‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 184 sur 203 · Le niaréclial de \ illars · texte numérisé non relu

Le niaréclial de \ illars

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avoir exposé !es suites fâcheuses de cette conduite, il menaça de faire casser tout officier qui continueroit cette mauvaise manœuvre ; et puis, adressant la parole au chevalier de Bavière'', il lui dit : « Chevalier, « empêchez donc les officiers de votre régiment de « débaucher les soldats de la garnison ; vous en sentez <i aussi bien que moi les conséquences. »

Ce jour-là même, le prince de Gonti-, fort mahn de son naturel, en examinant un passeport qu'on avoit demandé au maréchal : « Mais, Monsieur le « Maréchal, lui dit-il, vous vous nommez Hector; « c'est le nom du valet de carreau. » — « Il est vrai, «. lui répondit sur-le-champ M. de Villars; mais c'est « aussi le nom d'un grand homme. » — « C'est le « vôtre, » lui répHqua le prince. Par cette réplique, il répara ce qu'il avoit dit d'abord.

Prise de la ville et des forts de Fribourg. — Enfin, après bien des voyages que fit M. de Walonkton à l'armée ennemie, le prince Eugène ordonna au baron d'Arsch d'accepter les conditions du maréchal de Villars. On lui accorda tous les honneurs de la guerre qui s'accordent ordinairement à un gouverneur qui

1. Fils naturel de Max-Emmanuel et de la comtesse d'Arco, Emmanuel-François-Joseph, connu sous le nom de chevalier de Bavière, était entré de bonne heure au service de France, et commandait depuis 1709 le régiment Royal-Bavière. Brigadier en 1719, il passa en Espagne en 1721, y obtint la grandesse, et fut tué à Lawfeld le 2 juillet 1747.

2. Louis-Armand de Bourbon (1695-1727). Il venait d'épouser peu de mois auparavant, contraint et forcé, la sœur de Monsieur le Duc (ci-dessus, p. 209), qui lui-même avait épousé le même jour M"^ de Conti [Mémoires de Saint-Simon, éd. 1873, t. X, p. 54-61).

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s'est défendu au mieux, quatre pièces de canon et deux mortiers pour lui marquer l'estime générale qu'on faisoit de sa personne par rapport à la belle défense qu'il avoit faite. Aussi peut-on dire à sa gloire (jue place n'a jamais été si bien défendue par nos ennemis pendant le cours de cette guerre.

La capitulation fut signée le 16 novembre par le maréchal de Villars et par le baron d'Arsch'. Le lendemain, les ennemis nous livrèrent le fort Saint-Pierre et le fort de l'Étoile, avec le petit ouvrage qui est devant la porte du château.

Le 19, toute notre armée se rangea en bataille depuis le glacis de la porte de Souabe jusque bien avant dans la vallée de Saint-Pierre; mais deux heures après, elle fut envoyée dans son camp, le baron d'Arsch ayant demandé encore vingt-quatre heures pour terminer ses affaires.

Le W, la garnison sortit de bonne heure; elle étoit au nombre de sept mille hommes, des treize mille qui étoient dans la ville au commencement du siège 2. Le gouverneur, qui étoit incommodé depuis quelques jours, étoit dans une chaise attelée seulement de deux chevaux ; sa cuisinière étoit derrière, ayant un chapeau à l'allemande sur sa tète. Notre armée resta dans son camp pendant que la garnison sortoit. Je la vis déliler. Un fifre d'un régiment jouoit sur son instrument la marche des mousquetaires du Roi. Je voulus donner à déjeuner au baron Damnitz; il me remer-

1. Le texte de la capitulation est donné dans les Pièces des Mémoires niilitaircs, p. G45-G47.

2. Ce sont les chiffres donnés par une note ajoutée au texte de la rapilnlalion {Mrinoircs mililaircs, p. (jkl).

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cia en me disant qu'il étoit obligé de suivre son régiment. Après bien des empressements pour qu'il me fît cet honneur, je lui souhaitai un bon voyage en l'embrassant tendrement. Je n'ai pas entendu parler de lui depuis.

Le duc de Fronsac fut envoyé le 1 7 à la cour, pour porter au Roi la nouvelle de la prise des châteaux et des forts ' .

Le gouvernement de Fribourg fut donné au maréchal de Villars ; il le méritoit bien, non seulement par rapport aux grands services qu'il avoit rendus au Roi jusqu'à présent, mais aussi parce qu'il avoit ce gouvernement avant la paix de Ryswyk. M. de Pélissan en fut nommé lieutenant de roi ; M. de Bresson, capitaine des grenadiers du régiment de Poitou, major ; M. de Morville, commandant d'un bataillon de Navarre, commandant du Château et du fort de l'Aigle, et M. de Gobert, commandant d'un bataillon de Champagne, commandant du château de Saint-Pierre et du fort de l'Étoile.

Le maréchal de Villars ayant donné ses ordres au comte du Bourg, qui fut chargé du commandement de l'armée en son absence, partit pour se rendre à Rastadt, afin de finir avec le prince Eugène une guerre qui duroit depuis si longtemps, et dans laquelle les François et nos ennemis avoient répandu tant de sang.

Pour moi, nos semestres étant arrivés, je quittai et l'armée et le régiment pour me rendre à Paris. Je partis avec M. de Bourlamaque^, capitaine au régiment

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