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32 MÉMOIRES [Août ITO'î]
— « Il n'y a rien de nouveau, Monseigneur, lui « répondit-il d'un grand sang-froid, sinon que Mes- « sieurs les François viennent de perdre une des plus « grandes batailles qui se soient données depuis long- « temps. Jugez-en : après la défaite de votre belle « armée, vingt-quatre bataillons et quatre régiments « de dragons, postés dans un village à la droite, ont « été forcés de se rendre prisonniers de guerre, et le « maréchal de Tallard a eu le même sort. » — a Mais, a lui répliqua ce prince, tu badines; car je n'ai reçu « encore aucun courrier. » — « Eh bien, Monsei- « gneur, poursuivit-il, cette nouvelle est aussi certaine « qu'il fait jour; je suis persuadé que vous en aurez « bientôt la confirmation. » Nous ne l'eûmes que trop, huit heures après, par un courrier qui arriva de la cour'. La consternation, la tristesse et l'inquiétude se répandirent sur-le-champ dans notre armée, non seulement par rapport à l'intérêt du royaume, mais aussi par rapport aux parents que nous avions dans cette armée; j'y avois deux frères et un cousin issu de germain-. Cette bataille perdue fut le commencement des malheurs qui accablèrent la France depuis, et fut le nec plus ultra du bonheur qui avoit toujours accompagné les armes du Roi^.
1. Sur la désastreuse bataille d'Hochstedt ou de Blenheira, voyez l'Histoire militaire de Quincy, t. IV, p. 269 et suiv.; les Mémoires militaires, t. IV, p. 544-601; la Gazette, p. 416-417 et 428-430; le Journal de Dangeau, t. X, p. 101-103; les Mémoires de Sourches, t. IX, p. 52-56, et surtout ceux de Saint-Simon, avec le commentaire que M. de Boislisle y a joint (t. XII, p. 169 et suivantes).