Régiment allemand au service d'Espagne
3. L'ancien régiment de Sault (ci-dessus, tome I, p. 241), levé en 1590 par le connétable de Lesdiguières.
4. François-Eléonor de Choiseul-Traves (1673-1718), colonel depuis 1702 d'un régiment de cavalerie légère; il avait épousé la sœur du maréchal de Villars.
5. Jean-Claude de Bullion, mestre de camp du régiment de Royal -Roussillon- cavalerie ; il sera blessé mortellement le 6 septembre 1706, à la déroute de Turin.
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Dreux, mon colonel. Après le souper, qui fut court, nous montâmes à cheval et nous nous rendîmes près de la redoute située près de la branche du Pô qui forme une île au-dessus de Verne. Notre brigade montoit toujours la grande garde dans cette redoute, qui protégeoit notre pont pour passer dans l'île.
A neuf heures du soir, les troupes qui dévoient attaquer la communication commencèrent à passer le pont dans un silence profond. Les officiers a voient ordre de ne point laisser écarter les soldats, afin d'empêcher qu'aucun ne désertât pour en avertir M. de Savoie. A mesure que les troupes avoient passé le pont, on les mettoit en bataille selon l'ordre qu'elles dévoient combattre. L'attaque devoit se faire à minuit.
Un peu auparavant l'heure marquée, elles s'avancèrent à la portée du fusil de la communication ; on faisoit si peu de bruit, que nous entendions sonner les heures à Grescentin. Un demi-quart d'heure avant qu'on s'ébranlât, nos grenadiers, qui avoient le ventre à terre, virent venir à eux une patrouille des ennemis qui, apparemment, battoit l'estrade ^ On la laissa passer, et ensuite nos grenadiers se levèrent, et ils l'enveloppèrent si bien, qu'aucun des soldats qui la composoient ne s'échappa : ce qui fut la cause que les ennemis furent surpris.
M. de Vendôme étoit à la tête, et il attendoit le signal, qui étoit de douze bombes qui dévoient s'élever ensemble et être tirées de la tranchée devant Verue. Dès qu'elles parurent, notre général fit mar-
1. Battre l'estrade, c'est envoyer des coureurs à la découverte pour avoir des nouvelles des ennemis. [Dictionnaire de Trévoux.)
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cher nos troupes si rapidement, qu'elles ne furent découvertes qu'à la portée du pistolet par une sentinelle, qui cria : Che wva^ Nos grenadiers se jettent promptement dans le fossé, coupent les palissades avec leurs haches, et ils montent sur les retranchements sans se servir des échelles qu'ils avoient apportées ; elles étoient trop courtes. Quoique les fortifications étoient très hautes, ils les descendent avec la même vitesse, et, à grands coups de sabre et à coups de hache, ils massacrent une grande partie des troupes qui défendoient ce poste. Nos grenadiers, qui avoient ordre d'attaquer les retranchements du côté du pont, après s'en être emparés, marchent au pont, qu'ils coupent. Ainsi, tout ce qui étoit en deçà fut tué ou pris. M. de Las Torrès n'arriva qu'à la fin de l'attaque. Ses troupes dévoient passer en bas du donjon de Verue; elles furent obligées de marcher dans l'eau jusqu'aux genoux : ce qui retarda leur marche.
Au commencement de l'attaque, on lança dans l'eau plusieurs petits bateaux, dans chacun desquels il y avoit une bombe. On mit le feu aux fusées auparavant de les lancer. Le courant de l'eau devoit les porter au pont; [ils dévoient] s'y arrêter par le moyen d'un bâton qu'on avoit fiché dans chaque petit bateau, et ensuite les bombes dévoient crever ; mais aucune ne réussit.
Quelque temps après que la communication fut emportée, nous vîmes paroître beaucoup de flambeaux et de lanternes qui sortoient de Grescentin ; mais la décharge de huit pièces de canon à mitraille, que M. de Vendôme avoit fait braquer sur le bord de la rivière de ce côté-là, les fit bientôt disparoître.
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C'étoient les régiments de Tarentaise et d'Aoste qui défendoient la communication. M. de la Tour de Villeneuve*, colonel du régiment de Tarentaise, qui y commandoit, fut fait prisonnier avec vingt-cinq officiers et environ deux cents hommes. On leur prit six drapeaux. Il yavoit toujours eu six bataillons, pendant tout le siège, baraqués dans ce poste important. Ce fut un bonheur pour nous que M. de Savoie en avoit retiré quatre; l'action auroit été des plus sérieuses. Nous eûmes très peu de monde de tué et de blessé, en tout une quarantaine, et un capitaine du régiment d'Auvergne de blessé^.
