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4. Nous n'avons pu trouver de renseignements sur cette pièce.
8 MÉMOIRES [Avril 1710]
composés de belles voix. Le jour que j'y fus, on exécuta le prologue et le premier acte de Roland^. Il chantoit dans les chœurs; il avoit une basse-taille, et sa voix s'élevoil au-dessus des autres. Ensuite, il ne faisoit que poiissoniicr avec les dames. Le Roi lui avoit fait présent d'un fauteuil de damas cramoisi, tout brodé en or, sur des roulettes, que l'on faisoit aller où l'on vouloit moyennant un bâton à vis; il y promenoit les dames les unes après les autres.
Un jour, à deux heures après-dîner, lisant dans ma chambre, j'entendis un grand bruit de trompettes et de timbales; je courus à la fenêtre. G'étoient quatrevingts hommes habillés à la turque, dont vingt habillés de rouge, vingt de vert, vingt de bleu et vingt de blanc, tous montés à poil sur de mauvais chevaux, ayant chacun une lance élevée dans la main. Ils étoient précédés par ses timbales et ses trompettes. Je suivis cette cavalcade, qui, après être sortie de la ville, se partagea en quatre dans une plaine. A côté, on avoit construit des tribunes faites de planches, pour la commodité des spectateurs. Au bout d'une demi-heure, je vis arriver l'Électeur, accompagné de toute sa cour. Dès qu'il fut placé, il donna le signal. Le bruit des trompettes et des timbales se fit entendre. Ensuite, nous vîmes partir Messieurs les Turcs au galop, moitié d'un côté et moitié de l'autre, venir s'affronter les uns contre les autres avec leurs lances baissées. 11 y en eut bien la moitié de culbutés par terre. Ils tomboient
1. Trap(''dif' lyrique en cinq actes et un prnlopue, musique d<; Lully, paroles de QuiriauU, représentée pour la [nvriiièrc fois à Versailles en janvier 1685.
[Avril 1710] DU CHEVALIER DE QUINCY. 9
étendus comme des crapauds, ce qui faisoit rire tout le monde, d'autant plus qu'ils ne se faisoient point de mal, par la précaution qu'ils avoient prise de se bourrer de beaucoup de foin. Ils firent jusqu'à trois fois ce combat, et après ils le firent un contre un. Les combats .finis, S. A. Électorale distribua elle-même les prix à ceux qui les avoient mérités, c'est-à-dire à ceux qui en avoient culbuté le plus et qui n'avoient point été jetés par terre. Ainsi, cet électeur, chassé de ses États, tâchoitde se distraire des malheurs arrivés à sa maison. Le Roi, persuadé depuis longtemps que le dessein des alliés étoit de faire le siège de Douay, dont M. de Pomereu étoit gouverneur ^ chargea M. d'Albergotti, lieutenant général, de la défense de cette place. Ce général avoit toutes les qualités requises pour bien exécuter la commission dont S. M. venoit de l'honorer. Il avoit sous ses ordres le marquis de Dreux et M. de Brendlé^, maréchaux de camp; M. de Valori^, aussi maréchal de camp, étoit à la tète des ingénieurs ; trois brigadiers, savoir : le duc de Mortemart, le comte de Lannion"^ et M. de Ghastenay, lieutenant-colonel du régiment de Piémont. La garnison étoit composée des
1. Alexandre -Jacques de Pomereu, chevalier de Saint- Louis, avait depuis 1688 le gouvernement de Douay, Il mourut le 29 septembre 1718, à quatre-vingt-quatre ans. Pendant le siège, il vendit sa vaisselle d'argent et avança quarante mille livres pour subvenir aux besoins des troupes.