‹ Mémoires du chevalier de GramontChapitre 4 sur 62 · AU COMTE DE GRAMMONT · texte numérisé non relu

AU COMTE DE GRAMMONT

réflexion nous firent comprendre que ce n’était pas votre fait.

Des ouvrages d’esprit arbitre souverain Il jouit en repos de sa première gloire;

Si du plus grand des rois il compose l'histoire,

Phébus est attentif à conduire sa main ;

Et c'est l'unique soin des tilles de mémoire : hui seul peut consacrer à l'immortalité Un mérite comme le vôtre ;

Mais sa muse a toujours quelque malignité ,

Et, vous caressant d'un côté.

Vous égratignerait de l’autre.

L’expédient qui nous vint en tète après celui-là fut de vous mettre tout de votre long au milieu du recueil où l’on voit depuis peu cette belle lettre de l’illustre chef de votre maison; et voici l’adresse qu’on nous avait donnée pour cela :

Non loin des superbes lambris Qu’habitaient nos rois à Paris,

Dans un certain recoin du Louvre Est un bureau fécond , qui s'ouvre A tous auteurs , à tous écrits A des ouvrages de tout prix ,

Surtout à ceux des beaux esprits Quand par hasard il s'en découvre.

I)c ce lieu chaque mois sortent galants cahiers ,

Où tous faiseurs de chansonnettes (Tendres héros de leurs quartiers )

Viennent dans des vers familiers Usurper le nom de poètes.

Et , sur des tons irréguliers Montant chalumeaux et musettes,

Content champêtres amourettes,

On couronnent de vains lauriers Des écrivains et des guerriers Qui sont inconnus aux gazettes De ces atours capricieux U’esl là que l’énigme se pare ,

Met un masque mystérieux ,

Et, d'un voile mince et bizarre Embarrassant les curieux,

Est toujours neuve et jamais rare.

C'est là qu'on voit en vieux transports Gémir nouvelles élégies ;

1 U Mercure galant.

Cm

ÉPITBE

Kt U s'impriment tous les morts ,

Arec leurs généalogies.

Leurs éloges, leurs el'ligies.

Leurs dignités et leurs trésors.

Nous vîmes bien qu’il n’y avait pas moyen de vous insérer dans un recueil qui devait être farci de tant d’autres choses ; et toutes ces difficutés nous remirent enfin sur nos premières voies : résolus, malgré notre insuffisance, de tenter l’aventure nous-mêmes, et d'appeler à notre secours deux hommes que nous n’avons pas l’honneur de connaître, mais dont quelques ouvrages sont parvenus jusqu’à nous; et, pour les engager par quelques pefiles honnêtetés , un de nous deux , et justement celui qui porte encore à l’oreille celle perle que vous disiez que sa mère y avait mise par dévotion , se mil à les apostropher, comme vous allez voir :

O vous 1 dont la facile vciue Enchante par d'heureux transports Tantôt les rives de ta Seine,

Et tantôt la fertile plaine Que la Marne suit de ses bords;

Quand vos chants, ornés des trésors Du Permesse ou de l’Hippocrène ,

Badinent pour quelque Cliniéne ,

Ou quand , imitant les accords De Thalic ou de Melpomènc ,

Vous nous rendez les fameux morts IVe Home et de l'antique Athéné,

La Fare ! et vous , abbé savant 1 s Que Pbébus de son influence Anime et soutient eu rimant ,

Donnez chacun dans une stance Quelque relief à ce fragment ;

Nous implorons votre assistance.

A peine celle invocation fut-elle mise au nel , que nous trouvâmes Melpomène et Thalic quelque peu déplacées , puisque ces messieurs ne paraissaient pas avoir rien écrit qui soit du déparlement de nos deux muses. Celte réflexion nous embarrassait, et nous songions au tour qu’il fallait donner à cet endroit de notre écrit , lorsque tout à coup parut au

' L'abbé de Chaulieu.

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