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Trois mille prisonniers, d'après le marquis de Quincy

212 MÉMOIRES [Sept. 1706]

en Italie, le duc de Savoie et le prince Eugène seroient bien embarrassés à faire subsister leurs troupes, et qu'enfin il étoit trop bon sujet du Roi pour obéir à un pareil ordre. On eut beau lui envoyer ordre sur ordre, il ne voulut jamais aller joindre l'armée^.

Cependant, un peu devant la nuit, voyant que toutes nos troupes avoient disparu devant Turin et qu'elles en étoient déjà bien éloignées, il prit enfin le parti de décamper, et, après avoir passé le Pô sur le pont de Cavoret^, auquel il fit mettre le feu après, il marcha avec sa petite armée, en si bon ordre que M. de Langalerie, qui avoit été détaché à la tête de mille chevaux pour attaquer son arrière-garde, n'osa jamais s'y présenter^.

Notre armée campa cette nuit le long de la petite rivière de Non^, presque à l'endroit où s'étoit donnée la bataille de la Marsaille^. Quelles réflexions nos

six mille, dont trois cents officiers, suivant l'historien du prince Eugène. [Mémoires militaires, p. 671 et 682.)

i. Notre auteur est le seul qui parle de cette résistance d'Albergotti; il n'y en a aucune trace dans les correspondances. Cependant on a vu plus haut (p. 173-177 et 206-207) qu'il est mal disposé pour Albergotti, et ne lui attribuerait pas sans certitude une conduite énergique. L'histoire du prince Eugène dit d'ailleurs qu'il ne voulut obéir qu'à un ordre écrit. [Mémoires militaires, p. 682.)

2. Cavoretto, village au sud de Turin, sur la rive droite du Pô; ci-dessus, p. 206, note 2.

3. Saint-Simon dit aussi qu'Albergotti fit très bien l'arrièregarde « nonobstant la longueur de la queue, l'embarras des défilés continuels et la confusion de la nuit. » Il y en a d'ailleurs un rapport officiel.

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