Anne d'Osmont : ci-dessus, p
2. Georpes-Gaspard de Conlades (1666-1735) avait cnmmonry; par servir au\ gardes françaises et en devint major en 1706. De 1706 à 1712, il ût, chaque campagne, les fonctions de major général de l'armée de Flandre, et s'y distingua. Il parvint en 1720 au grade de lieutenant général.
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de camp pour savoir si les dames prenoienl beaucoup de plaisir à cette comédie. La marquise d'Havrincourt, qui ignoroit que cette farce devoit être pour elle une véritable tragédie, prioit les personnes que notre général envoyoit de le bien remercier de sa galanterie, de ses politesses et de son attention. Mais on doit s'imaginer dans quel chagrin et dans quel désespoir cette dame fut plongée, lorsqu'elle apprit que c'étoit à ses dépens. Il fallut cependant avaler cette pilule, quoique très amère, et passer cette triste scène sous silence, de peur que, dans la suite, elle n'en essuyât d'autres. Cet exemple nous apprend que les plaintes que l'on fait à la cour ont souvent des suites des plus fâcheuses. M. et M""^ d'Havrincourt perdirent dans un moment pour plus de quinze mille francs.
Il me dit, quelques années après, que ceci l'avoit bien corrigé, et qu'il s'étoit pris d'une autre manière pour sauver ses bois. « Étant allé un jour, poursuivit-il, « pour faire ma cour au maréchal de Villars, dès « qu'il me vit, il s'approcha de moi : « Monsieur, me « dit-il, j'en suis bien fâché; jusqu'à ce moment, j'ai « fait conserver vos bois le mieux qu'il m'a été pos- « sible; mais l'armée en manque entièrement : aussi « je ne puis empêcher dorénavant qu'on en prenne « dans vos forêts. » Le fin Artésien ne répliqua pas un mot à M. de Villars; mais, sur-le-champ, s'étant rendu à son château, qui n'étoit éloigné que d'une heue de l'armée, il monte dans sa chaise de poste, et, sans s'arrêter un seul moment, il se rend à Versailles en poste, n'étant suivi d'aucun de ses domestiques. Il y arriva le lendemain à dix heures du matin. Il apprit que M™^ de Maintenon étoit à Saint-Gyr. 11 remonte en
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chaise, et il arrive clans la cour de cette maison dans le moment même que M™*^^ de Mainleiion en sortoit. H lui dit, le visage consterné : a Madame, si vous ne m'ac- « cordez votre protection, M"'" dUavrincourt est rui- « née! » Ensuite, il lui répéta le discours de M. de Villars. « Monsieur, rassurez- vous, lui répondit « M""® de Maintenon ; aussitôt que je serai arrivée à « Versailles, j'écrirai à Monsieur le maréchal. » — a Eh! mon Dieu, Madame, lui répliqua-t-il, si vous « aviez la bonté de lui écrire dans le moment ; le « temps presse; je lui porterois moi-même la lettre, a Voici du papier, de l'encre, une plume et de la cire. » Le rusé Artésien s'étoit muni de tout, jusqu'à un cachet. M""" de Maintenon ayant écrit la lettre et l'ayant cachetée, il part promptement pour Gambray, où étant arrivé, il pria le directeur de la poste de mettre son empreinte sur la lettre et la faire rendre aussitôt à M. de Villars. Cette cérémonie faite, il se rend à son château, et, après avoir changé de linge et de perruque, il va à Noyelle. Personne ne savoit le voyage qu'il venoit de faire. Dès que le maréchal l'aperçut, il s'en approcha, et, en lui adressant la parole : « Monsieur, lui dit-il, toujours des recom- « mandations! Toujours des recommandations! Ce sont < des ordres pour moi. L'armée en souffrira; mais il « faut obéir. » M. de Villars fit défendre de ne point toucher absolument aux bois d'Ilavrincourt. Ainsi, cette petite fatigue sauva pour toujours ses bois. Le plus lin et le plus rusé habitant près de la Garonne auroit-il mieux agi pour ses intérêts? Après ce détail, il me dit que M"" d'Ilavrincourt ne lui avoit pas ajiporlé un sol en mariage, excepté le don de la mai-
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son de Saint-Gyr', mais qu'elle lui avoit valu plus de cinq cent mille francs, par rapport aux ordres qui avoient été donnés pour la conservation et de ses bois et de ses blés, qu'il vendoit pendant tout le cours de la guerre tout ce qu'il vouloit. C'est assez parler de M. d'Havrincourt ; retournons à notre armée.
