CAMPAGNE DE
ET l'hiver suivant.
La campagne de 1710 fut des plus funestes à la France par la conquête de quatre places considérables que les alliés firent sur nous en Flandres.
Le Roi, bien informé que les ennemis avoient une armée supérieure d'un tiers au moins à la nôtre et qu'ils avoient fait des amas extraordinaires de fourrage pendant tout l'hiver, ce qui les mettroit en état de se mettre de bonne heure en campagne, prit le parti de rester pendant tout le cours de cette campagne sur la défensive, et il chargea le maréchal de Viliars du commandement de son armée de Flandres.
Le 13 avril, un détachement de l'armée des ennemis, qui étoit déjà assemblée, marcha à Mortagne, petit bourg situé sur la Scarpe à l'endroit où cette rivière se jette dans l'Escaut. Il s'en empara, et y fit prisonniers un capitaine, un lieutenant et cinquante hommes. Le 14, le chevalier de Luxembourg se rendit maître de ce poste, et il fit prisonnier le même III 1
$ MÉMOIRES [Avril 171(1]
nombre de trou|)es qu'on nous avoient pris la veille, et il le garda jusqu'au 18, que les ennemis s'en emparèrent de nouveau^.
Je partis de | Quincy] le 21, lendemain de Pâques. En trois jours de temps, je me rendis à Ghauny, où M. de Gaut, officier de la compagnie des grenadiers à cheval*, avec qui j'avois été mousquetaire du Roi, me donna un très bon souper. 11 m'apprit que, le jour de Pâques, le prince Eugène et le duc de Marlborough, à la tète de soixante mille hommes, s'étoienl emparés de nos lignes élevées dans la plaine de Lens, qu'ils n'avoient pas osé attaquer l'année précédente^. Le tin et rusé maréchal de V^illars, persuadé, non seulement de l'impossibilité d'acquérir de la gloire dans le commencement de cette campagne, mais encore qu'il hasarderoit à perdre celle qu'il avoit acquise, jugea à propos d'en laisser la besogne au maréchal de Montesquiou*. Pour cela, il feignit que la blessure qu'il avoit reçue à la bataille de Malplaquet^ ne lui permettoit pas encore d'aller se mettre à la tète de l'armée du Roi**. Il est à remarquer que, lorsque ce général
1. Mémoires militaires, t. X, p. 14-15. C'est le duc d'Albeniarle, à la lêle d'un corps hollandais, qui reprit définitivement Mortagne.
2. Cette compagnie, créée en 1676, avec un effectif de cent trente hommes, porté plus tard à deux cent cinquante, faisait partie d»- la Maison du roi (P. Daniel, Milice françoise, t. Il, p. 180-181).