‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 125 sur 183 · Dangeau [Journal, t. XI, p. 445) dit que dix-sept bâti · texte numérisé non relu

Dangeau [Journal, t. XI, p. 445) dit que dix-sept bâti

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Bien des gens ont blâmé ce parti, d'autant plus que la plus grande partie de ces vaisseaux n'ont plus été en état de servir. Autre faute du chevalier de Roye^ : il s'esquiva, une belle nuit, avec les galères du Roi, du port de Toulon, pour retourner au port de Marseille; ce qui mit non seulement la consternation dans la ville, mais cette retraite fut cause que la ville fut bombardée. Une seule galère auroit empêché ce bombardement; les galiotes à bombes des ennemis n'auroient jamais osé s'en approcher. G'étoit la seule occasion où les galères du Roi auroient pu nous être utiles. Je n'ai jamais su la raison qui avoit obligé le chevalier de Roye de prendre ce funeste parti ^.

Outre les quarante-un bataillons qui étoient campés hors de la ville, il y en avoit onze dans cette place aux ordres de M. de Saint-Pater, lieutenant général^

raents seulement furent mis sous l'eau pour éviter qu'ils ne fussent incendiés par les ennemis.

1. Louis de la Rochefoucauld, d'abord appelé le chevalier de Roucy, puis le marquis de Roye, avait été fait lieutenant général des galères en 1704, peu après avoir épousé la fille de Ducasse.

2. Le marquis de Sourches dit au contraire [Mémoires, t. X, p. 367) : « Comme depuis longtemps il étoit venu de Marseille à Toulon treize galères du Roi, lorsqu'on avoit vu approcher la flotte ennemie, on avoit assemblé le conseil de guerre pour résoudre si elles resteroient à Toulon ou si on les remèneroit à Marseille. Le plus fort avis avoit été de les y remener; mais le marquis de Roye s'y étoit opposé : de sorte qu'elles étoient demeurées dans le port de Toulon. » Et l'annotateur ajoute : « On lui sut très bon gré de cette démarche. » Le 8 août, Dangeau enregistre leur retour à Marseille (t. XI, p. 482).

3. Les papiers et relations de M. de Saint-Pater existent encore dans les archives du château du Val-Pineau (Sarthe). La

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qui avoit toute la valeur possible et qui savait parfaitement bien son métier. Il fit dépaver toutes les rues ; il forma plusieurs compagnies bourgeoises destinées seulement pour éteindre le feu, il fît faire une provision considérable d'eau dans chaque quartier; il fît faire un chemin couvert et deux demi-lunes à l'endroit par où les ennemis dévoient attaquer Toulon, le rempart, comme je l'ai déjà dit, étant très mauvais.

Le marquis de Goësbriant, à qui le maréchal de Tessé avoit donné le commandement des troupes qui étoient hors de la place, ne s'endormoit pas aussi de son côté. Il faut lui rendre justice : il rendit, par son activité et par sa grande valeur, de grands services au Roi ; il étoit toujours à cheval, et il ne fatiguoit les troupes que fort à propos. Afin que ses camps ne fussent point surpris, il fit occuper par deux mille hommes, aux ordres d'un brigadier, la hauteur de Sainte-Catherine, qui étoit vis-à-vis la gauche de notre première ligne. Les deux mille hommes étoient relevés toutes les vingt-quatre heures*.

Pendant toutes ces dispositions, le maréchal de Tessé se rendoit de temps en temps à Marseille et à Aix, pour prendre toutes les précautions nécessaires afin de mettre la Provence en sûreté^.

Gazette d'Amsterdam, Extr. lxviii, donne le texte du discours patriotique qu'il adressa aux officiers de la garnison avant l'ouverture des hostilités.

1 . Sur les préparatifs de la défense et sur l'appi'oche des ennemis, on peut voir la Gazette, p. 391, de Toulon, le 25 juillet, et les Mémoires militaires, t. VII, p. 124-125, qui énumèrent les tâtonnements des officiers généraux.

2. On craignait en effet que les ennemis n'abandonnassent le siège de Toulon pour se diriger sur Marseille, ville ouverte,

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L'on envoya notre cavalerie sur nos derrières, à trois ou quatre lieues, par rapport à la commodité du fourrage, et le corps de troupes de M. de Sailly à deux lieues.

