Charles -Louis de Limoges, chevalier puis marquis de
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ronne\ de la gendarmerie ; MM. de Tambonneau-, de Brilhac^, capitaines aux gardes; M. d'Aubarède'*, lieutenant-colonel de la Sarre, et quantité d'autres dont je ne me ressouviens plus des noms^ Nous perdîmes aussi beaucoup d'officiers particuliers qui furent tués ou blessés^, dix à onze mille hommes, tant de la cavalerie que de l'infanterie, de tués ou de blessés"^. Nous eûmes cent cinquante soldats de tués de notre régiment. M. de Puyredon, capitaine, jeune homme bien fait, fut tué au commencement de la bataille ; on vint
Saint-Saens, était, non pas officier des gendarmes, mais lieutenant-colonel du régiment Colonel-général de la cavalerie, qu'il commandait à Malplaquet; il devint maréchal de camp en 1734.
1. Claude -Marie de l'Aubespine, marquis de Verderonne, petit-fils du chancelier d'Aligre, était cornette des chevaulégers d'Anjou ; il eut le bras emporté et mourut de sa blessure.
2. Louis -Auguste -Marie Tambonneau (1684-1737), d'une famille parlementaire de Paris, avait une compagnie dans les gardes françaises depuis le mois de février 1709. Diverses aventures l'avaient fait enfermer à Saint-Lazare en 1702, puis le forcèrent en 1711 à se démettre de sa compagnie et à se constituer prisonnier dans le château de Saumur.
3. François de Brilhac, frère du premier président du parlement de Rennes, était capitaine aux gardes depuis 1G96; il parvint en 1719 au grade de maréchal de camp.
5. Voyez les listes données dans les Mémoires de Sourches, p. 64-66 et 76-80.
6. Dans les pièces des Mémoires militaires (p. 378-381), il y a un état par régiment des officiers tués, blessés et prisonniers.
7. D'après V Histoire militaire, l'armée française n'aurait eu que 8,137 hommes tués ou blessés; mais les relations étrangères [Gazette d'Amsterdam, n° lxxxi) et l'historien du prince Eugène font monter la perte à dix-huit ou vingt mille hommes.
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me le jeter tout nu à mes pieds ; quel cruel moment ! Nous eûmes deux autres capitaines de blessés, dont un mourut de sa blessure un mois après, et plusieurs lieutenants de tués et de blessés.
Une heure avant la bataille, un de mes intimes amis vint me demander conseil. Il avoit une fièvre des plus violentes, accompagnée d'un grand frisson. « Mon « ami, me dit-il, je souffre comme un martyr; la fièvre « me tourmente cruellement ; je n'en puis plus. Me « conseillerais-tu de m'en aller, et, si tu étois à ma c( place, le ferois-tu? » — « Non, mon cher, lui répli- « quai-je, puisque tu me demandes mon avis. Il faut « rester et prendre patience. » Il m'embrassa, en ajoutant : « Je suivrai ton conseil. » Il resta, et, malgré sa cruelle fièvre, il se comporta pendant toute la bataille avec toute la fermeté et toute la valeur possible. Il m'a remercié plusieurs fois du conseil que je lui avois donné. C'est dans ces moments critiques qu'on ne doit jamais quitter ses drapeaux, quoique accablé des douleurs les plus insupportables. Mon ami se seroit perdu pour toujours de réputation, s'il avoit suivi sa première idée.
Je ne puis m'empêcher de faire ici l'éloge de M"® Chevalier, fameuse et très belle courtisane suivant l'armée. Elle s'étoit emmourachée d'un officier du régiment ; elle le suivoit partout. Malgré la canonnade de trois jours et la bataille, elle resta constamment à nos drapeaux. On ne peut oublier sans ingratitude les services importants qu'elle rendit au régiment. Dès qu'un officier ou un soldat étoit blessé, elle le faisoit transporter sur-le-champ, et elle l'accompagnoit jusqu'à l'endroit où étoit notre chirurgien-major; ensuite
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elle revenoit au régiment. Elle nous sauva beaucoup de soldats.
En arrivant au camp du Quesnoy, n'ayant ni tentes ni de quoi manger, après la grande fatigue que nous venions d'essuyer, nous prîmes le parti, Filleul, major du régiment, Boisduval, capitaine, et moi, de tâcher d'entrer dans le Quesnoy. Nous savions qu'il y avoit ordre de ne laisser entrer qui que ce soit, excepté les blessés. Nous imaginâmes de mettre une serviette blanche à l'entour de la tête de notre major ; la nuit nous favorisoit. Nous lui prîmes chacun un bras, et, de cette manière, nous nous présentâmes à la première barrière de la place. Dès que nous eûmes crié : « Mes- « sieurs, laissez passer un officier blessé! » on nous fit passage, et nous fûmes gagner une petite auberge. On ne nous promit point de lit, mais à souper. On nous donna une fricassée de poulets et un bon dindon, avec du vin, que nous trouvâmes excellents. Nous restâmes bien deux heures à table.
