voulait, il faut voir comme il s'insinua dans l'épaisseur de celui des opulents échevins, et dans la délicatesse de celui de leurs tendres et trèsmagnifiques moitiés. Il était de toutes les parties et de toutes les assemblées; et tandis qu'il déclamait avec les maris contre les fautes et les faiblesses du gouvernement, il aidait à leurs femmes à chanter pouille aux vices des dames de la cour et à se révolter contre les maîtresses du roi. Il disait avec elles que c^était pour la charge du pauvre peuple que ce maudit usage était introduit; que les beautés de la Cité valaient bien celles de l'autre bout de la ville ; et que cependant un honnête mari trouvait dans leur quartier que c'était bien assez d'une femme; ensuite de quoi, renchérissant sur tous leurs murmures, il disait qu'il ne comprenait pas que le feu du ciel ne fût' point déjà tombé sur White-Hall, vu qu'on y souffrait des garnements comme Rochester, Killegrew et Syd- i ney, qui soutenaient que tous les maris de Londres étaient cocus et leurs femmes fardées. Cela l'avait rendu si cher et si désiré dans toutes leurs coteries, qu'il se lassa de Tempiffrerie des festins et de l'empressement des marchands.

Mais, bien loin de s'approcher du quartier de la cour, il s'enfonça dans les retraites les plus reculées de la Cité; et ce fut là que, changeant encore d'habit

286 MÉMomES

et de nom pour un nouveau personnage, il fit sous main courir des billets portant qu'il était arrivé, depuis quelques jours, un médecin allemand, farci de secrets merveilleux et de remèdes infaillibles * . Les secrets étaient de lire dans le passé, comme de prédire l'avenir, par le secours de Fastrologie. La vertu des remèdes consistait principalement à soulager en peu de temps les pauvres filles de tous les maux et de tous les accidents où elles pouvaient être tombées, soit par trop de charité pour le prochain, soit par trop de complaisance pour elles-mêmes.

Ses premières pratiques, ne s'étendant que sur le voisinage, ne furent pas fort considérables; mais sa réputation s'étant bientôt répandue jusqu'à Tautre bout de la ville, bientôt arrivèrent les soubrettes de la cour et les femmes de chambre de qualité, qui» sur les merveilles qu'elles publiaient du médecin allemand, furent suivies de quelques-unes de leurs maîtresses.

Parmi les ouvrages d'esprit peu sérieux, jamais il n'y en eut de si agréables et de si remplis de feu que ceux de mylord Rochester-, et de tous ses ou- Vages le plus ingénieux et le plus divertissant est un détail de toutes les fortunes et des différentes aventures qui lui passèrent par les mains pendant qu'il professait la médecine et l'astrologie dans les faubourgs de Londres.

La belle Jennings pensa bien être placée dans ce recueil *, mais l'aventure qui la sauva n'empêcha pas

1. Nous avons donné dans notre introduction quelques extraits de cette annonce originale.

DE GRAMMOMT. 287

qu'on n'apprtt dans la suite le dessein qu'elle avait eu de rendre visite au diseur de bonne aventure»

Les premières femmes de chambre qui l'avaient consulté n'étaient autres que celles des filles d'honneur. Elles avaient grand nombre de questions a faire, et quelques doutes à proposer, tant sur leurcompte que sur celui de leurs maltresses. Elles eurent beau se déguiser, il eiï reconnut quelques-unes, comme, par exemple, celle de la Temple, de la Price, et celle que la Hobart avait depuis peu chassée. Ces a*éatures en étaient revenues, les unes émerveillées, les autres remplies de frayeur. Celle de mademoiselle Temple jura qu'il l'avait assurée qu'elle aurait la petite vérole , et sa maîtresse l'autre, dans deux mois au plus tard, si sa dite maltresse ne se donnait de garde d'un homme habillé en femme. La soubrette de la Price assura que sans la connaître, n'ayant fait que lui regarder dans la main, il lui avait d'abord dit que, selon le cours des étoiles, il fallait qu'elle fût au service de quelque bonne personne, qui n'avait point d'autre défaut que celui d'aimer le vin et les hommes. Chacune enfin, frappée de quelque chose de particulier touchant ses afiPaires, en avait alarmé ou diverti sa maltresse, n'ayant pas manqué, selon la coutume, d'ajouter à la vérité, pour rendre la chose plus merveilleuse.

