La Haye-le-Comte est un petit village près de Louviers
2. Annet Camus, seigneur d'Ivours, né en 1667, fils d'un lieutenant général au gouvernement de Lyonnais et Beaujolais.
58 MÉMOIRES [Nov. 1704]
dirent que M. de Stahremberg y avoit été blessé*.
Parlons un peu du chevalier de la Ilaye-le-Comte. Il eut un pressentiment de son malheur; il donna à Fenestre, autre capitaine de notre régiment, sa bourse, dans laquelle il y avoit cent louis, précaution qu'il n'avoit jamais prise auparavant. Son ami lui en demanda la raison ; il lui répondit simplement : « Je « suis persuadé que je ne vous verrai plus. Adieu, « cher ami, ajouta-t-il ; adieu pour toujours. » Il ne fut que trop bon prophète pour lui.
Le 31 d'octobre jusqu'au 4 novembre fut employé à battre les retranchements, à perfectionner nos ouvrages et à faire des mines, afin de nous mettre en état d'attaquer tous les retranchements de Guerbignan.
Pendant cette attaque, après avoir passé le Pô, le reste de l'infanterie, dont nous étions, devoit attaquer le camp de Crescentin. Pour cet effet, au commencement de la nuit du 3 au 6, une quarantaine d'escadrons, aux ordres de MM. de Ruffey et de Goas, et quatre régiments de dragons, aux ordres de M. de Senneterre, s'étoient rendus près de notre brigade, qui, comme il a été dit ci-dessus, étoit campée le long du Pô, au-dessus de Verue. Les cavaliers et les dragons dévoient passer cette rivière, qui étoit guéable à plusieurs endroits, ayant chacun un grenadier ou un fantassin en croupe.
Les retranchements de Guerbignan emportés. — Nos grenadiers et nos soldats étoient déjà montés en croupe, et ils n'attendoient que l'ordre pour passer