Sur la Doire, entre Exilles et Oulx
3. C'est par ce col que se faisait la communication la plus directe entre Exilles et Fenestrelle. — Argeuille, dans le manuscrit.
[Août 1708] DU CHEVALIER DE QUINCY. 311
Ce commis avoit été dans Exilles pendant le siège. Dès qu'il l'aperçut, il lui tint ce discours : « Eh bien, Mona sieur, votre M. de la Boulaye vient de faire une a belle défense? » — « Oui, Monseigneur, lui replier qua le commis, il s'est défendu en très brave « homme. » — « Gomment, coquin, dit le maréchal « en se levant brusquement, tu as la hardiesse de me « dire que ce jean-f... s'est bien défendu! » Nous fîmes signe sur-le-champ à ce pauvre diable de se retirer bien vite : ce qu'il exécuta bien à propos ; car, dans la fureur où étoit M. de Villars, je crois qu'il l'auroit étranglé. Il est à remarquer que le maréchal jouoit au piquet '^ avec le lieutenant-colonel du régiment de Ponthieu-, qui fut si étourdi de cette sortie, qu'il oublia de compter un quatorze de dames qu'il portoit, lorsque le maréchal vint se remettre à son jeu. Celui-ci, qui n'avoit pas oublié dans sa colère un quatorze de valets qu'il avoit, les lui compta sur-lechamp après que cet officier eut joué sa première carte. Nous admirâmes l'esprit présent de notre général, lorsqu'il s'agissoit de l'intérêt.
Après s'être emparé du col d'Argueil, le maréchal voulut aussi occuper celui de la Valette-^. Il envoya pour cet effet M. Le Guerchoys et le chevalier de
1. Ce jeu était connu assez anciennement. Littré cite un exemple du mot au xvi^ siècle.
2. Régiment créé en juin 1685, et qui, en 1749, fut incorporé dans celui de Provence. Nous n'avons pu trouver le nom de son lieutenant-colonel.
3. Ou plutôt des Valettes ; un peu plus à l'est que le col d'Argueil, il faisait communiquer les deux mêmes vallées d'Oulx et de Pragelas.
312 MÉMOIRES [Août 1708]
Givry\ à la tête de mille hommes, dont moitié grenadiers, pour en chasser les ennemis; mais ces Messieurs trouvèrent qu'il étoit impossible d'y pouvoir réussir^.
Le 16, l'armée de Villars fut camper au Puy-de-la- Riva^, la droite au Cluson, petite rivière qui prend sa source à une lieue au delà de Césanne, et qui, après avoir passé près de Fenestrelle, la Pérouse et Pignerol, va se jeter dans le Pô à Gasalgrasso*, et la gauche de l'armée au col de Collet^. Cette gauche étoit en l'air; elle n'étoit appuyée à rien. Les ennemis pouvoient très bien la tourner. Le comte de Muret le représenta plusieurs fois au maréchal, qui n'eut aucun égard à ses remontrances. L'armée resta dans ce camp pendant tout le temps que les ennemis employèrent à faire le siège de Fenestrelle.
Le lendemain 17, le chevalier de Givry, excellent officier, très alerte, et qui connoissoit parfaitement bien le pays, fut détaché à la tête de mille hommes, dont moitié grenadiers, pour occuper le col d'Albergian®. Le maréchal le suivit, avec la brigade de Gas-
1. Thomas-Alexandre du Bois de Fiennes, chevalier puis bailli de Givry (1674-1744), était colonel du régiment de la Marche; il parvint en 1734 au grade de lieutenant général, et mourut en 1744 de blessures reçues à la conquête du comté de Nice.