A la fin de notre repas, nous entendîmes un très grand fracas à la porte. Nous étions si las, que nous n'avions pas la force de nous lever, ou plutôt la volonté. A la fin, le bruit redoublant continuellement, l'aubergiste fut ouvrir la porte. G'étoit un brigadier des gardes du corps, qui, en entrant, nous dit : « Messieurs, vous n'êtes guère charitables ; il y a une « heure que je frappe à la porte, et vous avez la « cruauté de ne me pas faire ouvrir! » Tous, tant que nous étions dans cette chambre, nous lui jetâmes un coup d'œil sans lui dire une seule parole. Il est bon de remarquer qu'il y avoit six autres officiers à une autre table, qui n'avoient point d'habits uniformes.
Après que mon brigadier eut bien soupe, j'entrai en conversation avec lui. Je lui dis : « Monsieur, vous « qui étiez au centre de l'armée, vous devez savoir a mieux qu'aucun autre la cause de la perte de la « bataille? » — « Eh! Monsieur, me répliqua-t-il « brusquement, qui est-ce qui en est la cause? C'est « ce f... régiment des gardes. Il faudroit, continua- « t-il, décimer, non seulement les soldats, mais aussi « les officiers. » Malheureusement, les six officiers qui étoient à l'autre table étoient de ce régiment. Ainsi il s'éleva subitement une dispute des plus vives entre ce brigadier et ces six officiers, qui lui dirent qu'il ne convenoit point de parler de cette manière de leur régiment, « vous dont le corps a été l'unique cause « de la perte de la bataille de Ramillies. Ce ne sont « que de simples dragons hoUandois, ajoutèrent-ils, « qui vous ont bien frottés et mis en déroute^. » Cette dispute auroit été plus loin, si nous n'avions pas apaisé le brigadier et les officiers des gardes françoises. Je passai le reste de la nuit assis dans une chaise de paille.
Le lendemain 121, au matin, nous allâmes joindre le régiment. Nos équipages n'étoient pas encore arrivés : ainsi point de soupe, et rien à manger. Je proposai à La Bussière d'aller dîner chez le maréchal de Boufflers. Ayant accepté ma proposition, nous retournâmes au Quesnoy.
En y allant, nous trouvâmes un détachement de cent cinquante grenadiers ou soldats du régiment de
1. Sur la conduite des gardes du corps à Ramillies, on peut voir les Mémoires de Saint-Simon et le commentaire que M. de Boislisle y a joint (t. XIII, p. 383-385).
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Navarre, qui avoient tous sur leur tête des bonnets de grenadiers^ des ennemis qu'ils avoient tués, portant une vingtaine de drapeaux qu'ils avoient pris, leurs tambours battant la marche allemande. Ils marchoient fièrement droit au Quesnoy.
Lorsque nous arrivâmes chez M. de Boufflers, nous trouvâmes que toutes les places de sa table étoient occupées. Par bonheur, le maréchal, en arrivant, s'aperçut que sa table étoit presque toute remplie d'officiers aux gardes, de capitaines de cavalerie et d'infanterie, et qu'il y avoit beaucoup d'officiers généraux debout derrière eux; et, persuadé que la subordination, même jusqu'à la table, étoit le ferme appui d'un État, il dit : « Messieurs, il faut faire place, « s'il vous plaît, à Messieurs les officiers généraux, et « à vos brigadiers, et à vos colonels. » J'étois derrière un capitaine irlandois, qui fut assez sot pour quitter sa place, dont je m'emparai sur-le-champ ; je ne l'aurois pas quittée pour le pape même. Le marquis de Montsoreau, maréchal de camp, auprès de qui j'étois, me dit : « Vous êtes un grand homme, chevalier : « vous profitez habilement de la sottise des autres. » Ce n'est pas dans ces sortes d'occasions que les officiers généraux doivent aller piquer^ la table du général. Ils devroient, non seulement la laisser aux officiers particuliers, mais aussi avoir eux-mêmes une bonne table; car, les autres jours, on aime mieux manger sa soupe que celle de ces Messieurs.
1. C'était dès cette époque des bonnets à poil. • 2. « On dit qu'un homme pique les tables, pour dire qu'il va souvent manger chez ceux qui tiennent table. » [Dictionnaire de Trévoux.)