‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 148 sur 203 · Charles de Schonberg (lG0i-lG5G), maréchal de France · texte numérisé non relu

Charles de Schonberg (lG0i-lG5G), maréchal de France

[Avril 1713] DU CHEVALIER DE QUINCY. 213

Le 18, à Soissons, après avoir dîné à Villers-Cotterets, bourg où il y a un très beau château bâti par François P'' : il appartient au duc d'Orléans; le 19, à Laon; le 20, à Aubenton, petit bourg; le 211, à Rocroy. La situation de cette place est des plus tristes. Elle est environnée d'un terrain marécageux, ce qui cause presque toujours des brouillards très épais et fort froids.

Je n'y fus pas plus tôt arrivé, que mon camarade Pina, capitaine des grenadiers de notre régiment', vint me voir. Je lui remis une douzaine de paires de mules ou de souliers, une douzaine de paires de bas de soie, quantité de fichus, de rubans et d'autres ajustements pour sa maîtresse, qu'il m'avoit prié d'apporter de Paris. Il me conta sa bonne fortune. Il étoit amoureux de la fille de ***; il alloit coucher toutes les nuits avec elle. Il prenoit le temps que son père et sa mère, avec sa famille, soupoient, pour se rendre dans la chambre de la demoiselle, qui lui en avoit donné une clef. Il se déshabilloit, et il se couchoit ensuite. On peut bien juger que la demoiselle imaginoit tantôt une raison et tantôt une autre pour aller bien vite après le souper trouver son amant. Ce petit commerce dura pendant tout l'hiver.

Comme son véritable ami, je lui fis des remontrances touchant son commerce. Je lui en fis sentir les inconvénients : qu'il pouvoit aisément arriver que le père ou la mère de cette fille le pouvoient trouver couché avec elle; que la demoiselle pouvoit devenir

en 1637, duc d'Halluin par son mariage avec l'héritière de ce duché.

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