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droite étoit appuyée au bois de Santa-Maria, et la gauche à Palani, ayant un ruisseau devant son front et l'Adda derrière elle. Par cette situation, nous étions toujours en état d'empêcher le passage de cette rivière au prince Eugène, et nous couvrions le Mantouan et le Grémonois.
Le soir, nous entendîmes un grand bruit de canon et de mousqueterie, qui venoit du côté de l'armée impériale. Le lendemain, nous fûmes bien étonnés d'apprendre que les ennemis avoient fait cette réjouissance à l'occasion de la prétendue victoire qu'ils avoient remportée. Ceci nous apprend que les Gascons sont de toutes les nations. Le prince Eugène vient pour nous attaquer et pour s'emparer de notre pont; il est repoussé de tous les côtés, il abandonne le champ de bataille pour se retirer à trois milles de l'endroit où s'est donné le combat, nous couchons sur ledit champ de bataille, et nous y serions restés sans la puanteur des corps morts qui commençoit à se faire sentir; y a-t-il un homme au monde qui puisse dire que ce prince ait gagné cette victoire? Cependant il ne fut pas le seul qui voulut se l'attribuer : l'on en fit des réjouissances à Londres, à la Haye, à Vienne et dans presque toutes les villes de nos ennemis, et cela pour en imposer au pauvre peuple, afin de le sucer jusqu'aux os^
1. On peut voir à ce sujet la Gazette d'Amsterdam, n"^ lxx à Lxxiii, et les Extraordinaires lxxiv, lxxvi et lxxx ; la Gazette de Leyde, n° 68, etc. La Gazette de France (p. 442 et 469) releva ces prétentions des ennemis. Voici un passage de la lettre que le prince Eugène adressa le 17 août à Marlborough : « Au premier jour, je ferai chanter le Te Deum pour
138 MÉMOIRES [Sept. 1705]
Au bout de huit jours, comme je l'ai fait remarquer ci-dessus, pendant que nous examinions le terrain où s'étoit donné le combat, nous vîmes un spectacle qui nous fit bien de la peine. Un officier qui nous a voit suivi, allant faire boire son cheval dans l'Adda, aperçut un cadavre qui respiroit encore. Cependant il y avoit huit jours que l'action s'étoit donnée. Il avoit un coup de fusil dans la cuisse ; sa blessure étoit remplie de vers; il étoit étendu dans des broussailles le long de l'Adda. Apparemment que ce pauvre malheureux s'étoit nourri de l'eau qu'il prenoit avec sa main dans cette rivière ; personne certainement ne lui apportoit à manger. Nous lui fîmes avaler un peu de vin; il vécut encore une heure après. Quelle pénitence, s'il a offert ses maux et ses douleurs à Dieu !
Nous étions campés à Rivolta-Sicca^ dans un terrain si malsain, que la plus grande partie des officiers de notre régiment tomba malade : je marchois, par mon rang, à la tète des grenadiers, quoique je fusse des derniers capitaines.
Ce fut dans ce camp que j'écrivis à M""^ Ghamillart, qui est de mes parentes, pour avoir un régiment de ceux qui avoient été tués au combat. J'en reçus une lettre des plus obligeantes : elle me mandoit
remercier le bon Dieu de cet heureux succès, qui est d'autant plus remarquable que toute l'armée ennemie étoit au combat, ce que je n'avois pas su auparavant, et, en voyant le terrain où les ennemis ont été battus, la chose paroît presque impossible par rapport à la situation très avantageuse dans laquelle ils étoient postés. » [Gazette cf Amsterdam, n° lxx.)
1. C'est la même localité que Rivolta-d'Adda : ci-dessus, p. 123.
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qu'elle n'avoit pu réussir, mais que, dans la suite, je serois content; que M. de Gharnillart étoit très disposé à me faire plaisir.
Le prince Eugène, malgré toutes les troupes de renfort qui lui étoient arrivées, ne put réussir dans plusieurs tentatives qu'il fit pour passer l'Adda, par les bons ordres, les belles dispositions et la vigilance de M. de Vendôme. A l'exception de Castelleone\ dont il s'empara (nous y avions beaucoup de sacs de farine), il ne put réussir dans aucune de ses entreprises. Nous restâmes à Rivolta-Sicca jusqu'au 1 1 d'octobre. M. de Vendôme, ayant appris le 10 de ce mois que les Impériaux avoient décampé de Treviglio, la nuit du 9 au 1 0, pour aller à Garavaggio-, resta dans ce camp encore vingt-quatre heures, afin de savoir précisément le parti que prendroit le prince Eugène, pour ne point donner dans un torquet^. Étant donc ensuite instruit de son véritable dessein, il nous fit décamper le 1 1 pour aller à Palazzolo, qui est à sept milles de Rivolta. Le lendemain \%, nous fûmes camper à Tormo^. Ce même jour, les ennemis furent à Moscazano^ : ainsi nous n'étions qu'à une lieue les uns des autres.
Belle marche du duc de Vendôme. — Le 13, toute