‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 183 sur 203 · Mémoires militaires, p · texte numérisé non relu

Mémoires militaires, p

2. Ce récit est entièrement conforme à celui de V Histoire militaire du marquis de Quincy, p. 285.

3. Mémoires de Villars, p. 225-226 et 353; Gazette d'Amsterdam, Extraord. xc.

4. C'était le privilège des gardes françaises d'entrer les premiers dans les places prises.

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sur les remparts. Le chevalier d'Asfeld et M. de Silly furent chargés d'y commander. Ces troupes étabhes, le maréchal fit son entrée. Les magistrats se trouvèrent à la porte par où il devoit entrer. Ils lui présentèrent à genoux les clefs de la ville, et ensuite ils implorèrent sa clémence, car ils craignoient avec raison que le maréchal n'abandonnât la ville au pillage; mais il les rassura en leur disant (ju'ils n'avoient rien à appréhender, tant pour leur vie que pour leurs biens, mais il exigea d'eux deux millions de livres de France, pour se racheter du pillage ' .

Le baron d'Arsch, homme fin et rusé, persuadé que sa ville seroit emportée d'assaut, et voulant l'abandonner, fit entendre aux officiers et aux soldats qu'il étoit obligé d'y laisser, et aux magistrats et aux bourgeois, qu'il étoit dans le dessein de nettoyer entièrement les tranchées devant les châteaux, et que, pour bien exécuter son projet, il étoit nécessaire qu'il se servît non seulement de tous ses grenadiers, mais encore des meilleures troupes qu'il pouvoit avoir et qui étoient le plus en état d'agir. Lorsque toutes ces troupes furent entrées dans les forts, il fit venir les magistrats, et il leur dit de faire une capitulation la plus avantageuse pour la ville qu'ils pourroienl, et il leur confia son projet. Son dessein étoit de se

1. Villars, dans ses Mémoires (p. 226), dit seulement « un million de livres au profit du Roi, » et ce chiffre est confirmé par Y Histoire militaire, p. 285, et les Mémoires militaires, p. 391 ; mais, étant donnée la rapacité bien connue du maréchal, on peut penser que, s'il demanda un million pour le Roi, il n'eut garde de s'oublier, et que le chiffre donné par notre chevalier doit être le chiffre exact de ce que la ville eut à payer.

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défendre dans les châteaux jusqu'à la dernière extrémité, d'autant plus qu'il n'étoit que trop bien informé que les vivres et les fourrages commençoient à devenir rares dans notre armée, ce qui nous auroit obligés dans la suite d'abandonner la ville ^ ; mais il avoit à faire à un général qui n'étoit point dupe, et qui savoit parfaitement bien les droits de la guerre. Il lui envoya M. de Gontades pour lui dire que, s'il vouloit lui remettre tous les forts, il lui donneroit une capitulation telle qu'il pouvoit souhaiter; mais, en même temps, M. de Gontades eut ordre de lui dire que, s'il n'acceptoit point sa proposition, il alloit premièrement faire sauter toutes les fortifications de la ville; qu'il l'abandonneroit à la fureur du soldat; ensuite, qu'il y feroit mettre le feu; qu'il alloit faire mettre tous ses soldats blessés, malades ou non, les femmes, les enfants et les domestiques dans les maisons les plus voisines du côté qu'il attaqueroit le château ; qu'il feroit mettre des sentinelles à toutes ces maisons, afin que qui que soit de son armée ne leur donnât des vivres; qu'il défendroit sous peine de la vie aux soldats et aux bourgeois de leur en porter ; que c'étoit à lui de leur en fournir, et de ses forts; sinon, que ces malheureux, pauvres victimes de son opiniâtreté, seroient non seulement exposés à périr par le feu de ses propres canons et par les bombes, mais aussi à mourir de faim; enfin, qu'il lui donnoit vingt-quatre

1. Sur la difficulté que les assiégeants commençaient à éprouver pour les vivres et les fourrages, on peut voir la lettre de Villars au ministre, 30 octobre, reproduite dans les Mémoires militaires, p. 386.

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heures pour faire ses réflexions et prendre son parti ^.

Le baron d'Arsch, qui ne s'attendoit pas à un pareil conipliment, et connoissant la fermeté du maréchal, lui lit demander une suspension d'armes pour cinq jours, afin d'envoyer au prince Eugène un officier pour lui faire part de sa résolution. Sa demande lui fut accordée. Il envoya au général de l'Empereur, dont l'armée étoit toujours à Rolhweil, M. de Walonkton^, et le maréchal envoya M. de Gontades à la cour pour porter au Roi la nouvelle de la prise de la ville et de ce que le maréchal avoit conclu avec le gouverneur.

