‹ Mémoires du chevalier de GramontChapitre 53 sur 62 · A M. MOREAU · texte numérisé non relu

A M. MOREAU

ÉCRITS DE 8A1NT- LAZARE , A l’aCE DE VINGT ANS.

Je ne vous ferai point ici la description de la maison de Saint-Lazare , où je suis , puisque je vous la vais faire en vers; je me contenterai seulement de vous dire, pour vous exciter à la compassion , que je suis dans un lieu où on me donne tout ce qui m’est inutile et rien de ce qui m'est nécessaire. J’ai un bénitier, et je n’ai point de pot de chambre auprès de mon lit. J’ai un prie-Dieu , et je n’ai point de chaise ni table dans ma chambre. J’ai un v surplis, et je n’ai point de chemise. J’ai un bonnet pour le jour, et je n’en ai point la nuit. J’ai une soutane , et je n’ai point de robe de chambre. J’ai des pantoufles , et je n’ai point de souliers; et à table j’ai des serviettes, des assiettes, des couteaux, des cuillers, et je n’ai rien à manger. Enfin , monsieur, dans les conversations je n’ai que des gens qui m’importunent , et je n’en ai point qui me divertissent; car tous leurs entretiens ne sont que des invectives contre les vicieuses coutumes du siècle , et de s’emporter particulièrement contre ceux qui, au lieu de dire : Je me recommande à vos bonnes grâces , disent , quand ils se quittent : Je suis votre serviteur.

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