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202 MÉMOIRES fOct. 1712]
éloquence digne de Cicéron. J'admirai la mémoire du maréclial, qui répéta en peu de mots ce que cet orateur venoit de lui dire, et avec les termes du monde les plus choisis. La fin de sa réponse fut qu'on ne devoit pas lui attribuer ce que les troupes du Roi, qui étoient à ses ordres, venoient de faire, mais à Sa Majesté; qu'il n'avoit exécuté que ses ordres; qu'un général ne pouvoit jamais manquer, lorsqu'il les exécutoit exactement, ce qu'il avoit tâché de faire. Si sa modestie parut dans cette occasion, il n'en fut pas de même de sa libéralité; car, ces Messieurs lui ayant voulu présenter le vin de ville, il leur répondit : « Messieurs, je vous suis obligé ; vous m'en avez déjà « présenté après l'affaire de Denain. » Ce n'étoit pas par générosité qu'il refusoit; mais il falloit donner pour boire aux valets de ville, et le bonhomme aimoit l'argent, comme tout le monde sait'. Enfin il n'y a personne de parfait dans le monde : les plus grands héros ont leurs défauts; il n'y a que le vicomte de Turenne et M. de Gatinat que nous pouvons regarder comme des hommes parfaits.
Le 24 octobre, voyant qu'il n'y avoit plus de gloire à acquérir, et que nos généraux commençoienl d'envoyer nos troupes dans les quartiers d'hiver, je pris le parti de m'en aller à Q[uincy]. Je quittai le régiment avec le chevalier des Brosses^, capitaine de notre régiment. Nous fûmes dîner à Landrecies. Notre dîner
1. « Sous une magnificence de Gascon, dit Saint-Simon (è.d. Boislisie, t. X, p. 310), une avarice extrême, une avidité de harpie, qui lui a valu des monts d'or pillt's à la guerre, et, quand il vint à la tête des armées, pillés haut à la main. «