‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 13 sur 183 · Ci-dessus, tome I, p. 130, 245 et · texte numérisé non relu

Ci-dessus, tome I, p. 130, 245 et

3. Ce genre de tir, inventé par Vauban, avait été inauguré par lui au siège de Philipsbourg en 1088.

16 MÉMOIRES [Juin 1704]

VHistoire militaire de Louis XIV, ne nous fait pas monter la tranchée une seule fois. Cependant notre régiment étoit chef de brigade \ et nous la montâmes aussi souvent que les autres^.

La nuit du 2l5 au 26, les régiments de Lyonnois, d'Anjou et des Vaisseaux relevèrent la tranchée, aux ordres de MM. de Médavy, Valdefuentès et d'Orgemont. On travailla à une communication pour joindre l'attaque de la gauche à celle de la droite, une espèce de parallèle. On fit une batterie de six pièces de canon de vingt-quatre et une de mortiers.

Pendant la nuit précédente, les assiégés firent un feu continuel de canon et de mousqueterie, et ils nous jetèrent beaucoup de bombes et de pierres ; cependant ils nous tuèrent peu de monde : il y eut une trentaine de soldats de blessés.

M. de Vendôme visitoittous les jours les tranchées, et il encourageoit les soldats. Il leur parloit avec tant de bonté, qu'ils étoient charmés d'avoir un si grand homme pour leur général. Un jour que j'y étois, un grenadier lui dit : « Monseigneur, donnez-moi une a prise de votre tabac; on dit que vous en avez tou- « jours d'excellent. » — « Tiens, prends, mon cama- « rade, lui répondit le prince. » — « Non, mon géné- « rai, lui répliqua le grenadier, j'aime mieux que vous

1. C'est-à-dire que, le colonel de Bourgogne, M. de Dreux, étant brigadier, la brigade que son régiment formait avec un autre, dont le chef n'était que colonel, portait le nom de Bourgogne.

2. En effet, le marquis de Quincy, dans son récit du siège, ne cite jamais le régiment de Bourgogne. Mais comment se fait-il que notre auteur ne dise mot de la blessure que le marquis de Dreux, son colonel, reçut au siège [Mémoires de Sourc/ies, t. VIII, p. 408) ?

[Juin 1704] DU CHEVALIER DE QUINCY. 17

a m'en donniez vous-même. La raison en est simple : « vous m'en donnerez davantage. » M. de Vendôme lui versa toute sa tabatière *. Il connoissoit tous les officiers du régiment par leurs noms; ainsi, dès qu'il en voyoit quelqu'un, il lui parloit toujours.

La nuit du 26 au 27, la tranchée fut relevée par les régiments de Lombardie", de Piémont, de Vendôme, de Croy et de Berwick^, aux ordres de MM. de Montgon, de Ghartoigne^ et de Montsoreau. Je fus dîner ce jour-là à la tranchée; on y faisoit la plus grande chère du monde : il falloit bien quelquefois se distraire de notre petit ordinaire. Pendant le diner, il nous arriva plusieurs déserteurs de la place, entre autres un bonhomme âgé, qui avoit une grande barbe et toute blanche. « Eh! que diable faisiez-vous dans « cette ville, père Abraham? » lui dit M. de Montgon. — a Quoi, Monseigneur, lui répliqua le soldat, a est-ce que j'ai l'honneur d'être connu de vous? » Véritablement cet homme s'appeloit Abraham. Il nous conta son histoire : il étoit maître d'école en Suisse ; il s'engagea avec plusieurs de ses écoliers parce qu'on lui avoit fait entendre qu'en moins de six mois il s'enrichiroit par la maraude et par le butin qu'il feroit

1. Malgré la répugnance de Louis XIV pour le tabac à priser, l'usage en était devenu presque général. Certains hommes, comme le grand prieur de Vendôme, frère du duc, ne se servaient pas de tabatière, mais avaient à leurs vêtements une poche doublée en cuir, dans laquelle ils prenaient leur tabac.

2. Régiment italien au service d'Espagne, comme celui de Croy, qui était composé principalement de Flamands et de Belges.

3. Formé en 1698 avec les débris de différents corps irlandais.

Page 1