Price en entretenait un jour sa nouvelle amie, et le diable tenta sur-le-champ sa nouvelle amie d'aller en personne voir ce que c'était que ce nouveau magicien.

L'entreprise était des plus étourdies; mais elle l'était moins que la petite Jennings, qui croyait qu'on

pouvait se moquer des apparences, pourvu qu'on fût innocente dans le fond. Price était la complaisance même; et cette belle résolution prise, on ne songea plus qu'aux moyens de l'exécuter.

Jennings était très-difficile à déguiser, à cause de son éclat extrême, et de quelque chose de singulier dans son air et dans ses maîiières. Cependant, après avoir bien rêvé, ce qu'elles imaginèrent de mieux fut de s'habiller comme les fiUes qui vendent des oranges aux comédies et dans les promenades publiques. Gela fut bientôt fait. La Price se travestit à peu près de même. Elles prirent chacune un panier d'oranges ^ et s' étant embarquées dans un fiacre, elles s'abandonnèrent à la fortune, sans autre escorte que celle du caprice et de l'indiscrétion.

La duchesse était à la comédie avec sa sœur, mademoiselle Jennings s'en était dispensée sur une feinte indisposition. Elle nageait dans la joie, voyant cet heureux commencement de leurs aventures -, car elles s'étaient déguisées, avaient traversé le parc, et pris leur fiacre à la porte de White-Hall sans aucun obstacle. Elles s'en félicitaient réciproquement*, et la Price, ayant bien auguré de ^'issue de leur entreprise par un début si fortuné, s'avisa de demander à sa compagne ce qu'elles allaient faire chez le sorcier, et ce qu'elles avaient à lui proposer.

Mademoiselle Jennings lui dit que, pour elle, c'était la curiosité plutôt qu'autre chose qui l'y menait ; et qu'elle était pourtant résolue de lui demander» sans nommer personne, par quel hasard un homme amoureux d'une jeune personne assez jolie ne se pressait pas de l'épouser, puisque cela devait être asse?

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'divertissant, et qu'il ne tenait qu'à lui. LaPrice lui dit en riant que, sans aller au devin, rien n'était plus aisé que d'expliquer cette énigme, lui en ayant déjà dit quelque chose dans le journal des actions de madame de Cléveland.

A cet endroit de la conversation elles se trouvèrent assez près de la comédie. La Priée, après un moment de réflexion, lui dit, que puisque la fortune les favorisait, il s'offrait une belle action à leur courage, qui ^tait d'aller vendre leurs oranges jusque dans la salle de la comédie, à la barbe de la duchesse et de toute 4sa cour.

La proposition se trouvant digne des sentiments de l'une et de la vivacité de l'autre, elles mirent pied à terre, payèrent leur fiacre, et, se coulant le long d'une infinité de carrosses, elles gagnèrent à grand'peine la porte de la comédie. Sydney, plus beau que le bel Adonis, et plus paré qu'à son ordinaire, y descendait. La Price Vaborda témérairement comme il se donnait un coup de peigne*, mais il était trop occupé de lui-même pour songer à elle, et passa sans daigner lui répondre.

Killegrew fut le second qui débarqua. La belle Jennings, un peu rassurée de ce qu'elle avait vu faire à l'autre, s'avança vers lui, lui présentant son panier, tandis que la Price, plus faite au langage, lui disait d'acheter ses belles oranges. « Pas pour le présent, » dit-il en les regardant avec attention ^ « mais si tu veux demain au matin m'amener cette petite fille, cela te vaudra toutes les oranges des boutiques. » Et tandis qu'il tenait ce discours à Tune, il tenait la main sous le menton à l'autre, en visitant quelque peu sa gorge.

290 HÉMOIRËS

Ces familiarités faisant oublier à la petite Jennings le personnage qu'elle représentait, après l'avoir repoussé le plus rudement qu'elle put, elle lui dit avec indignation qu'il était insolent d'oser.... « Ha! Ha! dit-il, voici, ma foi, qui est nouveau! une petite p.... qui, pour faire valoir sa marchandise, fait la précieuse et prétend avoir des sentiments! »

Price vit bien qu'elle ne ferait rien qui vaille dans un lieu si dangereux *, et l'ayant prise sous le bras, elle l'emmena tout émue encore de l'insulte qu'on venait de faire à sa fierté.

