Chaque bataillon avait alors trois drapeaux
2. Nicolas Molin, dit Dumoulin, docteur de la Faculté de Montpellier, qui devint par la suite un des médecins consultants de Louis XV et ne mourut qu'en 1755, à quatre-vingtdouze ans.
38 MÉMOIRES [Sept. 1704]
étoit si ardent qu'à peine pouvoit-on respirer, et que les mouches et les cousins ne me laissoient pas un moment en repos. Le lendemain cependant, quoique très fatigué, je me trouvai un peu mieux, et enfin la fièvre me quitta, et je fus en état de monter la tranchée à mon tour.
Nous avions appris, il y avoit quelques jours, le détail de la malheureuse bataille d'Hochstedt. J'appris, pour ce qui me regardoit, que le marquis de Bandeville, mon cousin paternel issu de germain, seul resté de cette branche, avoit été tué à la tète de son régiment, qui portoit son nom*; que mon frère le marquis, lieutenant général de l'artillerie-, avoit été dangereusement blessé d'un coup de pistolet dans l'épaule, et que du Plessis, mon autre frère, capitaine au régiment Dauphin-infanterie, avoit eu le bonheur de ne rien recevoir.
Un jour que j'étois chez M. Le Guerchoys^, M. de Las Torrès, lieutenant général espagnol, s'y étoit rendu un moment avant moi. La conversation tomba sur cette funeste défaite et sur les suites qui pouvoient en arriver. M. Le Guerchoys dit qu'il ne falloit pas balancer d'appeler à notre secours nos cousins les Turcs, puisque l'Empereur avoit des alliances avec tous les princes hérétiques de l'Europe. A quoi M. de Las Torrès répliqua que cela faisoit une grande différence : que les hérétiques étoient chrétiens, mais que