‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 115 sur 183 · Le 1" février 1707; ils n'eurent pas d'enfants · texte numérisé non relu

Le 1" février 1707; ils n'eurent pas d'enfants

4. Ragoûtant se dit figurément pour dire agréable : une physionomie ragoûtante. [Dictionnaire de Trévoux.)

238 MÉMOIRES [Dec. 1706]

Étant de retour à Paris et m'étant fait habiller, je priai mon frère de Quincy de me faire le plaisir de me présenter à M. de Chamillart. Nous nous rendîmes à Versailles, où nous dînâmes avec ce ministre. Après le repas, mon frère pria le marquis de Dreux de vouloir bien lui-même me présenter à son beau-père : « Vous avez été, lui dit-il, son colonel ; vous savez de « quelle manière il a servi ; vous m'en avez dit beauci coup de bien. Il convient que vous en rendiez « compte vous-même à M. de Chamillart. » Nous fûmes bien surpris, mon frère et moi, de sa réponse : il nous dit franchement qu'il s'en garderoit bien, que nous avions plus de crédit que lui auprès de son beaupère. A ce propos, nous le quittâmes brusquement. Ensuite, mon frère me présenta à M. de Chamillart, qui me fit cent politesses, et qui me dit en propres termes qu'il chercheroit les occasions de me faire plaisir, et qu'il prenoit beaucoup de part à ma blessure. Je n'oubliai point de lui demander un régiment : ce qu'il me promit. Depuis ce jour, je n'ai jamais voulu aller voir le marquis de Dreux. Son procédé me fit ressouvenir de la cruauté qu'il avoit eue de se refuser à me prêter quelques louis, étant blessé à Pignerol. Quoique gendre du ministre, il ne s'est jamais employé pour qui que ce soit au monde ; c'est un homme bizarre, farouche et insociable. Cependant il faut lui rendre justice : il a beaucoup d'esprit, beaucoup de valeur et beaucoup de capacité à la guerre, et il est d'une très grande exactitude pour faire faire le service.

Mon quartier d'hiver se passa à faire ma cour à M. de Chamillart; mais, par malheur pour moi, il n'y eut pas de régiment vacant : je pris patience.

[Février 4707] DU CHEVALIER DE QUINCY. 239

Pendant le carnaval, il nous arriva, à du Plessis et à moi, une petite aventure. ]VP^ de Chamillart, qui étoit la dame du monde la plus attentive à faire plaisir dans les moindres petites occasions à sa famille, voulant donner un bal à M"^ la duchesse de Bourgogne^, nous envoya des billets pour nous en prier. Nous allâmes à Versailles tous quatre, savoir : mon frère de Quincy, sa femme, du Plessis et moi. Nous fûmes loger aux Treize-Cantons^, près delà Surintendance^, où demeuroit M. de Chamillart. Ayant soupe, du Plessis ne se souciant pas trop d'aller au bal, je restai pour lui tenir compagnie. Ainsi nous laissâmes aller M. de Quincy et sa femme. Pendant que nous buvions une bouteille de vin de Champagne auprès du feu, deux servantes fort jolies venoient de temps en temps nous voir. Elles nous promirent de venir coucher avec nous sur les trois ou quatre heures du matin ; nous devions coucher, du Plessis et moi, dans la même chambre. Sur les quatre heures, nous dormions profondément, un grand bruit nous réveilla.

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