Ci-dessus, p
142 MÉMOIRES [Juillet 1712]
entre Denain et Boucliain, avec de l'artillerie et des pontons pour jeter des ponts sur cette rivière ; que M. d'Albergotti le suivoit avec vingt autres bataillons; que toutes ces troupes étoient suivies par toute l'armée, à l'exception de trente escadrons de dragons, aux ordres du comte de Goigny, qui, après avoir passé la Sambre à l'entrée de la nuit, avoient dû marcher près des ennemis retranchés devant Landrecies sur la rive droite de cette rivière ; qu'ils dévoient rester en leur présence jusqu'à une demi-heure avant le jour, et qu'ensuite ils dévoient se retirer sous Guise, afin de s'opposer aux courses que les alliés pourroient faire de ce côté-là; et que le comte de Broglie avoii marché dès cinq heures du soir, à la tête de quarante escadrons et d'une partie de nos housards, alin de se rendre maîtres de toute la plaine jusqu'à Boucliain, afin d'empêcher les partis des ennemis de traverser la Selle pour observer nos mouvements; et que ce même général avoit ordre, dès qu'il apercevroit la tête des troupes du marquis de Vieuxpont, de marcher en avant du côté de Neuville. Gomme notre brigade et celle de Picardie faisoient l'arrière-garde de toute l'infanterie, elles n'arrivèrent sur la hauteur de Neuville, avec toute la cavalerie de la droite, tant de la première ligne que de la seconde, qu'à neuf heures du matin, dans le moment que les ponts près de Neuville venoient d'être établis. Nous avions fait huit lieues.
En arrivant, nous nous mîmes en bataille, faisant face vers la Selle : nous y restâmes jusqu'à deux heures avant la nuit. Il fallut attendre que presque toute l'armée eût passé l'Escaut. De la hauteur sur
[Juillet 1712] DU CHEVALIER DE QUINCY. 143
laquelle nous étions en bataille, nous découvrions Denain, et, par conséquent, tous les environs.
Quittons un moment cette relation pour raconter ce que fit un jeune lieutenant de notre régiment, le chevalier de Garondeiet^ fils du baron de Noyelle, dont la terre, située sur la Selle, n'est qu'à trois quarts de lieue de Denain 2. H y avoit quatre ans qu'il n'a voit vu sa famille. Dès qu'il s'aperçut que notre armée marchoit du côté de Neuville, sans rien dire à qui que ce soit, il quitte le régiment, et il se rend au petit galop à Noyelle. L'étonnement de son père fut des plus grands. « Quoi, dit-il à son fils, te voilà! Est-ce « que tu as quitté le service de France? » — « Non, « mon père, lui répondit le chevalier après l'avoir « embrassé, j'en serois bien fâché. » — « Mais com- « ment, ajoute le baron, as-tu fait pour venir jus- « qu'ici? » — « Je me suis fait escorter, répliqua Œ Garondelet, par toute l'armée du Roi; ainsi, je « n'avois rien à craindre. » — « Que dis-tu donc avec « ton armée du Roi ? Depuis quatre ans, continua le « père, vous autres François, vous n'osez paroître; « vous êtes toujours enterrés comme de véritables « taupes au delà de Gambray, derrière l'Escaut et les « autres rivières. » — « Eh bien, mon père, répli- « qua le chevalier, nous paroissons donc aujourd'hui « à la lumière du jour, et si vous voulez en être per- « suadé, ayez la bonté de vous rendre au haut de votre « château , et vous découvrirez cette armée des taupes . » L'incrédule baron s'étant donné la peine de monter