‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 173 sur 203 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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La nuit du 5 au 6, on fit du côté de la ville deux batteries de mortiers pour jeter des bombes dans une lunette élevée en deçà du chemin couvert : cette misérable lunette nous fit périr bien du monde; et, à l'attaque des forts, un boyau pour communiquer à la batterie des six mortiers. Comme les troupes (|ui étoient campées dans la vallée de Saint-Pierre et aux environs étoient les plus exposées à être attaquées par l'ennemi, on nous faisoit travailler pendant tout le jour pour nous mettre à couvert de l'insulte.

Un jour, me promenant sur les hauteurs voisines de Kundersthal, je m'aperçus que notre général, le chevalier d'Asfeld, étoit fort embarrassé par rapport à un retranchement qu'il vouloit faire tracer sur une de ces hauteurs : il y avoit plusieurs ingénieurs avec lui; les uns lui conseilloient d'une manière, les autres combattoient les avis des premiers. Surpris de cette dispute, je pris la liberté de leur dire : « Messieurs, « vous êtes bien embarrassés; tracez une ligne jus- « qu'à une pointe que je leur montrai, et, par là, vous « ferez un angle saillant qui protégera nos retranche- « ments à droite et à gauche. » M. d'Asfeld se rendit sur-le-champ à mon opinion, et Messieurs les ingénieurs, et on y fit travailler sur-le-champ. Le chevalier d'Asfeld me crut un grand ingénieur^ Cependant je n'avois jamais étudié dans cette matière; mais le seul bon sens me l'inspira dans ce moment. Il scroit à souhaiter pourtant que tous les officiers d'infanterie

1. Il ne semble pas que M. d'Asfeld fût si ignorant on celle matière : sous la Régence, il fut chargé spécialement des fortifications, d'abord dans le conseil de la guerre et ensuite comme directeur, et Saint-Simon loue son talent cl son mérite.

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eussent étudié le génie ; car j'ai remarqué maintes fois que bien des officiers particuliers, et même des officiers généraux, étoient bien embarrassés lorsqu'ils étoient dans l'obligation de se mettre à couvert par des retranchements ; il faut toujours appeler dans ces moments critiques les ingénieurs. Tout officier d'infanterie doit savoir les mathématiques. Je ne comprends point l'esprit de nos ministres d'avoir cassé les compagnies de cadets^; nous avions toujours remarqué que les meilleurs officiers sortoient de ces compagnies. Si Messieurs les secrétaires d'État vouloient retrancher une partie des appointements et des pensions des premiers commis et des autres commis de la guerre, ils auroientde quoi, et du surplus, pour en entretenir plusieurs, et le Roi seroit mieux servi. Portrait du chevalier d'Asfeld. — A propos du chevalier d'Asfeld, cet homme étoit singulier : il ne pouvoit souffrir qu'on lui fît la cour. Les officiers ordinairement vont chez l'officier général un peu auparavant qu'il donne l'ordre; on s'y rend non seulement pour lui faire sa cour, mais aussi pour savoir les nouvelles. Le lendemain que nous fûmes arrivés dans la vallée de Saint-Pierre, je me rendis le soir, avec beaucoup d'officiers, chez le chevalier d'Asfeld. L'impertinent nous fit tous sortir de chez lui^. Un officier en fut si piqué, qu'il s'écria assez haut pour le lui faire entendre : « Je croyois ce chevalier d'Asfeld « poli. » Un autre officier lui répliqua plus haut : « Bon, cet homme n'est ni poli ni chevalier. » Il avoit

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