‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 79 sur 183 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

3. VHistoire militaire de Quincy (t. V, p. 81) raconte les divers stratagèmes employés par Vendôme pour faire croire aux ennemis que sa santé et le manque d'approvisionnements l'empêchaient d'entrer tout de suite en campagne.

164 MÉMOIRES [Avril 1706]

d'hiver qu'ils prirent à la fin de la campagne dernière^ . Nous arrivâmes à huit heures, c'est-à-dire la tête de l'armée, à un quart de lieue de Galcinato. Gomme il faisoit un beau soleil, nous aperçûmes l'infanterie des ennemis, qui n'a voit rien su de notre marche, qui se mettoit en bataille précipitamment sur la hauteur qui est à côté de Galcinato. Nous restâmes un quart d'heure à faire halte; nous en profitâmes pour déjeuner. Le projet de M. de Vendôme avoit été d'abord d'attendre que toute son armée fût arrivée pour attaquer les ennemis ; mais, jugeant, par les mouvements qu'ils faisoient, qu'ils avoient été surpris, il fit marcher sans perdre de temps trente-quatre bataillons qui étoient arrivés, pour charger les Impériaux. Notre régiment, qui étoit de la brigade de la Vieille-Marine, étoit de ces bataillons^. M. de Montgon, lieutenant général, remontra à M. de Vendôme qu'il étoit plus prudent d'attendre que le reste de son armée fût arrivé pour combattre les ennemis. « Eh bien ! Monsieur, lui « répliqua le prince, allez le chercher, et, auparavant « qu'il soit arrivé, et vous, j'aurai battu les ennemis; » ce qui arriva effectivement.

Il est nécessaire de parler ici, premièrement, de la situation où les ennemis nous attendirent, et ensuite de leur disposition.

Galcinato est un bourg qui appartient aux Vénitiens et qui est situé au bas d'une petite montagne, sur laquelle il y a un château assez bien fortifié. La rivière

1, Ci-dessus, p. 151.

2. Cette brigade était formée de trois bataillons de la Marine, d'un de Béarn et de deux de Bourgogne, sous le commandement du comte du Bourk (ci-après, p. 166).

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de la Chiese passe derrière ce château ; il y avoit un pont au-dessous et un autre à San-Marco^ Les Allemands étoient maîtres seulement du bourg, où ils avoient fait un chemin couvert bien palissade. A l'égard du château, il y avoit environ cent cinquante soldats vénitiens en garnison. Entre Calcinato et la montagne où l'infanterie des ennemis s'étoit rangée en bataille, il y avoit un ravin assez profond; à la gauche de l'infanterie allemande, une plaine, où M. de Falkenstein^, qui commandoit la cavalerie allemande, la fit mettre en bataille, sur la même Hgne à peu près que son infanterie.

Après que nous eûmes passé un petit ruisseau, nous ne perdîmes pas de temps à nous former sur deux lignes, et sur-le-champ nous grimpâmes la montagne, non sans quelque difficulté, car il y avoit des endroits fort escarpés. Ce qu'il y a de surprenant est que le régiment du Colonel général^ marchoit sur notre droite et à la même hauteur que nous, et qu'il chargea en même temps les Impériaux, qui nous attendirent à la portée du pistolet pour faire leur décharge. Comme nous avions ordonné à nos soldats de ne point tirer, ils en eurent ensuite bon marché ; car ils entrèrent la baïonnette au bout du fusil dans leurs bataillons, qui furent bientôt renversés et poursuivis vivement du haut de la montagne jusqu'en bas. Il ne faut pas s'étonner s'il

1. Ponte-San-Marco, à quelque distance au nord de Calcinato, à l'endroit où la route de Brescia à Vérone traverse la Chiese.

2. Sans doute Jean-Léopold-Donat de Trautson, comte de Falkenstein, qui était grand chambellan de l'Empereur.

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