‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 62 sur 203 · Ni Dangeau ni Sourches ne rapportent ces paroles · texte numérisé non relu

Ni Dangeau ni Sourches ne rapportent ces paroles

[Avril 1711] DU CHEVALIER DE QUINCY. 59

ET l'hiver suivant.

La campagne de l'année 1711 en Flandres ne nous fut pas plus heureuse que les années précédentes, quoique les alliés ne firent la conquête que d'une seule place; mais elle étoit pour eux si importante, qu'elle leur ouvroit, pour ainsi dire, le chemin pour pénétrer en France.

Je partis de Q[uincyj le 15 avril, pour me rendre à Bapaume, où le régiment avoit passé son quartier d'hiver. A une lieue de Q[uincy], je trouvai le curé de la paroisse, qui m'apprit la cruelle et irréparable perte que nous venions de faire, celle de Monseigneur le Dauphin, mort le jour d'auparavant au château de Meudon, de la petite vérole \ prince que nous ne saurions trop regretter par l'espérance que nous avions d'un doux gouvernement; c'étoit la bonté même, et d'une valeur bien reconnue^.

1. Louis, dauphin de France, dit Monseigneur, né le l*"" novembre 1661, mourut le 17 avril 1711. Sur sa maladie et sa mort, on peut voir le Journal de Dangeau, t. XIII, p. 377- 382; les Mémoires de S'ourches, t. XIII, p. 82-86; la Gazette de France, p. 204; la Gazette d'Amsterdam, n°^ xxxii etxxxiii; les Mémoires de Saint-Simon, éd. 1873, t. VIII, p. 233-249, etc. '

2. « De caractère, il n'en avoit aucun, a dit Saint-Simon [ibidem, p. 262), du sens assez, sans aucune sorte d'esprit...; doux par paresse et par une sorte de stupidité, dur au fond, avec un extérieur de bonté qui ne portoit que sur des subalternes...; silencieux jusqu'à l'incroyable... L'épaisseur d'une part, la

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Histoire du nommé Jourdain. — En entrant à Péronne, jo vis un spectacle (jui fit beaucoup de peine à mes soldats de recrue : c'étoit la cuisse du nommé Jourdain, qui avoit été condamné, dans un conseil de guerre tenu à Arras, à élre rompu vif, et ensuite ses membres attachés à des potences près des portes de Péronne. Ce misérable avoit voulu livrer cette dernière ville aux ennemis. Voilà ce qui me fut raconté de lui en dînant à Péronne. Les commissaires des vivres ayant besoin d'un endroit pour établir des fours, ils s'emparèrent de la maison de ce Jourdain, brasseur de son métier, qui, n'ayant plus de place pour brasser sa bière, fit des remontrances à l'intendant de la province' touchant la violence qu'on venoit de lui faire, ce qui le mettroit, lui et sa famille, à la mendicité. L'intendant lui promit (ju'il lui feroit rendre justice et qu'il le feroit dédommager du tort qu'on lui faisoit. Au bout de plusieurs mois, Jourdain, outré de ce qu'on ne lui tenoit point parole, fit le complot de livrer Péronne aux ennemis ; mais, malheureusement pour lui, il se jeta dans un de nos partis, s'imaginant que c'étoit les troupes que M. Hompesch, gouverneur de Douay^, lui envoyoit pour exécuter son entreprise. 11 fut conduit à Arras, où son procès fut fait dans le moment. Si cette histoire est véritable, (juel chagrin et

crainte do l'autre formoient en ce prince une retenue qui a peu d'exemples. » Au point de vue du courage : « Il avoit peur de tout et n'avoit pas brillé à la guerre plus que dans le Conseil. » (Addition de Saint-Simon au Journal de Dangcau, t. XIII, p. 384.)

1. Louis de Bernage, intendant à Amiens depuis le mois de juillet 1708.

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