Le 30, le prince Eugène, à la tète d'un gros détachement, vint reconnoître nos dispositions; il y eut quelques escarmouches.

Le lendemain 31 juillet, nous nous aperçûmes que les ennemis travailloient à une batterie sur la montagne de Sainte-Marguerite, qui s'étendoit jusqu'à la mer, destinée à tirer sur nos deux vaisseaux, qui les incommodoient infiniment, surtout lorsqu'ils eurent ouvert la tranchée. Elle fut ouverte la nuit du % au 3 août.

La nuit du 3 au 4, nous fîmes une sortie de deux mille hommes^; nous tombâmes sur les travailleurs et sur quelques compagnies de grenadiers, que nous culbutâmes, et, après avoir comblé beaucoup de leurs travaux, nous nous retirâmes dans notre camp. Nous amenâmes quelques prisonniers avec nous ; nous perce où il y avoit des effets pour plus de deux cents millions. » M. de Bezons était d'avis que le maréchal de Tessé se postât vers les gorges d'Ollioules, dans un endroit oîi la difficulté du terrain empêchât les ennemis de forcer le passage ; mais le maréchal n'osait abandonner les bords de la Durance et la défense de la haute Provence. [Sourches, p. 366.) On peut voir dans les Lettres du maréchal de Tessé, publiées par M. de Rambuteau, p. 281, une lettre de M. de Pontchartrain, du 10 août, sur les mesures à prendre à Toulon ; le maréchal se contenta de retourner au ministre sa lettre, sur la marge de laquelle il avait écrit de courtes réponses en style bouffon.

1. Sous les ordres de M. Desvoyaux, lieutenant-colonel du régiment de Forez. [Mémoires militaires, p. 131.)

dîmes peu de monde. J'étois de cette sortie. Les ennemis avoient fait, quelques jours auparavant, une ligne depuis la mer jusqu'à la montagne de Sainte-Catherine, afin d'avoir une communication libre avec la flotte angloise et hollandoise. Le 5, ils commencèrent à tirer de leur batterie de Sainte-Marguerite'.

Le 6, ils firent une communication de la droite à la gauche. Ce même jour-là, me promenant sur les remparts avec plusieurs de mes camarades et le major de la place, nous aperçûmes beaucoup d'hommes, de femmes et d'enfants, qui, après avoir quitté leurs ouvrages, menoient au commandant une personne qu'ils prenoient pour un espion, et ils crioient tous qu'il falloit le pendre. Nous étant approchés de cette populace, nous reconnûmes que c'étoit Vérot, capitaine aide-major de notre régiment, qui, curieux comme nous, examinoit les remparts. On lui avoit ôté son épée, sa canne, son chapeau et sa perruque, et, malgré tout ce qu'il put dire, il fut très maltraité. Nous le tirâmes des mains de cette canaille. Cette aventure nous fit beaucoup rire, et elle nous donna occasion de plaisanter le sieur Vérot pendant plusieurs jours.

Le 7, toutes les batteries des ennemis étant en état, elles commencèrent à tirer sur le fort de Saint- Louis et sur le Saint- Philippe et le Tonnant^ mais sans aucun effet sur ces deux vaisseaux ; car tous les boulets, après les avoir frappés, tomboient dans la mer.

Ce même jour 7, nous montâmes, Costebelle et moi,

1. Sur les premiers événements du siège, voyez la Gazette, p. 381-383, 392-393. La Gazette d'Amsterdam publia (Exlr. Lxix, Lxx et Lxxii) un journal sommaire des opérations du siège, du 30 juillet au 18 août.

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dans une petite chaloupe qui nous mena à nos deux vaisseaux, et, après avoir resté quelque temps, nous remontâmes dans notre chaloupe, afin de nous promener dans la petite rade ; mais il prit à Costebelle un si grand vomissement, que nous fûmes obligés de gagner le port. Si nous avions resté un moment de plus dans le Tonnant, il nous seroit peut-être arrivé un malheur; car nous n'en fûmes pas plus tôt sortis, qu'il y eut une pièce de canon de fer de vingt-quatre qui creva, et dont les éclats tuèrent ou blessèrent dixhuit personnes. 11 ne se passoit point de jour qu'il n'en crevât quelqu'une le long de nos retranchements ou sur les remparts et sur les deux vaisseaux. Très mauvais voisinage!

