Le 10 août
310 MÉMOIRES [Août 1708]
souverain. Tout le monde sait que c'est le séjour des Barbets, autrement Vaudois'^.
Le 14, le maréchal fut reconnoître, à la tête d'un gros détachement des grenadiers, sur des hauteurs entre Salbertrand ^ et le fort d'Exilles, la situation des ennemis.
Le 1 5, il marcha, à la tête de plusieurs bataillons, au col d'Argueil ^, pour en chasser les ennemis, ce qu'il fit. Je suivis le comte de Muret à cette promenade, et j'entendis de mes propres oreilles ce discours du maréchal. Il y avoit dix bataillons ennemis campés entre Exilles et un très bon ravin. « Voilà, dit-il, un a camp inattaquable. » Une petite réflexion : si dix bataillons étoient inattaquables dans ce poste, comment notre général auroit-il pu y forcer toute l'armée des ennemis lors du siège du fort d'Exilles? Ainsi l'on doit regarder comme une gasconnade lorsqu'il dit que, si M. de la Boulaye ne s'étoit pas rendu si tôt, il en auroit fait lever le siège; la chose étoit impossible. Je ne veux pas, pour cela, excuser ce commandant, qui, au jugement de tout le monde, auroit pu tenir encore deux jours ; mais il hasardoit aussi, en tenant plus longtemps, d'être obligé de se rendre à discrétion .
Le soir, après cette promenade, on vint dire au maréchal qu'il y avoit un commis des vivres qui venoit de Turin lui apporter une lettre de M. de la Boulaye.