ci-après, p. 241, note
2. M. Le Roi, dans son Histoire de Versailles, n'a pas relevé cette enseigne d'auberge parmi celles qu'il indique en diverses rues de la ville.
3. L'ancienne Surintendance avait été bâtie en 1670, pour le surintendant des bâtiments, dans les dépendances du château, vers le sud, auprès du Grand-Commun. Etant bientôt devenue trop petite, en raison des magasins nécessaires à ce service, le Roi fit construire, en 1683, une nouvelle Surintendance un peu plus loin du château, vers la rue de l'Orangerie ; c'est aujourd'hui le petit séminaire. L'ancienne fut alors affectée au logement des ministres de la guerre; Louvois y mourut en 1691. (Le Roi, Histoire de Versailles, t. II, p. 176 et suivantes.)
240 MÉMOIRES [Février 1707]
Au lieu des deux servantes, nous vîmes arriver M. de Quincy et sa femme, nus en chemise, qui vinrent nous chasser de nos hts et qui, sans rien dire, s'y couchèrent; les frères aînés se servent toujours de leurs droits d'aînesse. Nous fûmes obligés, presque tout endormis, de prendre les mêmes lits qu'ils venoient de quitter, et nous nous aperçûmes promptement de ce qui les avoit contraints de se sauver de cette chambre. G'étoit une puanteur épouvantable causée par des lieux qu'on vidoit et dont le conduit aboutissoit au chevet de leur lit. Comme nous étions jeunes, malgré cette puanteur et le bruit que les gadouarts^ faisoient, nous nous endormîmes, sans nous mettre en peine du rendez-vous. Une demi-heure après que mon frère nous eut chassés de notre chambre, les deux servantes ouvrent doucement la porte, entrent et la ferment. « Hé bien ! dirent-elles, « dormez-vous, Messieurs? » L'une s'approche du lit où étoient couchés mon frère et sa femme ; elle ouvre le rideau. Quelle fut sa surprise, au lieu d'entendre la voix d'un homme, d'entendre celle d'une femme! G'étoit celle de ma belle-sœur, qui s'étoit réveillée en sursaut. Les deux filles ne demandèrent pas leur reste; elles s'enfuirent précipitamment, et, ayant refermé la porte, elles gagnèrent leurs lits. Mon frère se lève et crie au voleur de toutes ses forces : ce qui fit venir l'hôtesse et réveilla toutes les personnes qui étoient logées dans cette hôtellerie. On chercha partout, et l'on ne trouva qui que ce soit; on crut que mon frère et
1. On appelle ainsi « ceux qui vident et curent les retraits. » Ce nom vient de gadoue, vieux mot qui désigne la matière fécale. [Dictionnaire de Trévoux.)
[Mars 1707] DU CHEVALIER DE QUINCY. 241
sa femme avoient rêvé. Tout le monde n'en fut pas la dupe ; car cette petite aventure fut le sujet de toutes les conversations de Versailles : pendant quelques jours, il fut question de nous et de notre rendez-vous. Nous manquâmes le bal et notre bonne fortune. Mon frère fut plus heureux. Il étoit déguisé en Turc, il étoit beau comme les amours : aussi M"^ la duchesse de Bourgogne, qui a voit ouvert le bal avec M. le duc de Berry, vint prendre mon frère, après avoir dansé avec ce prince, et, comme il eut l'honneur de danser plusieurs fois avec la princesse, cela donna occasion, et à la ville et à la cour, de dire qu'elle s'étoit éprise d'amour pour le beau Turc*.
A la fin d'avril, il fallut abandonner les plaisirs de Paris pour aller joindre le régiment en Dauphiné.
J'ai oublié de dire que, le M de mars 1707, M. le marquis de Beringhen, premier écuyer, fut enlevé entre le Point-du-Jour et Sèvres par un partisan nommé Guethem, qui avoit un passeport des ennemis pour aller à la guerre. Le Roi donna de si bons ordres, que ce partisan fut arrêté à une demi-lieue au delà de Ham, et par conséquent Monsieur le Premier fut
1. Ce fut le dimanche 27 février que ce bal eut lieu. Voici le récit de Dangeau (t. XI, p. 309-310) : « M"'^ la duchesse de Bourgogne alla à quatre heures chez M™^ de Chamillart, où il y eut grand jeu jusqu'à dix heures. M™*^ la duchesse de Bourgogne alla souper avec le Roi, comme à son ordinaire, et, après le coucher du Roi, elle se masqua et alla au bal chez M™* de Chamillart, qui fut magnifique et qui dura jusqu'à huit heures du matin. Mgr le duc de Berry était en masque avec M™* la duchesse de Bourgogne. » Le lendemain, la princesse, qui avait déjeuné et entendu la messe en sortant du bal, ne se leva qu'à cinq heures du soir, pour aller reti'ouver le Roi à Marly. II 16
242 MÉMOIRES [Mars 1707]
délivré et ramené à Versailles. J'y étois dans ce temps-là. Cette action hardie, quoiqu'elle ne réussît pas, ne laissa pas d'inquiéter beaucoup la cour; le guet fut augmenté de moitié. Ce partisan étoit parti d'Ath dans le dessein d'enlever Mgr le Dauphin ou quelque prince du sang. Ainsi celui qui de voit prendre fut pris lui-même. M. Guethem, pour exécuter son projet, avait laissé à Saint-Ouen une chaise de poste et un détachement de son parti, et un autre détachement à Chantilly, et, sans la complaisance qu'il eut pour Monsieur le Premier de ne le vouloir pas fatiguer, il auroit certainement conduit son prisonnier dans le pays ennemie
1. Saint-Simon raconte en détail cette mésaventure du premier écuyer [Mémoires, t. XIV, p. 352-361), et le commentaire de M. de Boislisle donne tous les renseignements désirables sur cette hardie tentative. Pierre Guethem, né à Tourcoing, avait d'abord servi dans les troupes de Bavière, puis dans celles de l'Empereur, et étoit parvenu au grade de colonel.
[Avril 1707] DU CHEVALIER DE QUINCY. 243
A la fin d'avril 1707, il fallut abandonner les plaisirs de Paris. J'en partis avec mon ami La Bussière, dont l'esprit liant et l'aimable conversation ne servirent pas peu à me consoler du départ de la grande ville. Gomme nous avions une route \ et que rien ne nous pressoit pour arriver au régiment, nous faisions de petites journées. En arrivant à Nemours, nous empêchâmes qu'on fît une affaire criminelle à un lieutenant du régiment de Lyonnois. Cet officier avoit bien cinquante-cinq ans ; il avoit les cheveux tout gris, sa figure étoit fort mince et fort petite. Il avoit une route d'un lieutenant et de vingt-cinq hommes. N'ayant qui que ce soit avec lui, pas même un valet, et par conséquent sa route ne pouvant lui servir de rien, pour remédier à cet inconvénient, il effaça le mot de vingt, et il ne laissa que celui de cinq. On ne s'aperçut point à Gorbeil ni à Melun de la supercherie de ce lieutenant; mais le maire de Nemours, plus attentif que ses confrères, découvrit la fausseté de la route. Nous arrivâmes à l'hôtel de ville dans le temps qu'il l'alloit faire arrêter. Nous le priâmes très fort de ne lui point faire de la peine et de se contenter seulement de lui ôter cette route. Ge ne fut pas sans peine qu'il se ren-