‹ Mémoires du chevalier de Qunicy (volume 2)Chapitre 76 sur 203 · Tome II, p · texte numérisé non relu

Tome II, p

2. Mémoires militaires, p. 418; Histoire militaire, p. 515; Mémoires de Villars, p. 123.

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marais près d'Arleux : ainsi les ennemis n'eurent aucun obstacle à passer le Censet.

Réflexion sur la marche de Marlborough. — Je ne puis m'empêcher de faire ici une réflexion i; car je suis persuadé que cette marche forcée des alliés n'a été faite que dans le dessein de faire le siège de Gambray. Si milord Marlborough n'avoit eu seulement en vue que le siège de Bouchain, auroit-il hasardé de perdre une partie de son armée, comme il hasarda en la faisant passer le Censet et ensuite l'Escaut? Il n'avoit qu'à passer cette dernière rivière ou à Neuville ^ ou à Denain : il nous auroit été impossible de nous y opposer. Mais, me dira-t-on, le camp volant aux ordres du chevalier de Luxembourg les auroit empêchés d'y jeter des ponts. Je répondrai à cette objection que, ne l'ayant pas fait lorsqu'ils ont passé l'Escaut à Étrun, par la même raison, il ne se seroit pas opposé au passage de cette rivière à Neuville et à Denain. Ainsi je trouve extraordinaire que le duc de Marlborough, à qui je donne toujours le projet de faire le siège de Gambray, n'ait pas ordonné à M. de Gadogan et à M. Hompesch qu'aussitôt qu'ils auroient passé le Genset à Arleux avec leurs troupes, de les faire couler le long du Marqui jusqu'à Inchy^. Ils auroient eu le temps de bien s'étabhr sur cette petite rivière, et, par

1. Comparez l'exposé des mouvements de Marlborough et de Villars dans V Histoire militaire, p. 516.

2. Neuville-sur-l'Escaut, arrondissement de Valenciennes, canton de Bouchain.

3. Inchy-en-Artois (qu'il ne faut pas confondre avec Inchy- Beaumont, ci-dessus, p. 14), à six kilomètres au sud de Marquion et dix à l'ouest de Gambray.

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celle position, ils nous auroient empêchés de nous rendre à Cambray, et ils auroient été les maîtres par conséquent de faire le siège de cette place. Quelle différence pour eux! Cette grande faute et notre rapide marclie empêchèrent le duc de Mariborough de profiter de douze heures de marche qu'il avoit d'avance sur notre armée. Revenons-y.

Dès que le maréchal de Villars fut informé de la marche des ennemis, il se mit à la tête de la Maison du Roi, qui fut suivie de toute notre armée, pour marcher du côté de Cambray. Notre marche fut si précipitée, comme je viens de le dire, que nous arrivâmes près de Marquion, à quatre heures du soir, dans le temps que les ennemis défiloient dans le village de Palluel, pour gagnci" Oisy. DcMontenescourt, d'où nous venions de partir, à Marquion, il y a huit lieues; nous ne fimes qu'une halte d'une demi-heure; après quoi, nous nous remimes en marche, pour passer la petite rivière de Marqui, afin de nous rendre à Bourlon ', qui fut le centre de notre armée, dont nous appuyâmes la droite aux glacis de Cambray el la gauche à Inchy, village situé sur un marais qui assuroit cette aile. Nous avions devant notre droite le ravin de Sailly^ dans le centre, la petite montagne de Bourlon^, dans laquelle on plara la plus grande partie de noire canon, et de laquelle on découvroit non seulement notre droite et

1. Village du canton actuel de Marquion, à luiil kilomètres ouest de Cambray.

2. Sailly-lès-Cainbray, village sur le territoire duquel se trouvait labbaye auf,'usline de Cariliriipré.

li. Dont la pctilf (|ui re},'ardail Cambray élail |)n»t»''g<'-e par un petit bois.

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notre gauche, mais tout le terrain jusqu'au Censet. Ainsi, d'un coup d'œil, on découvroit les deux armées, qui n'étoient éloignées l'une de l'autre que de deux lieues. Celle des ennemis avoit sa droite à Oisy et sa gauche à Étrun sur l'Escaut i. Rien ne séparoit les deux armées; il étoit donc à présumer qu'il y auroit une bataille, hvrée ou par milord Malborough ou par notre général. Mais ces messieurs en décidèrent autrement, comme il se verra dans la suite de cette relation.

Ce dernier^, en sortant de Marquion à la tête de la Maison du Roi, pour gagner Cambray, trouva le marquis d'Havrincourt, à qui il dit : « Monsieur, je viens exprès donner une bataille à l'ennemi pour sauver votre terre d'Havrincourt ^ ; ce dessein, ajouta-t-il, n'est-il pas bien honnête? » Il le pria en même temps d'envoyer un de ses fermiers à l'armée des alliés, sous prétexte de demander une sauvegarde, pour tâcher de pénétrer le parti qu'ils alloient prendre.

M. de Cadogan, en arrivant à Oisy, fit sommer un capitaine, qui étoit dans une tour avec cent dragons, à se rendre. Cette tour sert présentement de colombier. L'officier lui fit réponse qu'il s'enseveliroit plutôt, lui et ses dragons, sous les ruines de la tour. On eut beau le menacer qu'il n'y auroit aucun quartier pour lui et pour ses dragons, s'il ne se rendoit prisonnier de guerre sur-le-champ ; ce capitaine s'opiniâtra si fort à vouloir

1. Mémoires militaires, p. 419-420; Histoire militaire, p. 516-

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