Pendant que nous étions dans une tranquillité et une oisiveté insupportables pour de vrais militaires, le prince Eugène poussoit le siège du Quesnoy avec toute la vigueur possible. Il avoit une nombreuse artillerie, avec laquelle il mettoit en poussière cette place : ainsi les défenses furent bientôt ruinées. Ce prince, ayant fait tout préparer pour l'attaque du chemin couvert, le fit attaquer le 1®"^ juillet, à huit heures du soir, du côté de l'attaque de la porte de la Forêt, et, après une grande résistance des assiégés, il s'en empara. Les ennemis y perdirent bien du mondée
Prise du Quesnoy. — Le 3, M. de la Badie fit battre la chamade. Il craignoit avec raison que sa place ne fût emportée d'assaut : elle étoit ouverte de tous côtés. Les ennemis ne voulurent lui accorder aucune capitulation qu'il ne se rendit lui et sa garni-
1. Ce n'était pas exact; car le Roi avait donné à M"^ d'Osmont cent mille livres en rentes sur l'hôtel de ville et l'autorisation à M. d'Havrincourt d'acheter pour vingt-cinq mille écus le gouvernement d'Hesdin, qui rapportait douze mille livres [Saint-Simon, éd. Boislisle, t. XII, p. 423).
2. Mémoires militaires, p. 55; Histoire militaire, p. 48 et 49. Il y a un journal du siège dans la Gazette d'Amsterdam, n'^^ l et LH-Liv, d'après les lettres du camp des assiégeants. Un autre journal, tenu par les assiégés, a été publié dans les Mémoires militaires, p. 483-486, et un plan de la place se trouve dans l'atlas de ce dernier ouvrage.
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son prisonniers de guerre : à quoi M. de la Badie ne voulant consentir, le feu recommença de part et d'autre jus(|u'au lendemain 4, sur les dix heures du matin, qu'il se rendit aux mêmes conditions qui lui avoient été proposées la veille. Cependant on accorda aux otficiers, et aux soldats mômes, de garder leurs épées. Cette ville se rendit après seize jours de tranchée ouverte. La garnison en sortit le 6, et elle fut conduite en Hollande^.
Les ennemis de M. de la Badie écrivirent à la cour si malignement contre cette capitulation et contre la défense qu'il avoit faite, que le Roi le fit mettre à la Bastille-, quoique, selon ce que j'ai entendu dire par des officiers de la garnison qui étoient bien au fait de la défense des places, ce commandant avoit fait tout ce qui convenoit pour bien se défendre, mais que la nombreuse artillerie des alliés avoit si fort ouvert sa place, i|u'il avoit été contraint de se soumettre aux conditions des alliés. Le Roi, qui, dans la suite, fut bien informé des particularités de la défense de cette place, lui rendit la justice qui lui étoit due, et il le fit sortir de la Bastille. Dans le métier de la guerre, comme dans les autres états, la jalousie et l'envie n'y régnent que trop. M. d'Ivoy^, officier général de
1 . Le texte de la capitulation est dans les Mémoires militaires, p. 480-483; voyez aussi le n° lv de la Gazette d'Amsterdam.
2. (' Le 12 juillet, on apprit que le Koi avoil fait mettre à la Bastille La Badie, qui comiuandoit dans le Quesno} , et qu'on vouloit en faire un exemple » [Sourches, t. XIII, p. 445).
3. M. d'Ivoy «ju d'Yvoy, fils d'un protestant français et n<^ à Genève, était f,'énéral major dans l'armée iiiqx'-riale; c'était d'ailleurs un lioinme estimé el un l)i>n in^'énieur [ibideiii, p. 497).
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réputation, fut mis dans cette place par les Hollandois, pour y commander.
Le comte de Broglie fait prisonnier M. de Saint- Amour. — Le comte de Broglie, qui a voit son camp volant à Monchy-le-Preux, faisoit de temps en temps des fourrages au delà de la Scarpe. M. de Saint- Amour, fameux partisan de l'armée ennemie^, en ayant été informé, prit ses mesures pour être averti du jour, afin de pouvoir tomber sur lui. Il se servoit d'un espion qui, malheureusement pour lui, le trompoit. Apparemment que le comte de Broglie le payoit mieux que lui. Ces sortes de personnes sont à craindre ; on doit toujours s'en méfier. Cet espion rapporta au général françois ce que M. de Saint-Amour lui avoit dit. Il chargea cet homme de lui dire qu'il feroit sûrement un fourrage le 7. M. de Saint-Amour, étant assuré du jour, s'embusque, lui et son détachement composé de huit cents chevaux, une heure avant le jour, près de l'endroit où M. de Broglie devoit faire son fourrage. Au soleil levant, il voit venir l'escorte, ensuite les fourrageurs, qui paroissoient n'être armés que de leurs faux. Ils avoient leur bonnet sur leur tête et vêtus seulement de leurs buffles^. Il laisse faire la chaîne du fourrage, et ensuite, ayant partagé son détachement en seize troupes, il marche à celles qui la composoient; mais quelle fut sa surprise dès qu'il s'aperçut que nos fourrageurs, ayant jeté leurs faux par terre, se forment promptement en bataille et marchent sans perdre de temps à lui rapidement,
1. Tome II, p. 186. Les Mémoires militaires lui donnent le titre de colonel des cuirassiers de l'Empereur.