Le voyage que M"^ de Séry va faire à Grenoble, et dont il
[Sept. 1706] DU CHEVALIER DE QUINCY. 211
généraux étoient bien aises de sauver l'argent qu'ils avoient amassé dans l'Italie ^ Lorsque nous eûmes fait une demi-lieue de chemin, nous entendîmes un bruit épouvantable : c'étoit notre magasin à poudre que nous taisions sauter, après avoir abandonné les tranchées.
Aussitôt que nos généraux eurent pris le parti de se retirer du côté de la France, ils envoyèrent ordre à M. d'Albergotti de lever son camp au plus vite et de repasser le Pô pour revenir joindre l'armée, qui alloit se retirer à Pignerol. M. d'Albergotti, surpris de l'ordre qu'il venoit de recevoir, envoya un officier pour représenter à M. le duc d'Orléans qu'il ne pouvoit pas croire que cet ordre fut de sa part ; que, de nous retirer dans les montagnes du Dauphiné, c'étoit abandonner entièrement l'Italie ; que , toutes nos troupes rassemblées, nous serions une fois encore plus forts que les ennemis ^ Remarquez que nous avions perdu au plus huit cents hommes à la défense de nos lignes, pendant que le duc de Savoie y avoit perdu deux fois plus que nous ; il est vrai qu'ils firent plusieurs prisonniers ^ Il ajouta que, en nous retirant
sera parlé ci-après, paraîtrait confirmer cette accusation; cependant, il y a toute vraisemblance qu'elle s'y décida seulement lorsque la nouvelle du retour de l'armée en Dauphiné arriva à Paris, et que le duc d'Orléans n'en sut rien à l'avance. D'autre part, les correspondances, conformes au récit de Saint-Simon, prouvent que le prince fit tout ce qu'il put pour ramener l'armée sous Alexandrie, et ne prit la route de Pignerol que sous la pression de son entourage et forcé par les circonstances.
1. Saint-Simon porte aussi cette accusation contre les officiers généraux [Mémoires, t. XIV, p. 57-58 et 63).