‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 109 sur 183 · Paragraphe ajouté dans la marge du manuscrit · texte numérisé non relu

Paragraphe ajouté dans la marge du manuscrit

2. C'est sur la colline de la Superga, et non sur celle des Capucins, que Victor-Amédée fit ériger en 1717 la chapelle commémorative de la levée du siège, qui sert encore aujourd'hui de sépulture aux princes de la maison de Savoie.

[Sept. 1706] DU CHEVALIER DE QUINCY. 227

cette église, où ce prince étoit représenté à genoux aux pieds de la Vierge; que le maréchal, ayant examiné ce tableau, s'écria tout haut : « Mais je n'y a vois point ni la duchesse de Bourgogne, ni W^ de « Maintenons » Tous ceux qui l'accompagnoient n'entendirent que trop ce que ce discours signifioit; le grand homme avoit des reparties vives et spirituelles.

Je ne ferai aucun détail des conquêtes que les ennemis firent après notre retraite ; en deux mots, n'ayant aucun obstacle, ils s'emparèrent précipitamment de toute l'Italie, à l'exception de Mantoue et de Crémone, que nos troupes évacuèrent l'année d'ensuite pour se retirer en France^. Nos petits-neveux ne pourront jamais croire une si funeste révolution. Après notre victoire à Calcinato, le prince Eugène n'avoit pas un seul pouce de terre en Italie, et, à la fin de la campagne, dont le commencement avoit été si glorieux, nous en sommes chassés honteusement par la faute et le peu de capacité de nos généraux !

Pendant que j'étois à Briançon, blessé et malade (car la fièvre m' avoit pris en arrivant dans cette ville, soit des fatigues que j'avois essuyées depuis ma blessure, soit d'avoir trop mangé, soit des petites conversations que j'avois eues à Pignerol avec la petite veuve), il courut un bruit qu'on alloit se préparer pour rentrer en Italie ; mais, comme nous apprîmes

1. Cependant on prétend encore que cette Vierge reproduit les traits de la duchesse de Bourgogne.

2. Mémoires de Saint-Simon, t. XIV, p. 89-90 et 445-449. Le chevalier oublie de mentionner le château de Milan, dont les Impériaux ne purent s'emparer.

228 MÉMOIRES [Oct. 1706]

que le Roi envoyoit M. de Bezons\ que nous appelions le Père des difficultés, pour s'informer si la chose étoit possible, nous jugeâmes trop bien que nous n'y rentrerions jamais de cette guerre^.

Je fus longtemps à me rétablir. Dès que je pus sortir, j'allai faire ma cour au duc d'Orléans. Aussitôt que ce prince me vit, il s'approcha de moi, et il eut la bonté de me demander comment je me portois. Je pris ce moment pour lui demander un congé pour venir à Paris, afin de pouvoir me rétablir entièrement, en lui disant que l'air de Briançon m'étoit contraire. Il me l'accorda. Je fus voir ensuite le duc de la Feuillade, qui avoit épousé, comme tout le monde sait, une fille de M. de Chamillart, dontj'étois parent^. Je lui demandai une route d'un lieutenant de cavalerie et de six cavaliers*. Il se mit à rire de ma proposition : « Une route, me dit-il, pour aller à Paris? Il

1. M. de Bezons rejoignit à Briançon le duc d'Orléans, qui l'avait demandé au Roi pour l'aider à rétablir l'armée. [Dangeau, p. 212 et 223-227.)

2. « Médiocre général d'armée, dit Saint-Simon, qui, avec une valeur personnelle, fine et tranquille, craignoit tous les dangers pour la besogne dont il étoit chargé » (t. VII de 1873, p. 161).

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