‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 126 sur 183 · Fouille-au-pot, marmiton. [Dictionnaire de Trévoux · texte numérisé non relu

Fouille-au-pot, marmiton. [Dictionnaire de Trévoux

2. Le mot tramontane signifie l'étoile polaii'e qui sert à guider les vaisseaux; on dit fîgurément perdre la tramontane pour dire être déconcerté, avoir perdu le jugement et la raison. [Ibid.)

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port aux vents contraires qui empêchoient l'amiral Shovell de leur en envoyer de sa flotte, ils songèrent sérieusement à lever le siège. Après avoir fait embarquer leurs canons, leurs blessés et leurs malades, ils décampèrent à la sourdine, la nuit du 21 au 22, et ils gagnèrent le Var en tenant la même route qu'ils avoient prise en venant à Toulon ^ .

Le même jour 22, l'amiral Shovell continua à bombarder la ville et le port. Le Diamant et la Perle furent brûlés 2. La chronique scandaleuse disoit que celui qui avoit donné le conseil de mettre sous l'eau tous nos vaisseaux avoit fait mettre le feu à ces deux vaisseaux, seuls hors de l'eau, pour se justifier à la cour de cette mauvaise manœuvre.

Les ennemis, en abandonnant leur camp, y laissèrent quinze ou seize pièces de canon, plusieurs mortiers, beaucoup de poudre, de boulets, de bombes, et une partie de leurs équipages. On prétend que ce projet coûta aux ennemis plus de douze mille hommes de tués, de blessés ou morts de maladies, sans ceux qui furent transportés dans leurs vaisseaux^.

1. M. Mireur a fait au Comité des travaux historiques [Bulletin historique et archéologique, 1886, p. 319 et suiv.) une très intéressante communication sur la cause de la levée inattendue du siège de Toulon. D'après une conversation de Victor-Amédée avec les consuls de Fréjus, l'armée assiégeante se serait retirée sur la menace faite par le roi de Suède Charles XII, alors en Saxe avec son armée victorieuse, d'envahir la Bohême et la Silésie, si Toulon était pris par les alliés.

2. Selon la Gazette (p. 418), les deux vaisseaux brûlés étaient le Sage et le Fortuné.

3. Sur la retraite des ennemis, il faut voir l'Extr. lxxh de la Gazette cT Amsterdam.

278 MÉMOIRES [Août 1707]

Le marquis de Tessé fut envoyé à la cour pour porter au Roi la nouvelle de la levée du siège. On la sa voit déjà lorsqu'il y arriva : M. de Langeron, qui commandoit la marine à Toulon ^ avoit expédié un courrier à M. de Pontchar train pour faire sa cour à ce ministre. Ce courrier avoit fait une si grande diligence, qu'il arriva à la cour vingt-quatre heures devant le marquis de Tessé 2. M""® la duchesse de Bourgogne fut très fâchée contre M. de Langeron, d'autant plus que le marquis de Tessé étoit son premier écuyer^. Le Roi le fit maréchal de camp.

Cette nouvelle fit beaucoup de plaisir à S. M.*. En effet, si les ennemis s'étoient emparés de Toulon, dans le port duquel nous avions trente vaisseaux de ligne ^, cinq mille pièces de canon et des magasins qui avoient coûté au Roi des sommes immenses, ils auroient, non

1. Joseph Andrault, comte de Langeron, lieutenant général des armées navales et gouverneur de la Charité, mourut le 28 mai 1711. M. Lalanne, dans une note de la Correspondance de Bussy-Rabutin (t. III, p. 348), cite une curieuse chanson sur son compte et sur celui de M"^* de Grignan.

2. Cet envoi d'un courrier par M. de Langeron à Pontchartrain, qui devança ainsi Chamillart auprès du Roi pour l'annonce de la levée du siège, produisit un « scandaleux éclat » entre les deux secrétaires d'État, Chamillart accusant Pontchartrain d'une « entreprise formelle sur sa charge. » [Mémoires de Saint-Simon, éd. 1873, t. V, p. 317-318.)

3. Par résignation de son père, qui avait eu cette charge en 1696, lors de la formation de la maison de la princesse, dont il venait de négocier le mariage.

4. Il avait été question que les ducs de Bourgogne et de Berry se rendissent en Provence pour animer les peuples à la résistance; mais la retraite des ennemis fit renoncer à ce projet.

5. Les Mémoires militaires (p. 153) disent qu'il y avait dans le port cinquante-cinq vaisseaux.

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seulement fait la conquête de la Provence, et peut-être du Languedoc, où les Camisards* nous faisoient une cruelle guerre, mais ils nous auroient aussi enlevé le commerce de la Méditerranée.

La retraite du Savoyard fut si précipitée, que son armée fit en deux jours ce qu'elle avoit fait en six 2. Enfin, après plusieurs jours de marche, elle arriva le 30 à Saint-Laurent, et, le \'' septembre, elle repassa le Var. Nous la suivîmes, tous nos grenadiers à la tête de notre armée, jusqu'assez près du Var, et ensuite nous nous repliâmes sur Grasse, afin de nous rendre en Dauphiné. Nous marchions sur plusieurs divisions; la nôtre étoit commandée par M. Dillon. Depuis Toulon jusque bien au delà du Luc, la vallée est superbe. Il n'y a pas un plus beau pays; elle est couverte d'orangers, de citronniers, de figuiers, d'oliviers, et de tout ce qu'il y a de plus odoriférant. Nous ne pouvions nous rassasier de figues ; elles ne nous faisoient aucun maF.

Luc est un petit village* qui appartient à MM. de Vintimille, qui prétendent descendre des anciens comtes de Marseille ; mais les généalogistes du pays leur dis-

1. Nom qu'on donnait aux révoltés protestants des Cévennes, qui étaient alors presque complètement soumis.

2. Les ennemis regagnèrent le Var en dix jours; ils en avaient mis quinze à venir jusqu'à Toulon. Le pays, épargné en venant, fut dévasté par eux dans cette retraite.

3. La note suivante a été ajoutée en interligne et en marge : a Nota. Le P. Ogier, jésuite de la maison de la ville d'Aix, fit ces deux vers latins sur l'entreprise de M. de Savoie :

Victor abit victus, late vastavit olivas ; ■ Intactos lauros linquere cura fuit. »

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