Le poste de Sainte- Catherine surpris. — Le 8, j'étois de piquet. Pendant que je me promenois, à la petite pointe du jour, le long et en dehors de nos retranchements, j'entendis un grand bruit de mousqueterie du côté du poste de Sainte-Catherine. Je m'avançai dans la plaine. Un moment après, j'aperçus nos troupes qui gardoient ce poste fuir de la meilleure grâce du monde, et elles venoient de mon côté, La terreur panique étoit peinte sur le visage de nos soldats. Plusieurs officiers faisoient tout ce qu'ils pouvoient pour les rallier, mais inutilement. Enfin, La Bussière, qui étoit de ce détachement , vint à moi , et il me dit, presque les larmes aux yeux : « Mon ami, en vérité, « on devroit nous décimer; car devine la cause de « cette déroute : une trentaine de grenadiers seulece ment, qui sont tombés sur notre gauche. » Nous apprîmes depuis qu'un heutenant-colonel allemand, qui avoit trinqué toute la nuit, mais qui avoit rcmar-

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que, le jour précédent, que notre gauche étoit en l'air et qu'il étoit aisé de la tourner, étoit tombé précipitamment, à la tète de ces trente grenadiers, sur les troupes qui la composoient, et qu'il les avoit attaquées, en faisant un si grand bruit, si vivement, qu'il ne leur avoit pas donné le temps de se reconnoître ; que ces troupes, presque toutes dans le sommeil, s'étoient jetées si fort les unes sur les autres, qu'elles avoient mis la peur et le désordre dans tout le reste. Gomme nous nous entretenions, La Bussière et moi, sur cette triste aventure, M. Le Guerchoys, qui commandoit ces deux mille hommes, vint nous joindre. Il étoit si mortifié, qu'il avoit les yeux baissés et qu'il gardoit un morne silence. M. Dillon, lieutenant général, qui étoit de jour, accourut promptement, et, ayant appris la cause de ce désordre, au lieu de consoler le pauvre M. Le Guerchoys, il lui dit les choses du monde les plus disgracieuses. Nous trouvâmes ce dernier bien sage et bien prudent de ne lui pas répondre un seul mot. M. Dillon avoit grand tort; car M. Le Guerchoys étoit connu pour un des plus braves hommes des troupes du Roi ; il en avoit donné des marques dans toutes les occasions où il s'étoit trouvé. On peut dire qu'il y a des moments bien malheureux, à la guerre comme dans tous les autres états de la vie, où la valeur et la prudence ne servent de rien^.

1. Cette surprise du poste de Sainte-Catherine est indiquée par VHistoire militaire (t. V, p. 371) et par le général Pelet (t. VII, p. 126-127) comme s'étant passée le 30 juillet, et non le 8 août, ainsi que le dit notre auteur. Il semble qu'il y ait eu de la part de ce dernier une erreur inexplicable, et on en peut conclure qu'il ne suivait pas servilement l'ouvrage de son frère,

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Ce poste étoit d'autant plus important au Savoyard, qu'il lui auroit été presque impossible de faire continuer les tranchées devant la ville. Cette hauteur dominoit entièrement le terrain dans lequel elles étoient poussées; on les voyoit de là en flanc et à revers.

Le 9, M. de Saint-Pater fit faire une sortie de la ville, qui n'eut aucun effet. Ce même jour, l'amiral Shovell', qui commandoit la flotte combinée des Anglois et des Hollandois, au nombre de quarante vaisseaux de ligne, se rendit à la Valette chez le duc de Savoie, où il dîna.

Le 10, quinze bataillons, aux ordres du comte de Médavy, arrivèrent à deux lieues de notre camp ; ils venoient aussi de Dauphiné.

Le 11, les ennemis avoient une cinquantaine de pièces de canon en six batteries; mais notre canon étoit si supérieur, que ceux des assiégeants ne faisoient aucun progrès.

Le 12, il ne se passa rien de considérable.

Le 1 3 et le 14 furent employés par les ennemis à canonner le fort Saint-Louis. Je montai la grande garde, que je descendis le 14 au soir.

