‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 63 sur 203 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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[Avril 1711] DU CHEVALIER DE QUINCY. 61

quels remords de conscience ne devroit pas avoir Monseigneur l'intendant de n'avoir pas rendu justice à ce misérable ! Ce fut le désespoir qui lui fit prendre ce parti'.

Sédition apaisée à Cambray. — Je ne trouvai point notre régiment à Bapaume. Il en étoit parti précipitamment quelques jours auparavant pour se rendre à Cambray, afin d'apaiser une sédition qui s'y étoit élevée par rapport à quelques impôts. Cette affaire finie, il fut camper sur le Censet.

Il me fut rapporté que M. de Brendlé, lieutenant général des armées du Roi, qui avoit été chargé de mettre à la raison le peuple de cette ville, se rendit après, avec plusieurs officiers, chez Monsieur l'archevêque % qui voulut excuser et prendre un peu trop vivement le parti de son troupeau ; que M. de Brendlé lui répondit avec tant d'éloquence, et qu'il cita si à propos un passage de Télémaque touchant les séditions \ qu'il ferma la bouche à ce grand prélat.

Notre lieutenant-colonel étoit resté à Bapaume. Il

1. L'Histoire militaire, par le marquis de Quincy, donne (t. VI, p. 488-489], sur la conspiration de Jourdain, des détails circonstanciés, mais très différents de ceux recueillis par notre auteur, qui cependant devait avoir sous les yeux le récit de son frère.

2. Fénelon, en disgrâce depuis 1698, mais que les officiers qui passaient à Cambray ne manquaient pas d'aller visiter depuis qu'on ne pouvait ignorer l'affection que lui avait conservée le duc de Bourgogne, dont le règne s'annonçait si proche après la mort de Monseigneur.

3. Sans doute le passage du livre VI, où Mentor dit à Idoraénée : « C'est une clémence que de faire d'abord des exemples qui arrêtent le cours de l'iniquité; par un peu de sang répandu à propos, on en épargne beaucoup. »

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avoit eu pendant Thiver une attaque d'apoplexie, dont la paralysie lui avoit resté dans la tête. N'ayant pas lini ses afiaires, il me pria de rester deux jours avec lui dans cette place. Il donnoit des noms biscornus à tous les officiers du régiment : il me nommoit M. Konocq; cependant, lorsqu'il écrivoit, il nous nommoit bien. Nous allâmes ensemble joindre le régiment, (jue nous trouvâmes campés près de l'Écluse.

Deux jours après, il pensa m'arriver malheur, que j'avois bien mérité. Étant de grande garde sur le bord du Genset, il me prit envie de passer au del.i de cette rivière, sur une mauvaise planche que les soldats avoient mise pour aller à la picorée^ Il faisoit froid; j'avois mon manteau sur les épaules. Comme j'étois au milieu de la planche, il vint un coup de vent si violent, qu'il me culbuta dans la rivière. Mon manteau étendu me retint par bonheur un moment sur l'eau, ce qui donna le temps à plusieurs soldats de venir à mon secours et de me retirer de l'eau. J'en fus quitte pour la peur et pour avoir un peu bu. Je leur donnai de quoi boire à ma santé. Un peu de retardement, j'étois noyé ; car la rivière étoit très rapide à cet endroit, par rapport à la coupure qu'on avoit faite à la Scarpe vis-à-vis de Fampoux. Lorsque je fais réllexion à cet accident, j'en frémis encore.

Pendant le temps que je fus dans ce camp, je fus voir M. l'archevêque de Cambray, à qui je remis une lettre de mon frère le lieutenant général de l'artillerie % son ami. lis s'étoient vus aux eaux, et depuis

1. « Petite guerre, pillage que font des soldats <jui se détachent de leurs eorps » [Dictionnaire de Trê\>ou.v).

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