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et autres munitions de guerre et de bouche), à l'exception de deux cent cinquante mulets, qui se sauvèrent dans nos lignes avec la tête des troupes qui escortoient ce convoi, et qui nous apportèrent la nouvelle de cette belle défaite. Mauvais présage de ce qui devoit nous arriver !
Je fais une réflexion. Presque toutes les grandes batailles perdues ont été précédées par une autre défaite : la bataille de Turin par la prise de notre convoi, celle d'Hochstedt par le combat de Donauwerth, celle de Malplaquet par la défaite d'un gros corps de notre cavalerie dont tous les cavaliers furent tués ou pris : il alloit pour reconnoître l'armée ennemie ; cette action arriva trois jours auparavant de la bataille de Malplaquet. La veille de la bataille de Fleurus, la gendarmerie battit un corps de cavalerie ennemie qui étoit le double de notre gendarmerie. Le gain de la bataille de Luzzara, quoique le prince Eugène nous dispute sans raison cette victoire, fut précédé par la défaite entière de trois mille chevaux commandés par le général Visconti, à Santa-Vittoria, sur le Crostolo. Le combat de Gassano le fut par l'affaire du Paradiso, où nous empêchâmes le prince Eugène de passer l'Adda ; la bataille de Villaviciosa par le combat de Brihuega, et tant d'autres.
N'est-il pas bien extraordinaire que nos généraux, qui dévoient être informés de la marche des ennemis du côté de Pianezza, et sachant que ce convoi devoit y passer, n'envoyassent pas un ordre pour le faire retourner à Suse, ou qu'ils ne marchassent avec toute notre armée pour aller au-devant? Mais ce n'est pas encore leur plus grande faute, comme l'on verra dans II 13
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la suite : premièrement, par l'opiniâtreté du maréchal de Marcin à vouloir attendre les ennemis dans ses lignes, malgré le sentiment du duc d'Orléans, qui vouloit en sortir pour leur livrer bataille dans la plaine de Millefleurs ; nos troupes rassemblées, nous étions une fois plus fort qu'eux'^, et une partie de ces troupes venoient de Lombardie, qui a voient acquis une réputation des plus grandes : elles avoient toujours battu les Impériaux sous les ordres de M. de Vendôme; secondement, par le parti que nous prîmes après la bataille de nous retirer à Pignerol sans aucune nécessité, au lieu de passer le Pô et de nous retirer du côté d'Alexandrie, comme il avoit été d'abord résolu. Ce funeste parti nous fit perdre entièrement l'Italie.
Le 6, l'armée des ennemis passa la Doire sur plusieurs ponts, toujours en nous prêtant le flanc. Elle campa, sa droite appuyée au bourg de Pianezza et sa gauche à la Vénerie, qui est, comme tout le monde sait, le Versailles du duc de Savoie^, où ce prince et le prince Eugène firent leur quartier général. La Vénerie est située près de la Sture : ainsi l'armée occupoit tout le terrain qui est entre cette dernière rivière et la Doire, ce qui fait environ une lieue.
Comme M. de Savoie étoit bien informé de la négligence que nous avions eue de ne faire aucune ligne de circonvallation entre ces deux rivières, il avoit pris le dessein avec le prince Eugène, depuis quelques
1. D'après la Gazette d'Amsterdam, n°* lxxiv et lxxvii, l'armée impériale était forte de trente-six mille hommes, et celle des Français comptait trente-quatre mille fantassins et treize mille cavaliers.