Mademoiselle Jennings, ne voulant plus vendre des oranges à ce prix, fut tentée de s'en retourner sans mettre fin à l'autre aventure-, mais Price lui mettant devant les yeux la honte de tant de faiblesse après tant de valeur, elle consentit à voir promptement l'astrologue, afin d'être de retour avant la fin de la comédie*

£lles avaient un billet d'adresse, mais il n'en fut pas besoin : le cocher qu'elles venaient de prendre leur dit qu'il savait bien ce qu'elles cherchaient, et qu'il en avait déjà mené plus de cent chez le médecin d'Allemagne. Elles n'en étaient plus qu'à la moitié d'une rue , lorsque la fortune s'avisa de leur tourner le dos.

Brounker' avait dtné par hasard chez un marchand

1 Chambellan du duc dTork. On l'accusa d'avoir, par de faux ordres donné an nom du duc, empêché de tirer parti des avantages obtenus dans le combat naval de 1665. Glarendon le représente comme n'ayant de remarquable qu'un rare degré d'impudence, comme acceptant les emplois les plus vils; mais possédant une grande habileté au jeu des échecs, ce qui servit à soik

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'de ces quartiers-, et justement, comme il en sortait, elles firent arrêter leur fiacre*, c'était vis-à-vis de lui. Deux vendeuses d'oranges en carrosse, dont Tune paraissait avoir un fort joli visage, lui donnèrent de l'attention. II était volontiers curieux de ces sortes d'objets.

C'était l'homme de la cour qui avait le moins d'estime pour le beau sexe et le moins de miséricorde pour sa réputation. Il n'était point jeune, sa figure était désagréable-, cependant, avec beaucoup d'esprit, il avait un penchant infini pour les femmes. Il se rendait justice sur son mérite^ et persuadé qu'il ne pouvait réussir qu'auprès de celles qui voudraient de son argent, il était en guerre avec toutes les autres. Il avait à quatre ou cinq milles de Londres une petite maison de campagne, toujours meublée de quelques grisettes : du reste, fort homme de bien, et le premier joueur d'échecs du royaume.

Price, alarmée de l'attention dont les examinait l'ennemi le plus dangereux qu'elles pussent rencontrer, détourna la tète, dit à sa compagne d'en faire autant, et au fiacre d'avancer.

Brounker les suivit à pied sans qu'elles s'en fussent aperçues, et le carrosse étant arrêté vingt ou trente pas plus loin, elles en sortirent. Il venait derrière, et fit d'elles le jugement qu'aurait fait un homme moins téméraire dans ses préjugés. U ne douta pas que ma-

avancement mieux qne n'auraient fait les plus belles qualités. Pepys dit dans son journal (29 août 1667) : « Le duc d'York a chassé hier Broucker pour quelques impertinences qu'il a dites; chacun en est bien aise, car c'est un misérable et un athée qui vendrait son roi et son pays pour six pence > (douze sous}.

292 MÉMOfRES

demoiselle Jennîngs ne fût uae jeune créature qui cherchait fortune, et que Price ne fût sa femme d'affaires. Il avait été surpris de les voir beaucoup mieux chaussées qu'il n'appartenait à leur état, et que la petite orangère, en sortant d'un carrosse fort haut, eût montré la plus jolie jambe qu'on pût voir; mais, comme cela ne gâtait rien pour ses desseins, il résolut de l'acquérir à quelque prix que ce fût pour la mettre dans son sérail.

n les aborda comme elles donnaient leurs paniers en garde au cocher, avec ordre de les attendre justement dans cet endroit. Brounker se mit d'abord entre elles ; et dès qu'elles le virent, elles en furent tout éperdues-, mais sans faire attention à leur surprise, tirant Price à l'écart d'une main, en tirant sa bourse de l'autre, il entrait en matière, quand il vit qu'elle tournait le visage de l'autre côté sans lui répondre ni le regarder. Comme cette occasion ne lui parut pas naturelle, il la regarda sous le nez, malgré qu'elle en eût. Il en fit autant à l'autre, et les ayant d'abord reconnues l'une et l'autre, il n'eut garde d'en faire semblant.