Pendant que nous agissions de notre côté, le comte de Médavy, lieutenant général de tranchée, fit marcher, aussitôt que les douze bombes furent tirées, deux compagnies de grenadiers, soutenues par deux bataillons, aux deux premières enceintes de la place. Nos grenadiers tuèrent environ une cinquantaine de soldats, et ils revinrent sur-le-champ dans l'endroit d'où ils étoient partis. Cette attaque n'étoit que pour faire une diversion.
La communication de Grescentin à Verue ayant été entièrement ôtée aux ennemis, l'attaque de cette dernière place ne devint alors qu'un siège à l'ordinaire. Nous aurions pu l'emporter d'assaut ; mais M. de Ven-
1. De la même famille que cet abbé, président et comte de la Tour, qui fut ambassadeur de Savoie à Londres et à Amsterdam et joua un rôle important dans les négociations de Ryswyk.
2. Voyez le récit de cette attaque dans les Mémoires de Sourches, t. IX, p. 191-192, celui qu'en donne le général Palet dans les Mémoires militaires, t. IV, p. 300-302, et V Histoire militaire de Quincy, t. IV, p. 393-394.
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dôme, qui savoit précisément les vivres qui y étoient, prit le parti, afin d'épargner le sang de ses soldats, d'attendre que la garnison qui y étoit enfermée, composée seulement de dix-sept cents hommes, se rendît d'elle-même faute de vivres. Ce général fit sommer, quelques jours après, le commandant de se rendre. Sa réponse fut qu'il ne comptoit d'être assiégé que depuis que la communication avoit été emportée; qu'il se défendroit jusqu'à la dernière extrémité, pour tâcher de mériter l'estime d'un si grand général, à moins qu'il ne lui vînt un ordre de S. A. R. de se rendre; qu'on pouvoit s'adresser à ce prince. Sa réponse faite, M. de Vendôme ordonna qu'on ne reçût aucun déserteur de la place et qu'on tirât sur tous ceux qui paroîtroient : ce qui fut exécuté de point en point.
Nous restâmes, le marquis de Dreux et moi, avec M. de Vendôme jusqu'au jour, que ce général se retira dans son quartier.
On fit dans la communication, qui étoit exposée au feu de Verue et de Grescentin, plusieurs épaulements, quelques batteries de canons et de mortiers, et plusieurs retranchements, afin d'être hors d'insulte de la garnison de Verue. On laissa dans cet ouvrage six compagnies de grenadiers et trois bataillons, aux ordres d'un brigadier. Les troupes et le brigadier étoient relevés toutes les vingt-quatre heures.
Le 6 mars, le régiment et celui de l'Ile-de-France furent commandés pour la garde de la communication, aux ordres du chevalier de Luxembourg. Ce poste étoit des plus dangereux : on y étoit exposé sans cesse aux boulets de canon, aux bombes et à la
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mousqueterie de Verue et de Grescentin. On étoit entre deux feux, et continuels ; mais ce qui nous désoloit le plus étoit la quantité de pierres dont les ennemis nous accabloient et de Verue et de Grescentin'.
Le chevalier de Luxembourg nous y donna un très grand dîner et un très grand souper. Auparavant le dîner, nous empêchâmes plusieurs fois le chevalier d'Esgrigny-, qui étoit, aussi bien que son frère aîné, capitaine dans le régiment, quoiqu'il n'avoit que quatorze ans (ils étoient fils de l'intendant de notre armée), nous l'empêchâmes, dis-je, d'aller faire le coup de fusil sur une batterie des ennemis qui étoit sur le bord du Pô, de l'autre côté de la rivière. Mais, malgré notre attention, le pauvre petit « Mangeur de pommes » (nous l'appelions ainsi) ne put point éviter sa fatale destinée : il n'eut pas plus tôt mangé un morceau, qu'il s'échappa sans qu'on s'en aperçût, et s'en alla faire le coup de fusil tout à découvert sur cette batterie. Un moment après, pendant que nous étions à table, on vint nous dire qu'il venoit d'être tué d'un boulet de canon dans l'estomac. Nous fûmes très touchés de la perte de ce jeune garçon, d'autant plus qu'il étoit un très bon sujet et qu'il promettoit beaucoup.
Autre malheur qui nous arriva pendant le dîner; dans ce diable de métier, l'on n'est point sûr de sa digestion. Nous nous étions mis à une petite table six capitaines, dont un de l'Ile-de-France. Pendant que