Après avoir soupe, je me faisois un véritable plaisir de me coucher entre deux draps et de bien dormir. J'en avois grand besoin ; car il y avoit huit jours que je ne me déshabillois point : je fus pendant tout ce temps de piquet, et obligé de rester pendant toutes

mais se servait aussi de matériaux personnels, pour cette fois ■ inexacts comme date.

1 . Clowdisley Shovell, né en 1650, membre du conseil de l'Amirauté et contre-amiral depuis 1705, moui'ut noyé enoct. 1707.

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les nuits le long de nos retranchements, à la tête de mes cinquante hommes. Nous avions aussi ordre toutes les nuits, depuis que les ennemis nous avoicnt chassés du poste de Sainte-Catherine, où ils s'étoient retranchés, de nous porter à la tète de nos piquets près de leurs retranchements, d'y rester quelque temps, et ensuite de faire faire une décharge de leurs côtés; la décharge faite, de nous retirer dans nos retranchements. Cette manœuvre étoit dans le dessein, non seulement de les fatiguer, mais aussi de les accoutumer à se tranquiUiser pour le jour que nous devions faire une véritable sortie, ce qui arriva.

Je me couchai donc à onze heures du soir. Comme j'étois dans mon premier sommeil, un de mes sergents vint me réveiller pour me dire de m'habiller au plus vite, que le régiment étoit actuellement en marche pour attaquer le poste de Sainte-Catherine. Je m'habillai promptement, et je me rendis au régiment, que je trouvai en bataille hors des retranchements.

Belle sortie. — Le maréchal de Tessé étoit arrivé au camp le même jour. Persuadé que, pour empêcher la continuation du siège, il étoit absolument nécessaire de chasser les ennemis du poste de Sainte-Catherine, il fit la disposition suivante : il ordonna trois attaques : la première, par M. Le Guerchoys, qui devoit attaquer, à la tête de la brigade de la Vieille- Marine, composée de cinq bataillons, la gauche des retranchements de Sainte-Catherine ; le chevalier des Touches, à la tête de celle de Bourgogne, composée de cinq bataillons, le centre; et M. Dillon, à la tête de cinq autres bataillons, la droite. Ce dernier, qui avoit

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beaucoup de chemin à faire pour gagner le sommet d'une montagne qui dominoit la droite des retranchements de Sainte-Catherine, s'étoit mis en marche au commencement de la nuit du 14 au 15. Il devoit faire un signal quand il seroit à une certaine hauteur, et ce signal devoit se faire à la petite pointe du jour. Il étoit déjà une demi-heure de jour, et l'on ne voyoit rien paroitre. Nous commencions à nous impatienter, lorsque enfin nous aperçûmes trois fusées volantes tirées de la montagne. G'étoit le signal; sur-le-champ, nous nous mîmes en marche. Les grenadiers et les piquets de la brigade, avec les grenadiers et le piquet de Gastella-suisse, marchoient à la tête avec le marquis de Goësbriant et le comte de Montsoreau, maréchal de camp, le premier à cheval et le second à pied. Il fallut défiler par une porte quatre à quatre, et ensuite monter et passer un coteau de vignes qui étoit en terrasse, ce qui retarda notre marche. En sortant de ce défilé, nous nous formâmes à la demiportée de fusil des retranchements des ennemis. Comme j'étois à la tête du régiment, je remarquai une action qui me fit d'abord beaucoup de peine : je vis que la compagnie des grenadiers et les soldats du piquet du régiment de Castella-suisse se jetoient ventre à terre ; mais je fus consolé dans le moment, car ils se relevèrent si promptement, qu'ils furent aux retranchements des ennemis aussi tôt que nos grenadiers. Après l'affaire, je demandai la raison de ce mouvement. L'on me dit que c'étoit la coutume des Suisses de baiser la terre auparavant de combattre. Cependant ce mouvement leur sauva bien des soldats; car ils le firent dans l'instant même que les ennemis commen-

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cèrent à faire leur décharge ^ . Il est surprenant que ces derniers ne tinrent point dans leurs retranchements, d'autant plus qu'ils étoient très bons et très élevés, et qu'ils furent avertis, la veille à neuf heures du soir, par le prince Eugène même, de se tenir alertes. « Je « sais. Messieurs, leur dit ce général, qu'il y a du « mouvement dans le camp des François ; ainsi tenez- « vous bien sur vos gardes. » Nous apprîmes, après l'action, ce discours par les prisonniers.

