‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 101 sur 183 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

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cathédrale pour remercier Dieu de cette grande victoire. Il fit chanter le Te Deum, et il y eut des réjouissances à Turin pendant plusieurs jours. J'ai su ce détail d'un capitaine du régiment Dauphin qui fut fait prisonnier dans cette bataille. Laissons le comte de Thaun* et les principaux officiers de cette garnison recevoir les louanges qu'ils méritoient certainement sur la belle défense qu'ils venoient de faire, et revenons à notre camp.

Après avoir dîné, nos équipages étant chargés et le régiment s'étant mis en bataille à la tète du camp, nous montâmes à cheval, Pina, La Volvenne, les autres officiers du régiment blessés et moi, et nous nous mîmes en marche pour nous rendre au delà du Pô, selon l'ordre que les officiers blessés avoient reçu. Ayant marché quelque temps, je fus surpris que, au lieu d'aller droit à cette rivière, nous nous jetions sur notre droite. Nous suivions tous les autres officiers blessés de l'armée. J'en demandai la raison à M. de Siougeat^, qui est présentement lieutenant général des armées du Roi et gouverneur de Thionville. Il me répondit : « Vous ne pouvez pas mieux faire que de « suivre le même chemin que prend M. le duc d'Or- « léans, blessé comme vous ; il est dans cette chaise « de poste qui est devant vous. » J'appris ensuite la

1. Philippe-Laurent, comte de Thaun, avait le grade de général d'artillerie dans l'armée impériale, et Victor-Amédée l'avait laissé dans Turin pour défendre la ville; il eut plus tard la vice-royauté de Naples pour l'Empereur.

2. Le manuscrit porte : M. de Ciujac; c'est M. de Siougeat, que nous avons déjà rencontré ci-dessus, p. 74, qui était alors brigadier, et qui devint lieutenant général en 1734.

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cause du misérable parti que nous prenions ; la voici.

L'on mena à M. d'Arène, lieutenant général, un officier des ennemis, qui, selon toutes les apparences, s'étoit laissé prendre exprès; car nos deux princes savoyards ne négligeoient rien de tout ce qui pouvoit leur être utile. Il lui demanda ce que les ennemis faisoient actuellement et s'il ne savoit pas le parti qu'ils alloient prendre. Il faut remarquer que notre armée se mettoit en mouvement pour exécuter le premier projet qui avoit été résolu dans le conseil de guerre, qui étoit de passer le Pô pour se retirer du côté de Casai ou d'Alexandrie; mais le malheureux génie qui dominoit, pendant toute cette année, la France, nous fit prendre le plus mauvais de tous les partis. Cet officier répondit à M. d'Arène qu'il étoit parti un corps de dix mille hommes, il y avoit plus de deux heures, pour Moncalieri\ afin de nous empêcher de nous retirer en Italie. M. d'Arène mena cet officier au duc d'Orléans, qui avoit déjà traversé la moitié de notre pont sur le Pô pour se rendre de l'autre côté. Cette fausse nouvelle fit retourner sur-lechamp le duc d'Orléans, qui, sans approfondir, aussi bien que Messieurs les officiers généraux, si la chose étoit vraie ou supposée, après avoir tenu un petit conseil avec eux, prit le parti de se rendre à Pignerol, et ordonna que l'armée l'y suivit, malgré tout ce que put dire M. de Visconti, commissaire général du Milanois et des troupes d'Espagne-. On prétend qu'il dit

1. Bourg situé au sud de Turin, sur une colline qui domine la rive droite du Pô.

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