Le vieux renard se possédait à merveille dans ces^ occasions, et, les ayant un peu tourmentées pour leur ôter tout soupçon, il les quitta, disant à Price qu'elle était bien sotte de refuser ses offres, et que la petite créature ne gagnerait peut-être pas d'un an ce qu'il ne tenait qu'à elle de gagner dans un jour*, que les temps étaient bien changés depuis que les filles d'honneur de la reine et de la duchesse couraient sur le marché des pauvres aventurières de la ville. Il regagna son carrosse en disant cela, tandis qu'elles se

DE 6RÀMM0NT. 29^

cachaient le nez en louant Dieu de bon cœur de ce qu'il leur avait fait la grâce de sortir de ce danger sans être découvertes.

Brounker, de son côté, qui n'eût pas pris mille belles guinées de cette rencontre, louait le Seigneur de ce qu'elles n'étaient pas assez alarmées pour rompre leur dessein ^ car il ne doutait pas que mademoiselle Price ne menât la petite Jennings en bonne fortune. Il avait d'abord compris qu'il n'aurait pas profité d'une découverte qui ne leur aurait d'abord donné que de la confusion. C'est pourquoi, bien que Jermyn fût le meilleur de ses amis, il sentait une joie secrète de n'avoir pas empêché qu'il ne fût cocu devant que d'être marié. La crainte qu'il eut de le sauver de cette aventure fit qu'il s'éloigna déciles avec les précautions qu'on vient de dire.

Pendant qu'elles avaient essuyé ces alarmes, leur cocher s'était pris de paroles avec certains galopins de la rue, assemblés autour du carrosse pour en escamoter les oranges. Des paroles on vint aux coups. Elles virent le commencement du combat, lorsque y après avoir abandonné le projet de voir le diseur de bonne aventure, elles étaient revenues pour se mettre en carrosse. Leur cocher avait de l'honneur, et ce fut avec grande peine qu'elles obtinrent de lui de livrer leurs oranges à la populace pour se tirer d'affaire. S' étant donc rembarquées après mille frayeurs, et, après avoir entendu quelques paroles libres qui s'étaient distinctement prononcées pendant le Combat, les belles regagnèrent le palais de Saint-James, faisant vœu de ne plus aller chez les devins, au travers

des frayeurs et des alarmes qu'elles venaient d'essuyer*.

Brounker, qui, selon le peu d'estime qu'il avait pour la sagesse du beau sexe, aurait mis sa main au feu que la belle Jennings n'était pas revenue de cette expédition comme elle y était allée, ne laissa pas d'en garder religieusement le secret, parce qu'il voulait absolument que le bienheureux Jermyn épousât une petite coureuse de bonne fortune, qui se donnait

1. On faisait parfois à la cour de Charles II la partie d'aUer courir déguisé. Une lettre deM. Henshaw à sir Robert Paston, qvLÏ fut plus tard le comte d'Yarmouth, raconte : « La semaine dernière, comme il y avait une foire près d'Audley-end, la reine» la duchesse de Riehmond et la duchesse de Buckingham eurent la fantaisie d'y aller déguisées en paysannes, avec des jupons rouges, etc. Sir Bernard Gascoigne menait la reine dans une carriole tiatnée par un mauvais cheval ; M. Riper était avec la duchesse de Riehmond, et un autre avec lady Buckingham. Ils avaient si bien exagéré leur déguisement qu'ils avaient l'air de masques plutôt que de gens de la. campagne ; aussi à leur arrivée, la fo«le s'attroupa autour d'eux ; la reine étant allée à une boutique afin d'acheter des bas jaunes pour son bon ami, et sir Bernard marchandant des gants, l'accent qu'ils affectaient les fit reconnaître pour des étrangers, et la foule devint encore plus grande. Un des assistants , qui avait vu la reine à dîner, la reconnut et se trouva fier de le proclamer. Tout le peuple accourut alors pour voir la reine. Ils voulurent se retirer aussitôt que possible, mais tous les gens qui étaient à la foire leur coururent après le plus qu'ils purent afin de les voir et les accompagnèrent ainsi jusqu'à la porte de la cour. »

