Village entre Gavardo et Salo
3. Lettre du Grand Prieur, 24 mai. [Mémoires de Sourches, p. 260-2G1.)
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manœuvres pensèrent nous faire perdre le Milanois.
Le Grand Prieur voulant resserrer davantage les ennemis dans leurs fourrages, il fit faire un petit pont de bateaux sur la Chiese, dont il fit retrancher la tête. Il fit aussi faire un retranchement entre la Chiese et un navile qui va se jeter dans cette petite rivière à Gavardo^, et il fit occuper une cassine, nommée la Bouline, au delà du navile, par quatre compagnies de grenadiers aux ordres de M. de Narbonne^, lieutenantcolonel du régiment de Mirabeau^, lesquelles étoient soutenues par quatre autres et par cent cinquante fusiliers commandés par le chevalier du Metz*, colonel de Vexin^. Trois autres compagnies de grenadiers gardoient le retranchement^.
Attaque de la cassine de la Bouline. — Le 31 mai, nous promenant à la tête du camp, il faisoit le plus beau temps du monde, nous entendîmes un grand feu de mousqueterie et de canon du côté de cette
1. Ce navile porte le nom de naviglio di Gavardo et se dirige vers Brescia.
2. Le manuscrit porte Nargonne par erreur; les Mémoires militaires et V Histoire de V infanterie du général Susane donnent le véritable nom. — Louis-Benoît de Narbonne, de la branche de Talairan, fut fait chevalier de Saint-Louis en 1706, à la suite de sa belle défense de Reggio.
3. Ce régiment, créé en 1674 par le maréchal d'Albret, avait été donné en avril 1697 à Jean-Antoine Riquetti, marquis de Mirabeau.
4. Jacques Berbier du Metz, fils du garde du Trésor royal, resta colonel du régiment de Vexin de 1703 à 1722.
5. Régiment créé en 1684, et qui fut incorporé en 1749 dans celui de Vermandois.
6. Mémoires de Sourches, t. IX, p. 266, lettre du Grand Prieur.
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cassine; il étoit environ onze heures du soir. Nous ne doutâmes point que le prince Eugène, connoissant l'importance de ce poste, qui n'étoit qu'à six cents pas de son aile droite, et que rien ne séparoit, ne le fît attaquer. Toute l'armée prit les armes; le feu continua jusqu'à une heure avant le jour. Au grand jour, nous apprîmes que les Impériaux étoient venus au nombre de trois mille hommes d'infanterie, dont la plus grande partie étoit grenadiers, et cinq cents chevaux, soutenus par quatre bataillons, avec trois pièces de canon, attaquer la cassine, et le tout aux ordres du prince Alexandre de Wurtemberg^; qu'ils s'emparèrent d'abord de la cour et de tous les bâtiments, à l'exception du haut du colombier, que M. de Narbonne^ et M. de la Tour, capitaine des grenadiers du régiment de la Vieille-Marine, défendirent avec une si grande fermeté, qu'ils s'y soutinrent, et qu'ils donnèrent le temps au régiment de la Vieille-Marine, à quelques compagnies de grenadiers et à un détachement de dragons de venir à leur secours. Alors le feu redoubla. Enfin les ennemis, après plusieurs attaques, furent obligés de se retirer, en laissant un nombre infini de leurs soldats sur la place. Cette action a été une des plus vives de la campagne, et elle fit beaucoup d'honneur aux François et aux Alle-
1. Charles-Alexandre (1684-1737) devint général de l'artillerie impériale en 1708; c'est lui qui défendra Landau en 1713, lorsque les Français s'en empareront. Nous le verrons blessé à Cassano assez grièvement pour que notre auteur l'ait cru mort, de même que Dangeau (t. X, p. 411) et Sourches (t. IX, p. 354).