A l'ouest de Verue, sur la route de Chivas à Turin
62 MÉMOIRES [Dec. 1704]
étions éloignés d'une bonne lieue), ou lorsque nous montions la grande garde du camp, ou que nous faisions quelque autre détachement, nous étions obligés de marcher à pied, comme des chats maigres, dans la neige et dans la boue, souvent jusqu'aux genoux. Les vivres étoient à bon marché, ce qui nous consoloit de toutes nos fatigues, quoique privés de tout plaisir. Reprenons le fil de notre siège.
Depuis le 23 jusqu'au 8 de décembre il ne se passa rien de considérable ; ce temps fut employé pour nous rapprocher du chemin couvert.
Le chemin couvert de Verue emporté. — Le 8, tout étant prêt pour l'attaquer, il le fut à dix heures du matin, de vive force. Cent cinquante soldats ou grenadiers, aux ordres de M. le baron de Blagnac', colonel du régiment de Saluées, le défendoient. Tout fut sabré et le commandant pris. Notre perte ne monta qu'à cent vingt hommes, tant tués que blessés ; nous y eûmes un capitaine de notre régiment de tué. Le chemin couvert pris, on travailla sur-le-champ à y construire une batterie pour battre en brèche, et une autre pour tâcher de rompre le pont de communication de Verue à Crescentin.
Le 10, nous apprîmes par des déserteurs que le duc de Savoie étoit de retour à Crescentin.
La batterie de huit pièces de canon établie sur la contrescarpe étant prête, on commença le 1 6 à battre en brèche.
1. N. du Mont de Blagnac, d'une famille de Guyenne, était passé au service de Savoie ; il mourut peu après des blessures reçues dans cette affaire. [Gazette d'Amsterdam^ 1704, n° civ, et 1705, no ii.)
[Dec. 1704] DU CHEVALIER DE QUINCY. 63
La nuit suivante M. Filtz\ colonel de housards, marcha à la tête d'un détachement de deux cents hommes de son régiment pour enlever un régiment de cette nation ~ qui étoit à Santa- Maria, village de l'autre côté du Pô ; mais un de ses housards qui déserta lui fit manquer son projet^.
Le 1 8, nous eûmes deux pièces de canon enterrées, de la batterie de huit pièces, par une mine que les assiégés firent jouer.
Le 19, on remit en batterie les deux pièces, et on commença à en élever une autre. M. de Vendôme, qui étoit presque toujours dans la tranchée, ordonna qu'on fît un logement sur l'entonnoir qu'avoit fait la dernière mine que les ennemis avoient fait jouer.
Le 20, on fit jouer une mine à une heure après midi; une grande partie de la fausse braie^ en fut renversée.
Le 21, les ennemis firent jouer une fougade^, dont nous eûmes dix hommes d'enterrés. M. d'Aubarède^, lieutenant-colonel de la Sarre, le fut jusqu'au men-
1. « C'étoit le fils d'un suisse dont toute la famille étoit dans la compagnie des cent-suisses du Roi et les suisses du duc d'Orléans, les uns lieutenants, les autres exempts. » {Mémoires de Sourches, t. IX, p. 170, note.)
2. Ainsi dans le manuscrit. Sans doute un régiment de housards.