Burnet dit de son côté : « En ce temps-là (1668), la cour se livrm à de grandes extravagances en se masquant; le roi, la reine et les courtisans couraient masqués, allaient sans être connus dans les maisons, et y dansaient en se livrant à toutes sortes de divertissements. On était si bien déguisé qu'on était méconnaissable. On allait ainsi en chaises à porteur; un jour les porteurs de la reine, ne la connaissant pas, s'en allèrent: elle resta seule et dans un grand embarras, et revint enfin à White-Hall, en fiacre seioD les uns, dans une charrette selon les autres. »

DE GRABIHONT. 393

pour le modèle de la sagesse, afin qu'il pût^ dès le lendemain de son mariage, lui faire compliment sur la créature qu'il avait épousée. Maisr il né plut pas au ciel de lui donner ce plaisir, comme nous verrons dans la suite.

Mademoiselle d'Hamilton était à la campagne chez une de ses parentes, comme on a dit. Le chevalier de Grammont avait beaucoup souffert pendant cette petite absence, parce qu'il ne lui fut pas permis d'y faire une visite, sous quelque prétexte que ce pût être. Le jeu, toujours favorable pour lui, n'était pas d'un petit secours dans l'extrémité de son impatience.

Mademoiselle d'Hamilton revint enfin. Madame Wetenhall * voulut la ramener par politesse, en apparence. La cérémonie, partout employée jusqu'à outrance, est le cheval de bataille de la noblesse campagnarde. Cette civilité n'était pourtantque le prétexte dont on se servait pour faire consentir un mari quelque peu bizarre au voyage de madame sa femme. Peut-être se fût-il donné lui-même l'honneur de conduire mademoiselle d'Hamilton jusqu'à Londres, s'il n'eût été occupé de certaines remarques sur l'histoire ecclésiastique, auxquelles il travaillait depuis longtemps. On n'eut garde de le détourner de ce travail: madame Wetenhall n'y aurait pas trouvé son compte.

Cette dame était ce qu'on appelle proprement une beauté tout anglaise-, pétrie de lis et de roses, de neige et de lait quant aux couleurs *, faite de cire, à

1. Elisabeth, fille du chevalier Henri Bedingfield, et femme de Thomas Wetenhall d'Hextall-Çourt, auprès d'East Peckham, dans le comté de Kent.

296 HÉMOIRES

regard des bras et des mains, de la gorge et des pieds ; mais tout cela sans âme et sans air. Son visage était des plus mignons-, mais c'était toujours le même visage : on eût dit qu'elle le tirait le n^atin d'un étui pour l'y remettre en se couchant, sans s'en être servie durant la journée. Que voulez-vous ? La nature en avait fait une poupée dès son enfance; et poupée jusqu'à la mort resta la blanche Wetenhall. Son mari, M. de Wetenhall, avait étudié pour être d'église, mais son frère atné s'étant laissé mourir dans le temps que celui-ci finissait ses études, au lieu de prendre les ordres , il prit le chemin d'Angleterre, et mademoiselle Bedingfield, dont nous parlons, pour femme.

Il n'était pas mal fait, mais il avait un air spéculatif et sérieux fort propre à donner des vapeurs. Du reste, elle pouvait se vanter d'avoir un des grands théologiens du royaume pour époux. Il était tous les jours collé sur les livres, se couchait de bonne heure pour se lever matin. Sa femme le trouvait ronflant quand elle se mettait au lit -, et quand il le quittait, il la laissait profondément endormie. Sa conversation eût été vive pendant le repas si madame Wetenhall eût possédé comme lui le Docteur angélique ^ , ou qu'elle eût aimé la dispute : mais n'étant curieuse ni de l'un ni de l'autre, le silence régnait à leur table comme à celle d'un réfectoire.

Elle avait souvent témoigné un extrême désir de voir la ville de Londres •, mais, quoiqu'ils en fussent à la plus petite journée du monde, jamais elle n'avait pu satisfaire cette envie-, et ce n'était donc pas sans

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