Nous suivîmes les ennemis presque jusqu'à la Valette, et, sans le maréchal qui fit battre la retraite, nous serions entrés dans leur camp. Lorsque je m'en revenois de cette poursuite, un officier allemand me cria : Ah! meinherr, quartirf Mein Gottf Quartirf C'étoit précisément mon premier caporal, nommé La Rose^, qui se mettoit en état, avec la baïonnette au bout du fusil, de tuer ce pauvre diable. Je lui ordonnai de s'arrêter. Fâché de ce que je ne le laissois pas faire, il me dit : « Mon capitaine, est-ce qu'ils nous font quarc( tier, eux autres, lorsqu'ils ont le dessus sur nous? » — « Mais, mon camarade, lui répliquai-je, de quoi te « plains-tu? Tu n'es pas encore tué. » Je fis emporter cet officier, et je le fis conduire à l'hôpital de Toulon ; il avoit reçu un coup de fusil dans la cuisse, qui l'empêchoit de marcher.

1. C'est plutôt pour éviter cette décharge que les Suisses s'étaient jetés à terre.

2. On sait que les soldats et sous-officiers avaient l'habitude de prendre un nom de guerre, qui remplaçait à l'armée leur véritable nom, comme La Valeur, La Jeunesse, Belle-Humeur, etc. (Albert Babeau, les Soldats.) Notre auteur parlera plus loin d'un officier sorti du rang qui, étant soldat, s'appelait La Débauche, quoique son nom fût Du Buisson.

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Notre brigade s'étant ralliée près des retranchements que nous venions d'emporter, Monsieur le maréchal la fit marcher pour aider à la brigade de la Marine de chasser les ennemis, qui tenoient toujours ferme dans les retranchements qui environnoient la gauche de la hauteur, l'église de Sainte-Catherine et plusieurs bastides. Nous les attaquâmes par leurs derrières, pendant que la brigade de la Marine les attaquoit par devant. Ils ne purent résister à ces attaques; ils s'enfuirent précipitamment dans leurs tranchées, qui étoient poussées déjà jusqu'au glacis de la place. Mais nous les suivîmes si vivement, la baïonnette au bout du fusil, qu'ils en abandonnèrent la plus grande partie. Nous enclouàmes leurs canons, et nous mimes le feu aux fascines. Ce fut dans ce temps-là que nous vîmes un de leurs officiers généraux, monté sur un cheval bai, qui faisoit tout ce qu'il pouvoit pour arrêter les fuyards, mais inutilement. Un moment après, nous le vîmes culbuter de son cheval. Nous apprîmes ensuite que c'étoit le prince de Saxe-Gotha, qui venoit d'être tué ^. Les ennemis le regrettèrent beaucoup.

A l'égard de l'attaque de M. Dillon, elle fut aussi heureuse que la nôtre. Ce général ne trouva aucune résistance; il jeta une si grande terreur panique dans la Valette , quartier général du duc de Savoie , que tout le monde se sauvoit.

Après ce dernier combat que notre brigade donna, nous nous remîmes en bataille en deçà des retranche-

1. Jean-Guillaume, fils cadet du duc Frédéric de Saxe-Gotha, d'abord adjudant général dans l'armée de Marlborough, puis major général de celle du prince Louis de Bade, était passé avec la même qualité dans celle du prince Eugène.

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ments de Sainte-Catherine. Ce fut alors que nous vîmes paroître toute l'armée ennemie qui s'avançoit vers nous, et une partie de leur cavalerie sur la hauteur de la Malgue. Cette cavalerie n'y fut pas longtemps ; car le Tonnant et le Saint-Philippe la firent bientôt disparoître. Le reste de l'armée suivit son exemple. Ainsi, ne voyant plus d'ennemi, nous fîmes raser tous les retranchements de Sainte-Catherine, et nous comblâmes beaucoup de leurs tranchées.

