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lieu au chevalier de Pezeux, iDaréchal de camp, et au comte de Laval', colonel d'un réj^irnent portant son nom, de faire une grande sottise le 13 : ils firent périr bien des braves gens très mal à propos. Ils firent attaquer le chemin couvert de cet ouvrage, dont les défenses n'étoient pas assez ruinées, et auparavant d'avoir fait éventer la mine des assiégés^.
Il seroit du service de ne point laisser à la volonté et au caprice des officiers généraux de jour dans les tranchées de faire attaquer ou les chemins couverts ou les autres ouvrages des places que nous assiégeons; car nous pouvons dire, à la louange de la plupart de ces Messieurs (nous ne l'avons que trop remarqué), qu'ils sont très ignorants lorsqu'ils se trouvent de jour dans une tranchée. Us veulent cependant faire parler d'eux, sans savoir s'ils réussiront oui ou non. Mon cher ami le chevalier de Pincé, capitaine des grenadiers de notre régiment, fut la victime de leur peu de capacité. Pour remédier à cet abus, il seroit nécessaire que le chef des ingénieurs fût appelé, par les officiers généraux des tranchées, pour s'informer si l'ouvrage qu'on veut faire attaquer est en état de l'être. Certainement, cette précaution nous sauveroit bien du monde, et on ne feroit point de cacade.
Le chevalier de Pezeux, voulant se rendre maître
1. Giiy-Claude-Koland de Montmorency, comte de Laval, (1677-1751), avait eu en 1702 un régiment de son nom, et était brigadier depuis 1710. Il devint maréchal de France en
2. Mémoires militaires, p. 272-273; Histoire militaire, p. 273. Villars [Mémoires, p. 221) qualifie cette affaire de « très sérieuse et très sanglante, » sans blâmer cependant le chevalier de Pezeux.
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du chemin couvert de l'ouvrage de l'Escargot, fit marcher les deux compagnies de grenadiers et les piquets du régiment de Laval et cinquante dragons pour s'y loger. Il les fit suivre par deux cents travailleurs. Les assiégés se retirèrent à leur approche. Nos grenadiers et nos dragons n'y furent pas plus tôt établis, que les ennemis firent jouer une mine qui fit sauter une partie des grenadiers et enterra l'autre partie; ensuite, sans perdre de temps, ils sortent du fort, et ils attaquent si vivement les dragons, qu'ils les culbutent les uns sur les autres. Ainsi, le désordre fut très grand dans la tranchée, et il l'auroit été encore davantage, si mon ami Pina n'eût arrêté les assiégés : avec la seule compagnie de grenadiers, il soutint leurs attaques redoublées, avec une si grande fermeté, qu'il donna le temps au chevalier de Pezeux de venir au secours de nos gens à la tète des deux bataillons de Laval, et il poussa à son tour les ennemis, qui se retirèrent bien vite dans leurs palissades, après avoir laissé beaucoup de leurs soldats tués sur la place. Gomme on les voyoit de bas en haut, il n'est pas étonnant de la perte qu'ils firent ; ils restèrent cependant maîtres de l'entonnoir qu'avoit fait la mine de leur chemin couvert. La perte que nous fîmes dans cette action fut considérable. Le comte de Laval eut la mâchoire fracassée, tous les officiers des grenadiers et les grenadiers de son régiment furent tous tués ou blessés. Mon ami Pina fut tué : il reçut un coup de fusil dans la poitrine; sa compagnie étoit auxihaire. Il semble que je prévoyois le malheur qui devoit lui arriver. Auparavant qu'il partît pour se rendre dans la tranchée, je l'embrassai tendrement; je lui souhaitai m 17
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un bon voyaj^^c, et je ne quittai point les yeux de sur lui que lorsqu'il disparut. G'étoit un très aimable homme \ d'une politesse et d'une douceur dans la société des plus charmantes. Il étoit bon ami, et il aimoit à faire plaisir. Dans mon dernier voyage à Paris, j'avois travaillé à lui faire avoir une lieutenance de roi : il avoil douze mille francs, prgent comptant, tout prêts à consigner^ pour y parvenir. A la cour, on ne réussit guère sans cette précaution, malgré les bons services qu'un officier aura rendus au Roi. Nous fimes enterrer Pina à la Chartreuse. Les religieux, ayant appris qu'il étoit parent de leur général^, lui firent un service solennel, où tous les officiers du régiment furent invités; il étoit fils d'un conseiller au parlement de Grenoble. Son frère, doyen du chapitre de l'église de Gap^, par principe de conscience, abandonna un prieuré considérable, qui étoit près de cette dernière ville, à sa partie, quoique son droit étoit incontestable, suivant en cela le conseil de saint Paul, qui dit qu'il faut plutôt abandonner ce qu'on nous demande que de plaider.
La nuit du 13 au 14, on tâcha de réparer autant qu'il fut possible le désordre que les ennemis avoient fait dans les tranchées des châteaux le jour auparavant.
1. Voyez l'anecdote qu'il a racontée sur son compte au début de la présente campagne : ci-dessus, p. 213-214.
2. '( Consigner, dit le Dictionnaire de Tn^K'ou.r, c'est mettre une somme en dépôt entre les mains de lajustice ou de quelque particulier en attendant qu'on la délivre en temps et lieu à qui il appartiendra. »
3. Le général des Chartreux en 1713 était dom Antoine de MontgeHond, élu en 1703 et mort en 1731.