Nord, arrondissement de Cambray
2. Ecourt-Saint-Quentin, un peu à l'ouest d'Oisy, sur un petit affluent de la Sensée.
3. Sur l'industrie et le commerce de la tourbe en ce tempslà, on peut voir l'article du Dictionnaire du commerce de Savary, t. V, col. 1071-1073.
22 MÉMOIRES [Juin 1710J
avoué de ce village, c'est-à-dire protecteur'. Nous allions prescjue tous les jours nous promener au bourg d'Arleux, qui appartient au beau-frère du comte d'Oisy^. Il est de la maison de Berghes-Saint-Winocq, qui est une des plus anciennes de la Flandre^. Il y a un temps infini qu'elle est reçue dans les chapitres des chanoinesses de Mons, de Maubeuge et des autres, où il faut prouver les trente-deux quartiers. Nous n'y avions aucune garde; ainsi, nous nous exposions à nous faire prendre.
Un jour, nous y fûmes, six capitaines de notre régiment, à pied ; nous hasardâmes de sortir de ce bourg du côté de l'armée ennemie, dont la gauche, comme il a été dit ci-dessus, n'étoitqu'à une demi-lieue. Après avoir monté une petite colline d'où nous apercevions toute cette gauche, je me mis à crier : « Voilà des hou- « sards! » et en môme temps je fis semblant de fuir. A mon cri, mes cinq capitaines se mettent à fuir sérieusement, ce qui me fit éclater de rire et me donna occasion de les bien railler; car personne ne paroissoit. En vérité, nous étions fols de nous exposer ainsi.
1. Les avoués, au moyen âge, étaient chargés de la défense et de la protection des intérêts temporels des églises, et spécialement d'accomplir le service militaire que les clercs ne pouvaient faire en personne pour les fiefs possédés par les églises ou monastères.
2. Philippe-Albert de Berghcs-Saint-Winocq, vicomte d'Arleux. Sa sœur, Margiicrile-tMaire, fui la première femme du comte d'Oisy, futur heau-père de iir)lre auleur (ci-dessus, tome I, p. 67).
.3. Les généalogistes la font descendri' de Jean, sii'c de Cilyme, lils naturel de Jean II, duc de Brahaut, h'-gitimé par l'Empereur en 1.344.
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Ce fut dans ce camp que M. du Gheray\ alors conseiller au Parlement de Paris, mon parent^ et mon ami, et fils de M. d'Ormesson, intendant de la généralité de Soissons"*, vint me voir. La curiosité seule l'avoit engagé à s'y rendre; il resta quelques jours dans notre armée. Il me pria un jour très instamment de lui faire voir de près les ennemis du Roi. Je le menai à une de nos grandes gardes, composée de cinq cents hommes, vis-à-vis de l'Écluse, aux ordres en ce moment de M. de Middelbourg*, dont il étoit connu. Il y avoit vis-à-vis un poste des ennemis de six cents hommes, qui n'étoit séparé du nôtre que par le Genset, et qui étoit sur une chaussée. Je sa vois parfaitement bien qu'il y avoit ordre de part et d'autre de ne point tirer. G'étoit la raison pour laquelle je l'avois conduit de ce côté-là. I! eut le temps de les voir et de leur parler bien à son aise sans aucune crainte et sans aucun risque.
En revenant, nous apprîmes que la plus grande partie de l'armée, dont notre régiment étoit, après avoir passé le Marqui, étoit allée camper à Oisy. En sortant
1. Olivier- François-de-Paule Le Fèvre d'Ormesson, seigneur du Cheray, né en 1686, était conseiller au Parlement depuis le mois de janvier 1709; il devint maître des requêtes en 1713, et mourut en mars 1718, au moment où il venait d'être nommé intendant de Franche-Comté.
2. Sa mère était Jeanne Le Fèvre de la Barre, dont la sœur avait épousé Thierry Sevin, oncle de notre auteur (tome 1, p. 26, note 1, et p. 67).