De faire le siège de Landrecies
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que la marche d'une armée pendant la nuit. Par honheur, il tbisoit un temps charmant. Il y avoit ordre de ne faire aucun bruit; car il étoit de la dernière conséquence que l'ennemi ne s'aperçût point de notre marche. Ainsi l'ordre fut très bien exécuté. Cependant, une bonne demi-heure après (|ue nous étions en mouvement et que nous gardions un profond silence, nous entendîmes tirer un coup de carabine sur notre droite, à cinquante pas de nous. Un de nos aides-majors se rendit sur-le-champ à l'endroit d'où étoit parti le bruit; il trouva un de nos housards, à pied, qui étoit bien gris. Il l'amena à la tête du régiment, et il le consigna à nos grenadiers. C'étoit ce vilain mal peigné (jui avoit eu l'imprudence de lâcher sa carabine. Il nous faisoit mille contes en latin; il parloit cette langue avec éloquence. 11 adressoit toujours la parole à La Bussière, qu'il appeloit à tout moment : « Mon a cher patriarche, » ce qui nous faisoit beaucoup rire ; car mon ami La Bussière vouloit passer pour être plus jeune qu'il ne l'étoit. Cette petite conversation fut poussée jusqu'à la petite pointe du jour du 24. Dès qu'elle parut, nous aperçûmes au delà d'une rivière une grosse colonne d'infanterie. Dans la prévention où nous étions que nous allions entre le Quesnoy et Landrecies, nous nous imaginâmes que c'étoit l'Escalion, et que cette colonne d'infanterie étoit de l'armée ennemie qui étoit en mouvement pour nous empêcher le passage de cette rivière ; mais, en nous approchant, nous reconnûmes que cette rivière étoit la Selle, et que nous allions la repasser sur le même pont que nous avions passé deux jours au()aravant. Impatient de savoir (juel étoit donc le dessein de nos génc-
[Juillet 1712] DU CHEVALIER DE QUINCY. 141
raux, je m'adressai encore à M. de Pélissan. Il n'en savoit pas plus long que moi. Il me dit cependant que le maréchal de Villars, ayant trouvé qu'il étoit absolument impossible d'attaquer les ennemis dans leurs retranchements devant Landrecies, avoit pris le parti de faire retourner notre armée dans son ancien camp au delà de l'Escaut. Étourdi de cette triste nouvelle, qui fut répandue sur-le-champ parmi le soldat, j'étois dans un désespoir affreux ; je détestois, pour ainsi dire, d'être né François. J'aperçus un découragement et parmi l'officier et parmi le soldat. On se disoit les uns aux autres : « Quels diables d'officiers généraux c( avons-nous donc aujourd'hui? Que sont devenus les « Turenne, les Gondé, les Luxembourg, les Gatinat et « les Vendôme? Ges grands hommes, au lieu d'aug- « menter les difficultés lorsqu'il s'agissoit de combattre « les ennemis, trouvoient les moyens de les aplanir. « Nous allons donc voir les alliés pénétrer en France. « Quelle désolation et quels ravages^ ! »
Lorsque nous eûmes repassé la Selle, notre marche, qui avoit été des plus lentes, changea presque dans le moment; elle devint petit à petit plus précipitée. Je m'aperçus que nous quittions le chemin du côté de Gambray, et que nous prenions sur notre droite. Enfin le bruit se répandit tout à coup que nous marchions sur Denain, que le marquis de Vieuxpont, lieutenant général, devoit être arrivé à la tête de trente bataillons à Neuville^, village situé sur l'Escaut et en deçà,
1. Le général Pelet [Mémoires militaires, p. 77) confirme ce témoignage des protestations que firent éclater parmi les troupes les tergiversations de la marche sur Denain.