Nous restâmes jusqu'à trois heures après dîné sur le champ de bataille; ensuite nous nous retirâmes fièrement et tambour battant dans notre camp retranché de Sainte-Anne. L'on peut dire, à la louange du maréchal de Tessé, que cette sortie fut très bien projetée et très bien exécutée. Il s'exposa beaucoup, aussi bien que le marquis de Goësbriant et M. d'Angervilliers, intendant de l'armée^ Nous amenâmes avec nous deux pièces de canon de fonte et environ deux cents prisonniers, la plupart blessés^.

Me promenant auprès de la chapelle de Sainte- Catherine, un soldat de ma compagnie me donna une liste très exacte, nom par nom, de tous les vaisseaux

1. Ci-dessus, p. 107. M. d'Angervilliers était intendant du Dauphiné depuis 1705 et avait été chargé de l'intendance de l'armée depuis qu'elle avait repassé les Alpes en septembre

2. Sur ce combat de Sainte-Catherine ou de la Croix-Faron, on peut voir la Gazette, p. 417, les Mémoires militaires, t. VII, p. 143-146 et 400-404 (lettre de Tessé au Roi), V Histoire militaire de Quincy, t. V, p. 375-377, la relation donnée dans les Mémoires de Sourches, t. X, p. 383-385, celle de la Gazette d'Amsterdam, n°^ lxix et lxx, et Extr. lxxii, et les ouvrages modernes indiqués ci-dessus, p. 258, note 7.

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du Roi qui étoient dans le port de Toulon ; il l'avoit trouvée dans la poche d'un officier allemand tué qu'il venoit de dépouiller.

Ce fut un enseigne du régiment, nommé Mazancourt, âgé seulement de seize ans^, qui fit prisonnier M. de Wartmann, colonel d'un régiment des troupes de Saxe-Gotha. Celui-ci, étant retourné dans son armée, envoya au jeune homme un beau cheval polonois, en récompense de lui avoir sauvé la vie. Nous fîmes plusieurs autres officiers prisonniers, entre autres M. Pistiguardi, colonel au service du duc de Savoie, et M. de Kulsteben, lieutenant-colonel des troupes de Hesse-, tous deux blessés. De notre côté, nous eûmes un capitaine du régiment d'Esgrigny tué, et quelques soldats de la brigade, dont plusieurs le furent d'une bordée de canon du lonnant et du Saint-Philippe. Dans le temps que nous poursuivions les ennemis, un boulet tiré de l'un de ces vaisseaux vint labourer la terre auprès de moi, et il m'en couvrit entièrement. Pendant les trois attaques, M. de Saint-Pater fit faire une sortie de la ville, commandée par un capitaine de grenadiers. Il mit quelque désordre à la gauche de la tranchée des ennemis.

Lorsque nous étions encore près de la chapelle, je vis tuer assez près de moi un homme de vingt-deux

1. Joseph- Joachim Merlin de Mazancourt, né en juillet 1690, devint lieutenant, puis capitaine au régiment de Bourgogne; en 1726, il fut nommé gouverneur des pages du Roi, et ne mourut qu'en 1773.

2. La Gazette d'Amsterdam (Extr. lxxii) dit : « MM. Prastigardi, Piémontois, et Kulsleben, Hessois. » Il faudrait lire sans doute Pizziguardi et Kunstleben.

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ans environ, bourgeois de la ville de Toulon. Ce fut bien sa faute ; car je l'avois averti plusieurs fois de ne point trop avancer au delà de la chapelle. Il n'eut aucun égard à mon avis; au contraire, il me répondit : « Je ne crains rien, Monsieur. » Il n'y fut pas plus tôt, qu'il reçut un coup de fusil, dont il tomba roide mort.

Nous y vîmes un autre spectacle qui nous fit bien de la peine. Nous avions mis le feu dans les fascines qui étoient dans la partie de la tranchée qui étoit près de ce poste. Un officier ennemi blessé, qui apparemment avoit la cuisse ou la jambe cassée, se trouvoit malheureusement au milieu des flammes. Nous envoyâmes quelques soldats pour le délivrer; mais, comme les ennemis n'étoient pas loin de là, ils tirèrent sur nos soldats. On eut beau leur crier que c'étoit pour sauver des flammes un de leurs officiers blessé ; soit qu'ils n'entendoient pas ce qu'on leur disoit, soit cruauté de leur part, ils ne cessoient de tirer sur eux. Nos soldats voyant que, pour sauver la vie à un pauvre malheureux, ils hasardoient à perdre la leur, abandonnèrent cet officier, qui faisoit des hurlements terribles et qui mourut cruellement.

