‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 40 sur 183 · Déjà dit ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Déjà dit ci-dessus, p

2. N. de Jouenne d'Esgrigny, dont les généalogies ne parlent pas. Il a été question de son père et de son frère aîné dans le tome I, p. 205 et suiv.

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nous exercions nos dents, un boulet, tiré de cette même batterie des ennemis qui étoit de l'autre côté du Pô, après avoir donné contre une palissade qui étoit auprès de nous, et après avoir effleuré le haut de la tête du capitaine de l'Ile-de-France, qui étoit assis entre La Bussière et moi, vint écraser la tête de Pascal, lieutenant au régiment, assis sur une banquette précisément derrière moi, dans le temps que je lui donnois une cuisse de chapon. Aventure triste, et d'autant plus triste que le capitaine de l'Ile-de- France resta, sans tomber, immobile pendant quelque temps, et ensuite, nous regardant les uns après les autres avec des yeux hagards, il s'écria plusieurs fois : « Eh ! Messieurs, rendez-moi ma pauvre tête, je « vous en prie. » Par bonheur, le chirurgien-major de son régiment, très habile dans sa profession, le trépana sur-le-champ, et ensuite il le fit transporter chez lui. Il fut guéri parfaitement bien, quoique le boulet l'avoit touché et lui avoit enlevé la peau de la tête. Quelque temps après ce malheur, car nous restions encore à table, une sentinelle cria : « Gare la bête ! » Le chevalier de Luxembourg ne se fut pas plus tôt levé d'im fauteuil de maroquin dans lequel il étoit assis, que la bombe tomba dessus le fauteuil, et elle le mit en mille pièces. La bombe, par bonheur, ne creva point : ainsi le chevalier et ceux qui étoient auprès de lui en furent quittes à bon marché. Nous eûmes bien du monde de tué et de blessé pendant nos vingtquatre heures. Un spectacle, cependant, nous réjouissoit beaucoup : c'étoit les courriers aériens qui alloient de Grescentin à Verue et de Verue à Grescentin. On faisoit un signal de l'endroit où une bombe devoit

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s'élever; dès qu'elle étoit tombée, deux soldats couroient après et ils l'apportoient aux officiers. Il n'y avoit que de la terre, et quelquefois du sel, et une lettre dedans. Ces Messieurs les courriers passoient au-dessus de nos tètes.

Le jour auparavant de notre garde dans la communication, le marquis d'Aix ' fut fait prisonnier en voulant se jeter dans Verue.

Aussitôt que M. de Vendôme fut maître de la communication, il songea et il travailla à faire abandonner Grescentin au Savoyard. Pour cet effet, il fit venir sa cavalerie à Morano, village près du Pô et de la Doire-Baltée^, et il fit construire un pont sur cette rivière près de Gabiano^, afin de resserrer davantage les ennemis dans Grescentin. Le duc de Savoie, pénétrant le dessein de notre général, songea tout de bon à abandonner un poste qu'il occupoit depuis si longtemps, et qui lui étoit inutile depuis que la communication lui avoit été emportée. Ainsi, après avoir fait défiler le 1 3 tous ses équipages, son artillerie et tous les chariots chargés de munitions de guerre et de bouche, le 14, deux heures avant le jour, ses troupes se mirent en marche pour aller du côté de Ghivas. Il fit l'arrière-garde avec le général Stahremberg, après avoir fait rompre des digues, afin de n'être pas suivi dans sa retraite.

1. Sigismond de Seyssel, lieutenant général et chevalier de l'Annonciade.

2. Il y a là une erreur : Morano est un village situé en effet non loin du Pô, mais entre Casai et Trino, par conséquent en aval de Verue, tandis que le confluent de la Doire-Baltée est en amont.

3. Gabiano est bien sur le Pô, à peu de distance de Morano; ci-dessus, p. 2.

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Notre pont près de Gabiano ne fut pas plus tôt achevé, que M. de Vendôme le passa à la tête de quatre cents grenadiers et de trois cents maîtres, et il se rendit du côté de Crescentin. Les bourgeois vinrent au-devant de lui, et ils lui apportèrent les clefs de la ville. M. de Vendôme y laissa les quatre cents grenadiers. On y trouva plusieurs bateaux que les ennemis avoient négligé de brûler auparavant de partir.

Le 15, on approcha le pont plus près de Verue. La fièvre me reprit encore dans ce temps-là. Pour faire ma cour à M. de Vendôme, j'envoyai chercher son chirurgien-barbier, à qui il avoit une grande confiance, quoique très ignorant. Cependant il ne laissa pas de me tirer d'affaire moyennant une saignée, une médecine, et du quinquina qu'il me fit prendre.

Le 16, le chevalier de Moyenne ville, premier capitaine du régiment, avec qui je faisois ordinaire \ abandonna le régiment, malgré tout ce que je pus faire pour l'empêcher de faire cette folie. M. de Bar, lieutenant-colonel et brigadier des armées du Roi, ayant quitté le régiment, M. de Barette, qui en étoit major, eut sa place. Ainsi, la majorité, naturellement, devoit tomber sur mon camarade ; mais le marquis de Dreux y nomma le premier aide-major^, qui étoit moins ancien que lui ; ce qui piqua si vivement le chevalier de Moyenne ville, qu'il se retira chez lui.

Le 17, on prit un espion qui sortoit de Verue. On sut qu'il étoit caporal et qu'il avoit porté une lettre du duc de Savoie au commandant, afin qu'il sortît à

1. L'ordinaire, c'est la dépense que l'on fait chaque jour pour sa table. [Dictionnaire de Trévoux.)

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