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Village au sud de cette dernière ville

140 MÉMOIRES [Oct. 1705J

l'armée travailla à se retrancher. A l'entrée de la nuit, nous reçûmes ordre qu'aussitôt la retraite battue l'on décamperoit : ce qui s'exécuta promptement et sans bruit. Afin d'empêcher les Impériaux de savoir notre mouvement, M. de Vendôme avoit ordonné à M. de Courtade, colonel de cavalerie \ de rester dans notre camp avec quatre cents chevaux et avec les grandes gardes ordinaires de la cavalerie, et de faire allumer des feux à la tète du camp, le long des deux lignes. On lui laissa un tambour par bataillon pour battre la diane.

Le 14, à la petite pointe du jour, il vint un trompette du prince Eugène. On le mena à M. de Courtade, qui le fit garder très soigneusement. Ce colonel resta jusqu'à huit heures du matin dans ce poste; il vint joindre l'armée à Lodi, où elle passa l'Adda. Nous fîmes une si grande diligence, que, le lendemain 14, nous repassâmes à dix heures du matin cette rivière sur le pont de Pizzighettone, et que nous arrivâmes, malgré une pluie continuelle et épouvantable, d'assez bonne heure à Formigara, village à une lieuede cette dernière ville, et sur la rive gauche du Serio^, petite rivière qui se jette dans l'Adda un peu au-dessus de Pizzighettone^. Ainsi, en moins de dix heures, nous fîmes trente

1. Jean de Courtade, d'une famille de Gascogne, était, depuis 1693, lieutenant-colonel du régiment de Melun; il fut fait brigadier en mars 1706 et maréchal de camp en 1718; il mourut en 1721.

2. Non pas sur le Serio, mais à une petite distance de l'Adda.

3. Cette rivière se divise au-dessous de Crème en deux branches, dont l'une, le Serio-Morto (ci-dessus, p. 139, note 1), se jette dans l'Adda, près de Pizzighettone, et l'autre à quelque distance en amont.

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milles. Mes gens m'avoient fort bien logé. Un officier irlandois me pria instamment de mettre son portemanteau à couvert; je lui permis avec plaisir. Un moment après : « Souffrez, me dit-il, que j'y mette « aussi ma valise. » — « Vous en êtes le maître, « Monsieur, lui répondis-je. » Insensiblement, à force de prières, il mit dans ma chambre tout son bagage et son lit. Malgré le plaisir que je lui faisois, car la pluie tomboit comme un torrent, il eut l'indiscrétion de vouloir aussi introduire deux de ses camarades. Je me fâchai à la fin, et j'ordonnai à mes valets de mettre tout son bagage dehors. Lorsqu'il vit que je le prenois au sérieux, il me demanda excuse. Je crois que, si je ne m'étois pas pris de cette manière, il auroit fait venir tous les officiers de son régiment, et il m'auroit à la fin chassé de ma chambre.

Le 15, l'armée marcha à Gombito^ presque visà-vis de Montodine-, où étoit le quartier général du prince Eugène. M. de Vendôme marchoit à la tête avec tous les grenadiers et les piquets de chaque bataillon.

Action de Montodine. — Le lendemain 16, ayant appris que les ennemis occupoient, par un corps de deux mille hommes, la partie du village de Montodine qui est en deçà de la petite rivière du Serio, il les fit attaquer promptement par les grenadiers et les piquets. Après un peu de résistance, nous les fîmes abandonner le terrain, et nous leur fîmes repasser le Serio un peu plus vite qu'ils ne le vouloient. Le prince Eugène y étoit présent, qui s'hasardoit infiniment. Je le

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