Histoire militaire de Quincy, p
354 MÉMOIRES [Sept. 1709]
centre de l'infanterie fut placé, et toute notre cavalerie derrière, sur plusieurs lignes. Ce terrain élevé continuoit presque vis-à-vis le bois de Sars et avoit en avant la grande trouée ^ La gauche de l'infanterie fut postée dans la lisière du bois de Sars et au bord de la grande trouée, jusqu'à un marais qu'on croyoit impraticable, et elle avatiçoit en pointe sur l'ennemi : ainsi cette aile faisoit une manière de potence. Cette position fut en partie cause de la perte du champ de bataille; car le marais se trouva très praticable.
Faisons ici une petite réflexion. Je remarque que nous avons perdu presque toutes nos batailles faute aux généraux de ne pas reconnoître leurs terrains. A Hochstedt, on s'étoit persuadé que le marais qui étoit devant le centre de notre armée étoit impraticable; cependant ce fut par cet endroit que nous fûmes bat-< tus^. A Ramillies, le duc de Marlborough, sachant précisément que le marais qui étoit devant la gauche de l'armée de Villeroy étoit impraticable, fît passer l'aile droite de la première et de la seconde ligne de sa cavalerie pour fortifier sa gauche : ce qui le mit en état de forcer et de battre notre droite, pendant que le maréchal de Villeroy laissa tranquillement toute sa cavalerie de la gauche immobile vis-à-vis ce marais^. Quelle stupidité et quelle ignorance! Enfin, à Malplaquet, on appuya, comme je l'ai dit ci-dessus, la gauche
1. Ce qu'on appelait la grande trouée est le passage entre les bois de Sars et de la Lanière ; elle avait une demi-lieue de largeur et donnait accès à la petite trouée. Saint-Simon (éd. 1873, t. VII, p. 98) explique assez clairement la disposition des lieux.