Le même jour que le baron d'Arsch avoit abandonné la ville pour se rendre dans les châteaux et dans les forts avec la plus grande partie de l'élite de sa garnison, notre régiment montoit la tranchée. On s'aperçut à une heure après midi, de notre tranchée, d'un mouvement extraordinaire dans les châteaux et dans les forts : ce qui nous fit présumer que les ennemis se préparoient à faire une vigoureuse sortie sur les troupes qui y étoient. Ils firent même sortir quelques grenadiers pour le faire croire. Notre colonel et la [)lupart des capitaines du régiment, et surtout ceux qui y étoient plus anciens que moi, étoient descendus des tranchées pour aller dîner chez l'officier général, qui donnoit son repas à la queue de la tranchée. Je ne me ressouviens plus de la raison pour

1. Voyez les Mémoires de Villars, p. 226-227, où il énumère les menaces qu'il lit faire au baron d'Arsch.

2. Les Mémoires de Ff7/a/*s disent (p. 229) iV. de VaclcndonCy et V Histoire militaire (p. 286) : M. de Wactendonck.

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laquelle je restai dans la tranchée; ainsi, dans ce moment, je me trouvai commander le régiment. Je fis ma disposition pour recevoir ces messieurs ; mais, au bout d'un certain temps, voyant que les assiégés ne paroissoient plus, j'envoyai M. de Basfossé, garçonmajor, à la sape pour savoir ce qui se passoit. Gomme il fut quelque temps sans revenir, je m'y rendis moimême. J'appris que le détachement des ennemis avoit paru quelque temps sur le glacis du fort de l'Étoile, mais qu'il s'étoit retiré. Je trouvai 'M. de la Fosse, lieutenant d'une compagnie de mineurs, qui me fit voir toutes nos mines faites dessous le chemin couvert du fort de l'Escargot. Cet officier, quoique bien jeune, savoit parfaitement bien son métier. Dans le temps que je revenois, je reçus dans le haut du bras droit une balle de biscaïen qui me culbuta par terre. J'entendis dans cet instant nos grenadiers qui se mirent à crier : « Ah! voilà le chevalier de Q[uincy] « tué! » M. de Basfossé et M. de la Fosse me relevèrent. Par bonheur pour moi, j'avois sur mon habit un surtout dont l'étoffe très épaisse amortit le coup ; cette balle avoit percé auparavant un blindage; sans cela, elle m'auroit fracassé le bras. De la violence avec laquelle elle me jeta par terre, la garde de mon épée s'aplatit comme un écu. Cependant, je n'en fus que pour la chute et quelques coups de lancette qu'on me donna dans le bras. Ce fut le dernier coup de feu que les ennemis tirèrent; car le gouverneur fit battre la chamade pour faire faire par les magistrats de la ville la proposition dont j'ai parlé.

Pendant la trêve, qui dura dix jours, nous travaillâmes à une batterie de quarante pièces de canon du m 1«

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côté de la porte du Secoui's, pour battre le château qui est le plus près de la ville, et plusieurs mortiers. On fit aussi plusieurs batteries de canon et de mortiers sur les remparts, sur les demi-lunes et sur le chemin couvert du côté de cette porte.

Le sixième jour de la suspension d'armes, je me rendis au château pour voir M. le baron Damnitz, capitaine d'infanterie dans le régiment de Neipperg, que j'avois vu autrefois à Paris; il m'avoit fait faire des compliments. Après m'avoir donné la collation, il me fit voir tous les dedans des châteaux et des forts, et les communications qui conduisent aux uns et aux autres desdits ouvrages. La garnison éloiL encore si nombreuse, que les officiers et les soldats étoient les uns sur les autres; la plus grande partie étoit obligée de coucher à la belle étoile. Ces troupes auroient souffert infiniment de nos bombes et de nos pierres, si M. d'Arsch n'eut pas capitulé*.

Ce gouverneur fut sur le point de rompre la trêve par l'imprudence des officiers des régiments allemands qui sont au service de France. Ces Messieurs, pour faire leurs recrues plus facilement, débauchoient autant qu'ils pouvoient les soldats de la garnison ; cela fut porté si loin, que le baron d'Arsch écrivit au maréchal de Villars pour s'en plaindre, et même il lui mandoit par sa lettre qu'il romproit la suspension, s'il ne rcmédioit à ce désordre. Je me trouvai dans le moment dans la maison où il^ logeoit lorsqu'il reçut cette lettre; il nous en dit le contenu, et, après nous

1. « Il n'est pas possible que tant de genspusseni tenir dans de si petits lieux » [Journal de Dan'j;cau, t. XV, p. 33).

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