‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 135 sur 203 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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[Sept. 1712] DU CHEVALIER DE QUINCY. 183

compagnies de grenadiers à l'entrée de la nuit^ Dès que le signal, qui étoit de six bombes, fut donné, tous nos grenadiers, soutenus par les cinq bataillons de la tranchée, aux ordres du marquis de Vieuxpont et du prince d'Isenghien, marchèrent rapidement au chemin couvert et aux trois lunettes. Après un combat opiniâtre, nos troupes s'en emparèrent malgré le grand malheur qui leur arriva ; car trois de nos ponts s'enfoncèrent sur le fossé : ce qui obhgea la plus grande partie de le passer ayant de l'eau jusqu'aux épaules. Les logements se firent avec une promptitude admirable^. Le maréchal de Villars, qui étoit présent à cette attaque, persuadé que la ville ne seroit pas longtemps sans capituler, puisque la brèche au corps de la place étoit très praticable, laissa M. d'Albergotti pour en continuer le siège. Il partit de Lewarde le 8 au matin, le même jour que je m'étois rendu à Valenciennes, et le même jour que M. de Saint-Frémond avoit passé l'Escaut, avec les troupes qu'il commandoit, pour marcher du côté du Quesnoy. M. de Villars, en arrivant à Denain, apprit, par un exprès que M. d'Albergotti lui envoya, qu'il s' étoit emparé, depuis son départ, de la demi-lune : ce qui avoit obligé M. Hompesch de faire battre la chamade ; que les otages étoient donnés de part et d'autre, et qu'il attendoitses ordres^.

1. A trois heures de l'après-midi, disent les relations indiquées ci-après.

2. Mémoires de Villars, t. III, p. 168-169; Histoire militaire, p. 87-88; Mémoires militaires, p. 108-109 et p. 521-522, avec la lettre officielle du maréchal donnant le compte rendu de l'action.

.3. Gazette de France, p. 480; Gazette d^ Amsterdam, n° lxxvi; Histoire militaire, p. 88-89; Mémoires militaires, p. 109.

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Sur-le-cliamp, M. de Villars rebroussa chemin, et il se rendit dans la tranchée. Par les articles de la capitulation que le prince de Hesse-IIombourg, qui étoit un des otages, apporta au maréchal, M. Hompesch demandoit la même capitulation que les alliés avoient accordée à M. d'Albergotti. Mais notre général lui lit dire qu'il ne devoit prétendre à aucune capitulation, à moins qu'il ne se rendit, lui et sa garnison, prisonniers de guerre ; que M. de Mariborough à Boucha in et le prince Eugène au Quesnoy l'avoient exigé ainsi des commandants de ces deux places, et qu'il vouloit suivre en cela l'exemple de ces deux grands hommes. Les ennemis, voyant l'opiniâtreté de M. de Villars, se rendirent aux mêmes conditions qui avoient été accordées à M. de la Badie, qui avoit défendu le Quesnoy ' . Le 10, la garnison fut conduite à Beauvais. Douay ne tint que vingt-quatre jours de tranchée ouverte ; cependant cette place avoit tenu cinquante-quatre jours, lors- (ju'elle fut défendue par M. d'Albergotti. Mais il est juste d'excuser M. Hompesch de sa foible défense par rapport au peu de troupes qu'il avoit pour soutenir ce siège.

Le maréchal de Villars n'eut pas plus tôt signé la capitulation, qu'il partit sur-le-champ pour aller joindre les troupes aux ordres de M. de Saint-Frémond, qui étoient en marche pour s'approcher du Quesnoy, dont il lit faire l'investissement. Le prince de Ilesse-Cassel, (jui faisoit avec ses troupes l'avant-garde de l'armée du prince Eugène, ayant appris (juc les l^rançois

1. Le texte de la capitulation de Douay est imprimé dans les MiUnoires niililaircs, p. 522-523.

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étoient déjà postés devant cette place, il ne jugea pas à propos de s'avancer davantage; il s'arrêta, et il attendit que l'armée de ce général l'eût joint. Cette armée passa le 1 0 la Trouille, et elle alla camper à Beliant, qui fut le quartier général. La droite fut appuyée à Saint- Ghislain, et sa gauche aux bois de Malplaquet. Le prince Eugène avoit fait cette marche dans le dessein d'arriver plus tôt que nous au Quesnoy, afin d'empêcher les François d'en former le siège, ou du moins d'en retirer la nombreuse artillerie qu'il y avoit laissée. Il resta dans son camp de Beliant pendant presque tout le temps que nous fûmes occupés au siège de cette place.

Pendant les mouvements des deux armées, j'étois malade à Valenciennes et très mal couché dans mon hôtellerie. Il y avoit une corde qui étoit attachée au plancher et qui, traversant l'impériale de mon ht^, venoit jusqu'à la couverture. Je demandai plusieurs fois pourquoi cette corde ; la réponse en étoit toujours que c'étoit pour aider un officier des ennemis, neveu du gouverneur de Tournay, qui avoit reçu un coup de fusil dans les reins à l'affaire de Denain, à se mettre sur son séant. On n'eut garde de me dire que cet officier étoit mort de cette blessure, et qu'il avoit été enterré le même jour que j'étois arrivé dans cette hôtellerie. Je n'appris cette triste aventure que quatre jours après : ce qui, joint au bruit qui m'empêchoit de dormir, me fit bien vite changer de logement. Je ne fut pas plus tôt arrivé à l'autre, que trois capitaines

1. On appelle impériale « le fond (c'est-à-dire le dessus) des lits d'ange et en housse » [Dictionnaire de Trévoux).

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de noire régiFiient, qui éloient tombés aussi malades à Denain, vinrent se fourrer dans ma chambre; autre incommodité plus insoutenable. Il fallut prendre patience. Une nuit, je ne pouvois attraper le sommeil; les punaises et les puces m'accablèrent si fort, que je pris le parti d'aller me coucher sur une table, entortillé simplement de ma robe de chambre. J'y dormis huit heures de suite sans me réveiller; mais le froid que j'avois ressenti sur ce bon lit me donna une violente colique, dont le bénéfice me fut si heureux, qu'il m'ôta entièrement la fièvre. L'appétit me revint sur-le-champ, et, deux jours après, je me sentis assez de forces pour aller rejoindre le régiment devant le Quesnoy. Je trouvai notre armée campée, la droite à la forêt de Mormal et la gauche à Quiévrain', contenant trois lieues de terrain. Le quartier général étoit à Préseau^. Depuis Quiévrain jusqu'à Roisin^, notre armée étoit couverte par l'Honneau*, et, depuis Roisin jusqu'à la forêt de Mormal, nous fîmes un bon retranchement, un fossé et avant-fossé. On y travailloit jour et nuit.

J'arrivai trois jours après que la tranchée fut ouverte. Elle le fut la nuit du 1 8 au 1 9, à trois endroits, l'une vis-à-vis de la porte Saint-Martin, l'autre vis-avis de celle de Valenciennes, et la troisième au centre^.

1. Toine I, p. 348-350; à rai-route de Valenciennes et de Saint-Ghislain.

2. Village du canton de Valenciennes sur la route du Quesnoy.

3. Village aujourd'hui appartenant à la Belgique, dans l'arrondissement de Mons.

4. Petit affluent de la Haine, dans lacpielle il se jette un peu avant que cette rivière ne tombe dans l'Escaut.

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