VIII INTRODUCTION
anecdotes assez singi^lièrea, il appartenait à une autre famille.
Rien n*est plus solidement établi que la réputation de notre héros comme diseur de bons mots. Bussy prétend que ses mines et son accent donnaient du prix à des choses qui n'eussent été rien dans la bouche d'un autre. Madame de Sévigné parle aussi de l'air et du ton dont il assaisonnait ses à-propos. Nous allons en rapporter plusieurs; bien que cette suite de saillies placées les unes à la suite des autres, sans beaucoup de liaison entre elles^ ait un peu Tair d'un ana.
Pendant ^n exil en Angleterre, le chevalier de Grammont assistait un jpqr au dtner de Charles II; et, conformément à rétiquette d^ cette cour, les officiers de ce prince le servaient A genoux. Le roi fit remarquer cet usage au chevalier^ comme une marque de respect que ne recevait aucun autre souverain. « Sire, lui dit Grammont, j'ai cru que vos gens vous deman- « daient pardon de la mauvaise chère qu'ils vous font faire. »
On a appelé Voltaire le familier des princes. Le titre de familier des rois aurait parfaitement convenu au comte de Grammont. Plaire par la familiarité à des hommes qu'on accable de respects est un art qui demande beaucoup de grâce et de mesure. Le comte possédait l'une et l'autre. On parlait devant Louis XIV d'un vieil officier qui venait de faire une belle défense dans une place confiée à son commandement. Grammont^ aussi Agé que cet officier, dit au roi, qui était aussi à peu près du même Age : t Sire, il n'y a que nous auf très cadets qui valions quelque chose. — Il est vrai, dit le roi, « mais à notre Age on n'a pas longtemps à jouir de sa gloire. « — Sire, reprit Grammont^ les rois n'ont pas d'âge : on « compte feiirs belles actions, et non point leurs années. » La flatterie n'est pas toujours l'élevée par tant de noblesse.
Courtisan habile, mais sincère, Grammont était sans pitié pour ceux qui faisaient bassement leur métier. Le roi jouait au trictrac; il conteste un coup à son adversaire, et consulte la galerie. La galerie reste muette. «Ah! voici Grammont qui tf nous jugera, dit le roi , qui le voit venir de loin, -r Gram- « mont, venez nous juger. — Sire, vous avez perdu. — Com- « menti vous ne savez point encore. — Ehl ne voyez-vous t pas, Sire, que si le coup eût été seulement douteux, ces mes-