‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 58 sur 183 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

118 MÉMOIRES [Août 1705J

« travailler pour rien! » Je leur demandai ce qu'ils vouloient dire : « Monsieur, me répondirent-ils, les « coquins Impériaux ont levé leur pont; ils ont dé- « campé cette nuit. » Je courus vite pour en savoir des nouvelles. Je trouvai M. de Golmenero, lieutenant général des troupes d'Espagne, que M. de Vendôme avoit laissé pour nous commander et pour l'instruire de tout ce qui se passeroit au Paradiso. Aussitôt qu'il me vit, il me dit : « Monsieur, je suis bien malheu- « reux ! J'ai envoyé au commencement de la nuit mon « aide de camp du côté du pont des ennemis, afin a qu'il vînt m'avertir de tout ce qu'ils feroient, et qu'il « fût très alerte sur tous leurs mouvements. C'est le a. jour qui m'a fait apercevoir que leur pont étoit « levé. Je viens d'envoyer un courrier à M. de Ven- « dôme pour l'informer de ce qui venoit de se pas- « ser. » Dans le temps qu'il me tenoit ce discours arrive un aide de camp de ce prince, par lequel il lui mandoit qu'il étoit surpris de n'avoir pas eu de ses nouvelles, d'autant plus qu'il avoit été informé, il y avoit bien deux heures, que le prince avoit levé son pont à l'entrée de la nuit dernière ; qu'il lui ordonnoit de faire marcher aussitôt les quinze bataillons, le régiment de dragons et celui de cavalerie à Gassano, et de laisser notre régiment et celui de l'Ile-de-France au Paradiso jusqu'à midi, afin de faire l'arrière-garde. Nous étions destinés, le régiment de l'Ile-de-France et le nôtre, pour rester à Gassano, encore aux ordres du marquis de Broglie. Ge coquin de Golmenero nous trahissoit^ ; il étoit l'espion du duc de Savoie et du

Page 1