‹ Memoires du chevalier de QuincyChapitre 84 sur 183 · Fénelon [Correspondance , t. I, p. 504) représente Alber · texte numérisé non relu

Fénelon [Correspondance , t. I, p. 504) représente Alber

[Avril 1706J DU CHEVALIER DE QUINCY. 175

détachement de toutes les compagnies de grenadiers des vingt-deux bataillons qui étoient à ses ordres et de tous les piquets, auxquels il mit doubles officiers, pour partir à l'entrée de la nuit, afin que, à la petite pointe du jour, nous puissions nous emparer du poste de la Ferrare. J'étois de ce détachement. Nous marchâmes et nous montâmes, pendant toute la nuit, par un chemin fort étroit et fort escarpé. Comme le jour commençoit à paroitre, nous aperçûmes deux bataillons ennemis à deux cents pas de nous. Ces deux bataillons étoient du régiment d'Harrach; le comte d'Harrach^, qui en étoit colonel, le commandoit. Ses mouvements furent si beaux, qu'il en imposa à M. d'Albergotti. A mesure que nous avancions pour l'attaquer, il se retiroit lentement, et de temps en temps il faisoit faire halte à ses deux bataillons et demi-tour à droite, comme si son dessein étoit de nous attendre, ce qui nous faisoit marcher avec plus de précaution et retardoit notre marche. Aussitôt que ces deux bataillons furent proches d'un ravin, ils se précipitèrent du haut en bas, toujours en bataille, et ils grimpèrent la montagne de la Ferrare, qui étoit à l'opposite de celle qu'ils venoient d'abandonner, et, lorsqu'ils furent à demi-côte, ils firent demi-tour à droite, et ils se mirent en bataille comme s'ils vouloient nous attendre de pied ferme dans cette situation. Nous les suivions assez vivement, la baïonnette au bout du fusil, et nous

gotti comme « ambigu dans ses conseils et dans ses ordres, quelquefois extraordinaire dans ses projets. » Au contraire, Saint-Simon ne parle que de sa valeur et de ses « grands talents pour la guerre. »

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commencions, après avoir passé le ravin, à monter la montagne où ils nous attendoient, pour les attaquer : nous fûmes bien surpris de l'ordre de notre pauvre général, qui, craignant apparemment d'essuyer la même disgrâce qu'il avoit eue en deçà de Salo*, nous fît faire halte, demi-tour à droite, et nous fit remonter cette montagne que nous venions de descendre. Dès que nous eûmes gagné le haut, il nous fit travailler à nous retrancher, et sans savoir quel parti il prendroit, et dans une irrésolution extraordinaire. Tantôt il vouloit nous faire marcher aux ennemis, et tantôt il prenoit le parti contraire. Nous entendions qu'il disoit et qu'il répétoit souvent : « Mais il n'y a que ces deux « bataillons! » Enfin il envoya un aide de camp à Cavaione, où nos bataillons étoient restés, pour donner ordre à autant de piquets que nous étions de nous venir joindre. Les deux bataillons impériaux, charmés de notre belle manœuvre, gagnèrent à leur aise le sommet de la montagne de la Ferrare, et, pour en imposer davantage à notre Pantalon, ils jouoient la navette pour lui faire croire qu'il leur arrivoit beaucoup de bataillons. Ce ne fut que le soir qu'il leur en arriva huit, comme nous l'apprîmes le soir même de plusieurs déserteurs. Le renfort des piquets, qui nous arriva sur les deux heures après-dîné, ne nous donna pas plus d'hardiesse pour marcher aux ennemis : nous restâmes tout le reste du jour à nous regarder, les Impériaux et nous. Pour surcroît de bonheur, la pluie nous prit à dix heures du matin, et elle ne nous quitta point qu'après notre retour dans notre camp.

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