Je me suis peut-être un peu trop étendu sur le détail de cette sortie; mais, comme elle a occasionné la levée du siège, je me suis persuadé qu'il étoit nécessaire d'en rapporter toutes les circonstances. J'étois si fatigué en arrivant de notre expédition, que je fus me coucher bien vite : je dormis au moins douze heures sans me réveiller.

Les ennemis, après avoir été chassés du poste de Sainte-Catherine, n'étoient pas plus avancés que le

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premier jour de l'ouverture de la tranchée. Ainsi, depuis ce temps-là, ils renoncèrent sérieusement à en faire la conquête; mais ils travaillèrent à se mettre en état de bombarder et la ville et nos vaisseaux ; et, pour exécuter leur dessein, ils songèrent à s'emparer de la tour de Sainte-Marguerite et de celle de Saint- Louis, qui empéchoient la flotte ennemie de s'avancer dans le canal. Ils firent battre si vivement par leurs canons la tour Sainte-Marguerite, et ils y jetèrent tant de bombes, qu'ils en obligèrent le commandant de se rendre prisonnier de guerre avec la garnison, composée de deux lieutenants et de quatre-vingt-dix soldats. Il n'y avoit plus d'eau dans ce fort.

La nuit du 16 au 17, le duc de Savoie commença à faire bombarder la ville du côté de la terre. Ce bombardement continua le 17 et le 18.

Prise de la tour de Saint-Louis^. — Le 18 au soir, M. Daillon, capitaine de grenadiers du régiment de Vexin, abandonna le fort de Saint-Louis dans le temps que les ennemis marchoient pour donner l'assaut ; il y avoit une brèche considérable. Il s'embarqua, lui et sa garnison, dans des chaloupes, après avoir fait mettre le feu à un saucisson, qui fit si bien son effet, quelque temps après, que la plus grande partie du fort sauta ; il y eut quatre-vingt-dix hommes des ennemis de tués ou de blessés. M. Daillon se retira dans la ville ; il fut reçu du maréchal de Tessé et de tous les officiers généraux le plus gracieusement du monde. Il le méritoit bien; car il fit une très belle défense. Il avoit eu des ordres de notre général d'abandonner le fort trois jours auparavant.

i. Gazette, p. 418; Mémoires militaires, p. 147-148.

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Dès que les ennemis furent maîtres de ce fort, ils y établirent une batterie de mortiers pour bombarder la ville et nos vaisseaux. Le 210, ils firent approcher quatre galiotes à bombes à la hauteur du fort ; ensuite ils ne cessèrent de jeter des bombes dans la ville et dans le port.

Un jour, en me promenant dans la ville pendant ce bombardement, il y eut une bombe qui tomba dans une maison située dans une rue où je me promenois. Elle brisa l'escalier, et elle mit le feu à la maison. Une vieille femme, tout éperdue, crioit d'une croisée du second étage : « A moi, Messieurs! Je suis morte! A « mon secours, je vous prie! » Elle étoit dans une situation des plus critiques; elle ne pou voit descendre. Nous nous mîmes plusieurs personnes à planter une échelle, qui étoit heureusement assez grande pour aller jusqu'à elle; par ce moyen, nous la sauvâmes. Un peu plus tard, elle auroit été écrasée sous les ruines de la maison ; car elle s'écroula un moment après. Ce même jour, étant de retour au campement, une bombe tomba près d'un gigot de mouton que notre fouilleau-pot^ faisoit cuire. Il ne perdit point la tramontane^ : il eut l'adresse, en s'enfuyant, d'emporter avec lui notre souper. Plusieurs bombes, après avoir passé audessus de la ville, venoient tomber dans notre camp.

Levée du siège. — Enfin, les ermemis voyant qu'il leur étoit impossible de faire la conquête de Toulon, et les vivres commençant à leur manquer par rap-

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