Histoire militaire, t. IV, p
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le PÔ, lorsque cette rivière grossit en un moment de temps, si extraordinairement, par des pluies continuelles qui étoient tombées pendant trois jours, qu'il nous fut impossible de la passer'. Par conséquent, le dessein d'attaquer le camp retranché de Crescentin échoua entièrement ; mais il ne laissa pas de faire une grande diversion pour les troupes qui attaquèrent Guerbignan, dont elles chassèrent les ennemis, après s'être emparées des retranchements. Si nous avions réussi de notre côté, le siège de Verue auroit été un siège à l'ordinaire : nous nous en serions certainement emparés au bout de six semaines, et peut-être plus tôt.
Dès que nous fûmes les maîtres de Guerbignan, nous travaillâmes à en raser toutes les fortifications et à nous préparer à ouvrir la tranchée devant Verue. On fit camper les brigades de Normandie, de la Vieille- Marine, de Lyonnois et de Maulévrier^ près de Guerbignan, afin de protéger nos tranchées en cas de sorties de la part des ennemis. Cette précaution nous fut très avantageuse, comme je le dirai dans la suite.
Tout étant prêt pour l'ouverture de la tranchée, elle se fit la nuit du 7 au 8 de novembre.
1. D'après les Mémoires de Sourclies (p. 127), un dragon et un cavalier, ayant déserté, allèrent avertir le duc de Savoie de la marche de M. de Vendôme, qui fut obligé de revenir sur Guerbignan. Le récit des Mémoires militaires (t. IV, p. 283- 285) est plus complet et explique l'ensemble de l'opération mieux que ne pouvait le faire notre auteur.
2. Jean-Baptiste-Louis Andrault, marquis de Maulévrier- Langeron (tome I, p. 323j, était colonel du régiment d'Anjouinfanterie [ibidem, p. 333) et venait d'être fait brigadier au mois d'octobre précédent.
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Le 1 1 , on la poussa, malgré les pluies continuelles, près du glacis.
Le 12, on fît trois batteries, une de douze pièces de canon de vingt-quatre, à deux cents toises de la place, et une de douze mortiers*. Ce furent les soldats qui conduisirent les canons et les mortiers dans les batteries à force de bras. Ce jour-là, M. de Percy^, major général de l'armée, et M. de la Goste^, aidemajor du régiment de Leuville^, furent blessés très dangereusement.
Comme les fourrages manquoient, et que nous n'avions pas besoin de cavalerie, M. de Vendôme l'envoya cantonner. Il ne garda que trois compagnies de housards et six cents chevaux, qui se relevoient toutes les vingt-quatre heures^. Jusqu'au 16, il ne se
1. Ainsi dans le manuscrit. D'après les Mémoires militaires (t. IV, p. 285), on fit une batterie de dix pièces à la droite du retranchement, une de vingt pièces à gauche, et une de mortiers au centre.
2. Edme de la Courcelle, seigneur de Bailley et Percy, qui avait épousé Louise Le Prestre, cousine-germaine du maréchal de Vauban. « C'étoit un major d'infanterie, dit l'annotateur des Mémoires de Sourches (t. IX, p. 135), qui, depuis longtemps, faisoit la charge d'aide-major général sous d'Arène et avoit l'approbation de tout le monde : ce qui avoit obligé le duc de Vendôme à lui procurer l'emploi de major général lorsque d'Arène l'avoit quitté. »
3. Simon Frotier, seigneur de la Coste, qui mourut peu après de ses blessures.
4. Ce régiment, qui prit plus tard le nom de Béarn, était commandé depuis avril 1700 par Louis-Thomas du Bois de Fiennes, marquis de Leuville, qui parvint en 1731 au grade de lieutenant général.
5. Voyez, dans les pièces des Mémoires militaires (t. IV, p. 835), un état des quartiers de la cavalerie au 18 mars 1705.
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passa rien de considérable. Nos trois batteries commencèrent à faire grand bruit ce jour-là ; nous démontâmes plusieurs pièces de canon aux ennemis.
La nuit du 17 au 18, on fit une autre batterie, à quatre-vingts toises de la contrescarpe, de dix pièces de canon de vingt-quatre; elle fut achevée le 18. On ne se voyoit pas, ce même jour, par rapport à un grand brouillard. Toutes ces batteries battoient trois grandes redoutes, où il y avoit vingt pièces de canon qui nous incommodoient fort.
Depuis le 19 jusqu'au 221, le soldat ne fut employé qu'à réparer le désordre que la pluie continuelle avoit fait dans les tranchées.
Le 22, j'étois de tranchée : les ennemis sortirent au nombre de deux cents hommes; nous les fîmes disparoître dans le moment. On poussa la tranchée à six toises des palissades. Ce même jour, M. de Savoie partit de Crescentin avec toute sa cavalerie, qu'il fit distribuer dans ses places. Ce prince alla dans sa capitale; toute son infanterie resta à Crescentin, aux ordres de M. de Stahremberg.
Le 23, notre régiment décampa, pour aller couvrir le quartier général, qui étoit à Brusasco^, petit village éloigné d'une lieue de France de Verue. Les soldats se baraquèrent, et les officiers furent logés. Nous étions quatre capitaines dans une petite chambre basse, malsaine. Nous travaillâmes à amasser un peu de fourrage et beaucoup de bois. Au bout de quelque temps, le fourrage nous manquant, nous fûmes obligés d'envoyer tous nos chevaux à six lieues de nous. Ainsi, lorsque nous montions la tranchée (nous en