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364 MÉMOIRES [Sept. 1709]
auroit dû occuper en arrivant dans ce camp. En faisant des abatis devant elle, les ennemis n'auroient jamais osé l'attaquer; passer des abatis, et vouloir ensuite se former à la demi-portée de fusil d'une ligne d'infanterie, c'étoit le moyen de se faire battre en détail, d'autant plus que les troupes du centre étoient plus à portée de la secourir.
Une demi-heure après cette attaque, le marquis de Vieuxpont me dit : « Monsieur le chevalier, je vous « prie de monter sur le retranchement pour obser- « ver ce que les ennemis font. » Je montai sur-lechamp ; j'aperçus que les ennemis marchoient à nous sur plusieurs colonnes, portant leurs fusils en chasseurs ^ Je ne lui eus pas plus tôt dit qu'ils s'avançoient sur nous, qu'il demanda son cheval blanc à son palefrenier, qui l'avoit suivi, et il lui ordonna en même temps de se tenir derrière le régiment, « parce que, « poursuivoit-il, si mon cheval est tué, tu me donne- « ras l'autre. » Le palefrenier nous donna la comédie; car il lui répondit, les larmes aux yeux, étant à genoux et tenant la bride du cheval, qui cabrioloit : « Eh! Monsieur, vous ne m'avez pas pris pour me « trouver dans une bataille et m'y faire tuer. Je ne « puis. Monseigneur, rester là. » Véritablement, les boulets nous siffloient aux oreilles continuellement.
Il ne faut pas juger de personne sur la mine. Je n'avois pas bonne opinion du marquis de Vieuxpont à son air pâle. Aussitôt qu'il fut informé que l'ennemi marchoit pour nous combattre, son visage changea,
1. Nous n'avons pu trouver l'explication de cette expression, même dans les instructions relatives au maniement du fusil et aux manœuvres de l'infanterie.
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la rougeur lui vint, et il prit un air gai. Pendant toute l'attaque, il resta toujours à cheval, avec toute la fermeté possible, derrière le second bataillon de notre régiment, et il donnoit ses ordres avec un sang-froid admirable, quoique exposé à un feu d'enfer. J'en fus témoin; car je commandois la serre-file du second bataillon ^ , par conséquent le plus éloigné des retranchements, et, par là, le plus exposé aux feux du canon et de la mousqueterie, dont les boulets et les balles plongeoient dans le terrain bas où nous étions.
Lorsque les HoUandois (c'étoit à eux à qui nous avions à faire; ils étoient aux ordres du comte de Tilly, leur généraF) furent à une certaine distance, nos six pièces de canon de vingt-quatre tirèrent à cartouches si à propos, qu'elles firent une grande ouverture dans leurs bataillons.
Les brigades de Picardie et de Lannoy furent attaquées devant nous si brusquement, en front, par leurs flancs et par leurs derrières, qu'elles furent chassées, sans beaucoup de résistance, de leur poste.
A l'égard de notre infanterie de la droite, dont nous étions, elle soutint l'attaque des HoUandois avec tant de fermeté et de valeur pendant une heure entière (les officiers, de part et d'autre, croisant leurs espontons^ et les soldats leurs fusils), qu'enfin ils furent obligés de se retirer précipitamment. Ce furent les six régiments écossois, au service depuis longtemps
1. On appelle serre-file le dernier rang d'un bataillon ou dune compagnie. [Dictionnaire de Trévoux.)
2. Claude de Tserclaës, comte de Tilly, commandait en chef toutes les troupes hollandaises; il mourut en 1723.